A Matadi, chef-lieu de la province du Kongo Central, des centaines d’élèves finalistes du secondaire préfèrent quitter leurs anciennes écoles et s’inscrire dans celles dites “aile Kinshasa” qui ne font pas trop cas du contrôle de pièces scolaires mais où obtenir son diplôme d’Etat est facile…

A la rentrée scolaire 2015-2016, l’Institut de Mvuzi a vu près de la moitié de ses élèves finalistes manquer à l’appel. Renseignement pris, “ils ont retiré leurs dossiers pendant les grandes vacances et se sont fait inscrire dans d’autres instituts de la place qui échappent au contrôle des autorités éducationnelles de notre province”, explique un enseignant dans une rage contenue. Jonathan*, l’un de ces finalistes qui ont déserté leur ancienne école affirme que “c’est suite aux résultats en dents de scie que réalise très souvent notre institut que j’ai décidé de m’inscrire au Complexe scolaire «Le Roseau» qui a toujours réalisé 100 % de réussite aux examens d’Etat”. Ce genre d’écoles dites “aile Kinshasa”, en fait des succursales des maison-mères se trouvant dans la capitale congolaise, ont en effet la réputation de faire de bons scores à chaque édition d’examens d’état (l’équivalent du baccalauréat en RDC, Ndlr).

Des inspecteurs corrompus
La perspective d’obtenir à coup sûr son diplôme l’année d’après donne ainsi des idées à certains élèves pré-finalistes de se procurer ça et là de faux bulletins afin d’obtenir l’inscription en classe terminale dans ces écoles à fort taux de réussite. Les promoteurs de ces écoles, basés pour la plupart à Kinshasa, “prennent bien soin” des inspecteurs envoyés pour contrôler les pièces scolaires des élèves. “C’est connu de tous, dans certaines écoles, en plus des frais scolaires officiels, les élèves finalistes payent un montant destiné à motiver les inspecteurs lors du contrôle pour qu’ils ferment les yeux sur les irrégularités”, témoigne un directeur des études d’une école de Kinshasa. “Nous sommes payés en monnaie de singe par l’Etat congolais. Nous ne pouvons refuser ces propositions qui nous permettent de mieux nouer les deux bouts du mois”, se justifie, sous anonymat, l’un de ces inspecteurs.
Petit à petit, cette pratique s’est installée dans les mœurs. Dorcas*, finaliste au Complexe scolaire “Espoir”, une autre école faisant partie de celles dites “aile Kinshasa” établie au quartier nord dans la commune de Mvuzi à Matadi, raconte sans gêne : “Chez nous, on accepte toute catégorie d’élèves finalistes voire ceux qui ne détiennent même pas de dossiers. A condition d’être en règles avec les frais scolaires, soit 200 $ le trimestre”. Des sommes souvent pas facile à réunir, en particulier pour les familles à faible revenu.
Mais certains parents sont prêts à tout faire pour leurs enfants. Comme ce cadre d’une banque de la place : “Ma fille, dit-il, a déjà échoué à trois reprises aux examens d’Etat. Cette année, je l’ai inscrite, malgré moi, dans l’une des ces écoles qui réalisent de bons résultats. Là au moins, elle aura son diplôme”.

Mise en garde sans effets
Tous ne sont cependant pas si irresponsables. La société civile locale et des parents regroupés au sein de l’Anapeco (Association nationale des parents et élèves du Congo), se sont en effet plaints auprès des autorités provinciales en charge de l’éducation au sujet de “ces écoles qui distribuent des diplômes sans valeur”.
Une réunion a même regroupé autour d’une même table Edgard Mwende Mwapwe, Directeur de la Province éducationnelle du Kongo Central/1 et tous ces promoteurs d’écoles indexées. M. Mwende Mwapwe leur a adressé une sévère mise en garde. “Désormais, vous ne devriez plus jamais recruter, moyennant d’importantes sommes d’argent, des candidats finalistes de Matadi que vous allez ensuite envoyer à Kinshasa pour se présenter à la session d’examen d’Etat”, a-t-il menacé. Les écoles qui se compromettraient cette année verront leurs résultats invalidés purement et simplement”.
Ses menaces semblent n’avoir pas produit d’effets. Lors des examens d’Etat de juin dernier et dont les résultats ont commencé à être publiés à Kinshasa début juillet, les mêmes pratiques se sont poursuivies dans la dizaine d’écoles succursales implantées à Matadi.
Ce qui exacerbe la colère de Valentin Vangi, coordonnateur de la Société civile/Forces vives du Kongo Central, qui a plusieurs fois donné l’alarme en direction de Kinshasa. “Nous avons maintes fois saisi les autorités nationales de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel. Mais leur silence laisse penser qu’elles sont elles-mêmes complices de la débâcle que connaît notre enseignement”, regrette-t-il. Si c’était dans d’autres pays, estime Didier Mambueni, un acteur politique de Matadi, l’Etat prendrait des mesures allant “de l’interdiction de fonctionner desdites écoles à l’emprisonnement de leurs promoteurs”. Le maire de Matadi, Jean Marc Nzeyidio Lukombo, pense, lui, que la sensibilisation de la population par les médias aiderait à “arrêter cette pratique qui tue à petit feu l’enseignement à Matadi”.

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