Oisiveté, vol, école buissonnière guettent à Matadi, au sud de Kinshasa, les enfants, de plus en plus nombreux à se ruer sur les paris sportifs. Les parents et éducateurs se font du souci pour ces jeunes gens.

“Notre fils cadet nous a longtemps floués. Alors que chaque matin nous lui remettions un peu d’argent de poche pour s’acheter des beignets à l’école, il l’utilisait pour les paris sportifs avec ses camarades de classe. Nous venons de le savoir parce qu’on l’a obligé de se faire accompagner de son père ou de sa mère au shop Paris Foot avant de toucher son gain…”, raconte Elie Luemba, un habitant de Matadi.

C’est à la fin 2014 qu’une société de loterie a lancé ses activités au chef-lieu de la province du Kongo-Central. Depuis, c’est la ruée pour les plus jeunes qui en profitent non seulement pour tester leurs connaissances du football en pariant mais aussi essayer d’en tirer profit. Ce jeu diffère du Pari mutuel urbain (PMU) où ce sont les chevaux qui sont en compétition. Le Pari foot consiste à miser sur les équipes de football en compétition en indiquant les gagnantes.

“J’ai commencé à jouer au pari foot depuis son implantation à Matadi. Le ticket coûte 300 FC (0,33 $). Après d’innombrables tentatives, j’ai été récompensé dernièrement en touchant un gain de 10 3800 FC (115$). Je vais continuer à parier…”, s’est résolu Mardochée Nombe, 18 ans. Comme lui, ils sont nombreux les jeunes de Matadi qui s’adonnent à ce jeu. Un tour dans les grandes artères de la ville portuaire suffit pour se rendre compte de l’engouement des parieurs devant des petits tableaux généralement peints en vert, avec machine de travail rouge. Tout gagnant est servi dans les sept jours suivant le jour du match.
Déperdition scolaire

Malgré son franc succès, parents et autorités scolaires n’approuvent pas ce jeu. “C’est une sorte de désorientation scolaire car, les élèves commencent à trop s’intéresser à l’argent plus qu’aux cours. Ils peuvent bien débuter la journée mais après la première récréation de 09 H, certains sèchent les cours. Destination : Pari Foot…”, se désole un enseignant. Pour ne pas laisser pourrir la situation, certains chefs d’établissements scolaires se proposent de “rencontrer les responsables de cette nouvelle société afin d’examiner avec eux froidement le problème”.
A entendre les vendeurs de tickets cependant, Paris Foot n’encourage pas les mineurs à jouer. Ces derniers profitent de l’inattention des parents pour le faire. “Chaque fois que nous devons payer le gain d’un mineur, nous insistons sur la présence d’un de ses tuteurs…”, se défend une vendeuse de Mvuadu, un quartier périphérique de Matadi à forte concentration démographique.

En s’installant à Matadi, la société de paris a recruté localement en nombre de jeunes filles et jeunes garçons préposés à la vente des tickets sur les grandes artères et places publiques de la ville. Des petits jobs pas très rémunérateurs, mais qui ont néanmoins l’avantage d’occuper tous ces diplômés lassés de rester en famille sans rien faire. “Après mes humanités, j’ai fait l’informatique, assure Mamie K., assise sous un parasol à Poto-Poto, l’une des principales artères du centre-ville. Comme je ne trouvais toujours pas un emploi sûr, j’ai accepté de prester comme vendeur à Paris foot”.

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