Depuis la mise en place des comités mixtes de médiation, composés d'agriculteurs et d'éleveurs, à Fizi et Uvira, au Sud-Kivu, les différends entre les deux groupes commencent à être résolus pacifiquement et engendrent moins de violences.

Mi-février, le Cadre de concertation interethnique de Fizi (CCI-Fizi) au Sud Kivu a installé 30 panneaux qui indiquent les 19 chemins par où les vaches doivent désormais passer en période de transhumance (entre juillet et décembre), et 11 abreuvoirs où elles peuvent venir boire. Jusqu’alors il était difficile de savoir où le bétail devait passer ce qui entraînait un nombre considérable de conflits entre éleveurs et agricultures. En 2013, 1 000 conflits liés à la transhumance ont été enregistrés : 800 champs ont été dévastés, environ 14 vaches tuées et dix autres blessées par des propriétaires des champs saccagés lors du passage de troupeaux.
Bien qu’important, rappelle Moshi, modérateur du CCI-Fizi, le nombre de ces conflits est de loin inférieur à celui enregistré les années précédentes. “Il était tout d’abord difficile de les dénombrer. Pire, leur résolution était basée sur la loi de la force, les plus forts imposants aux faibles leur volonté. L’on a même assisté à la mort d’éleveurs et de quelques agriculteurs”. Des avancées significatives que l’on doit à cette organisation appuyée par bien d’autres à Fizi mais aussi plus au sud à Uvira. “Nous n’avons connu que 38 conflits au deuxième semestre de 2013 alors que les trois dernières années avaient été dévastatrices voire meurtrières dans la plaine de la Ruzizi”, témoigne pour sa part, Ruhara Ahinga, modérateur du CCI-Uvira.
Ici, 101 panneaux de signalisation des lieux de passage et plusieurs abreuvoirs ont déjà été implantés. Ils sont placés en concertation avec les éleveurs, les agriculteurs et les chefs coutumiers locaux. Ces derniers, indiquent les endroits où ils seront installés.

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Dans ces deux territoires, ces deux dernières années, des Cadres de concertation interethniques ont mis en place des Comités mixtes (CM). Ceux-ci sont composés des éleveurs et des agriculteurs qui règlent à l’amiable les différends de leurs pairs, contrairement aux longues et coûteuses procédures judiciaires ou administratives que la plupart entamaient jusqu’alors. Témoin d’un règlement, Kizungu Mugara, habitant de Sange, 60 km au nord d’Uvira : “En septembre dernier, un conflit entre un éleveur et un paysan dont le champ avait été dévasté dans le groupement de Kabunambo, chefferie de Bafuliru a ainsi été résolu”.
Cinq CM fonctionnent déjà à Uvira et sept à Fizi. Même si des conflits demeurent signalés, ils sont moins violents, reconnait Moshi, qui est convaincu que les éradiquer est un long processus dans ces contrées qui ont vécu des guerres intercommunautaires.
A Fizi, par exemple, les éleveurs sont pour la plupart des Congolais tutsi accusés de vouloir s’emparer des terres de paysans. Il faut donc arriver, estime Mutare Mateso, journaliste de FiziI, à leur montrer la nécessité de cohabiter afin de développer leurs contrées. Sinon, avoue-t-il, on multipliera des structures de gestion de conflits entre ces deux groupes mais en vain. Ce professionnel des médias se base ainsi sur les récents évènements. “De 30 panneaux fixés, plus de la moitié ont été démontés par certains habitants estimant, à tort, que ces endroits ont été remis aux éleveurs au détriment des cultivateurs”, a-t-il constaté après enquête.

Préjugés
De nombreux habitants estiment en effet ne pas avoir pas été consultés pour les placer alors que, rappelle Moshi, ce sont leurs chefs coutumiers qui ont indiqué leurs emplacements ces endroits. Selon lui, une étape importante, celle de la sensibilisation des habitants sur les bienfaits de ces panneaux et abreuvoirs devrait suivre mis n’a pas encore commencé. D’autres habitants s’inquiètent aussi des bêtes qui restent dans leurs localités même après la transhumance. Plus de 45 000 vaches dans une petite localité comme Kilicha, à 90 km au sud d’Uvira, empêchent les agriculteurs de cultiver en toute quiétude car le risque de dévastation de champs est énorme. Selon un journaliste de Baraka, de nombreux éleveurs de Minembwe, une localité de Fizi, ont amené ces deux dernières années des vaches en provenance du Rwanda et du Burundi où les espaces deviennent rares pour des gens qui ont de nombreuses vaches.

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