Les Congolais du Sud et du Nord-Kivu réfugiés en Tanzanie, au Rwanda et au Burundi, hésitent toujours à rentrer en RD Congo. Traumatisés par les guerres à répétition, inquiets pour leur sécurité et l'accueil qui les attend, ils sont encore 400 000 à vivre dans leur pays d'accueil.

″Quatre cent trente mille, c’est le nombre de réfugiés congolais présents dans les pays limitrophes de la RDC″, a déclaré récemment Jorge de la Mota, responsable du Haut commissariat des réfugiés-Bukavu lors d’une réunion avec les journalistes du Sud-Kivu, en se basant sur un rapport de fin février. Dans le seul camp de Nyarugusu, au nord-ouest de la Tanzanie, ils sont 60 000. Cinq mille d’entre eux sont déjà rentrés depuis le lancement du programme de sensibilisation au retour en 2008. Originaires d’Uvira et de Fizi, ils avaient fui la guerre en 1996, abandonnant tous leurs biens. La Tanzanie a donné jusqu’à février 2012, pour fermer les camps même si tous ne sont pas rentrés.
Selon les chiffres du HCR de janvier 2011, ils seraient encore 65 000 au Rwanda dont seulement 15 000 dans les camps de Ruhengeri, Gisenyi et Cyangugu, et 15 000 au Burundi, dont 3 600 soutenus par le HCR. La Direction générale des migrations (DGM) de Kalehe enregistre régulièrement quelques retours de réfugiés vivant dans les camps de Ruhengeri, Gisenyi et Cyangugu au Rwanda, mais ses agents reconnaissent que ce sont surtout des vieillards, des femmes et des enfants qui rentrent. “Le nombre de ceux qui sont restés est inconnu″, fait remarquer la Société civile de Kalehe.
Le retour de milliers de Tutsis congolais installés au Nord-Kivu, prévu par la tripartite entre le HCR et les gouvernements des deux pays, qui focalise actuellement leur attention, s’avère très délicat en raison des inquiétudes et des conflits fonciers qu’il suscite. Des comités locaux de réconciliation ont été mis en place pour favoriser leur réinstallation.

Traumatismes et insécurité
Malgré les campagnes de sensibilisation de l’organisme onusien, régulièrement lancées depuis cinq ou six ans, les retours volontaires se font au compte-gouttes. Plusieurs raisons expliquent cette réticence. De nombreux réfugiés ont été durablement traumatisés par ce qu’ils ont subi des hommes en armes pendant les guerres. ″J’ai assisté au viol de ma mère et à l’assassinat de mon père et de mes frères″, se rappelle en pleurant une jeune femme réfugiée au camp de Nyarugusu. ″Les violeurs avaient promis de venir me violer le lendemain, poursuit-elle en sanglotant. Le seul fait de me parler de mon village d’origine me donne la chair de poule.”
Des réfugiés demandent et obtiennent des autorisations pour venir voir la situation à Kalehe, Bukavu, Uvira et Fizi, qu’ils ont quitté soit en 1994, soit en 1996 et plus encore en 2004. D’autres y viennent clandestinement. C’est parmi eux qu’on compte, à la longue, quelques candidats au retour définitif. D’autres Congolais s’éternisent dans les camps, espérant un hypothétique départ en Europe, très difficile à obtenir.
Mais le principal obstacle au retour reste l’absence de sécurité dans les deux Kivu. La plupart de ceux qui préfèrent rester dans les camps sont peu rassurés par la situation sécuritaire dans les villages. ″La paix n’est pas encore effective chez-nous″, déclarent les réfugiés congolais vivant en Tanzanie. De nombreux jeunes réfugiés reconnaissent aussi que c’est ″parce que le HCR prend soin de nous et qu’aucun effort ne nous est demandé.” Certains sont installés dans des familles d’accueil ou louent des maisons d’habitation. Pour d’autres ce sont les conditions matérielles qui ne sont pas réunies. ″Mes champs ont été ravis par des voisins, explique D. Mwassa, un réfugié de Fizi, qui vient de temps en temps au pays, ce qui me fait craindre un affrontement avec eux si je rentre.”

Difficile réintégration
Une délégation du HCR et du gouvernement tanzanien a séjourné à Uvira mi-avril 2011 pour rencontrer des représentants de rapatriés congolais et visiter les camps de transit de Sange, Lemera, Lubarika, Mboko, Lweba, Baraka et Fizi (au Sud-Kivu). Elle venait se rendre compte de l’avancement des différents projets mis en œuvre en faveur des rapatriés.
Les candidats au retour en RDC reçoivent un kit de réinsertion composé de couvertures, d’ustensiles de cuisine, d’un vélo et d’une somme de 500 $. Certains obtiennent une maison ″si des preuves d’incapacité de s’en procurer sont réunies″, explique Patrick, un retourné qui est inscrit à l’université et complètement réintégré. ″Certains refugiés rentrés à Uvira constatent que certains de leurs biens ont été vendus tandis que d’autres ne les leur sont pas restitués″, confie Rungushu Wa Bilalo, président du Comité des refoulés congolais de Tanzanie résidant à Uvira. Des documents parcellaires ont été modifiés à leur désavantage. Ainsi, les femmes rapatriées qui ont perdu leurs maris en Tanzanie se voient refoulées par la belle-famille, de même que certains de leurs enfants non reconnus. Depuis octobre 2005, date du début des opérations de rapatriement des réfugiés de Tanzanie, la moitié d’entre eux seulement sont rentrés.

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