A Kinshasa, les soldats du feu mal équipés et concentrés au centre-ville arrivent souvent trop tard dans des quartiers éloignés et peu urbanisés de la ville. Les habitants souvent les premiers à s’attaquer aux incendies huent régulièrement ...

Le réveil n’a pas été tranquille pour les habitants de Ndolo, un quartier populaire au centre de Kinshasa, capitale de la RD Congo. Par ce matin de mai, un gigantesque incendie s’est déclaré dans un immeuble, soulevant un grand nuage de flammes noires. Tirés de leur sommeil, les voisins sont venus porter secours avec les moyens du bord. Les uns à mains nues se sont emparés de sable, d’autres de seaux d’eau et d’ustensiles de cuisine pour tenter d’éteindre le feu qui ne faisait que s’étendre.
Après plus de deux heures passées à lutter contre les flammes, les sirènes retentissent enfin, annonçant l’arrivée des sapeurs-pompiers appelés au secours bien au début de l’incendie. Mais leur arrivée tardive est accueillie par des chahuts et huées des jeunes du quartier. Selon les victimes, le feu aurait pu être maitrisé tôt si les pompiers avaient réagi rapidement. “Nous sommes vraiment dépités. Les pompiers arrivent beaucoup trop tard comme à l’accoutumée. Il y a bien longtemps que nous les avons appelés…Et en plus, leurs équipements ne sont pas en bon état”, explique, inconsolable, Dieu Balekele, une des occupants de la maison en flammes.

Une brigade qui se “débrouille”
Dans la capitale congolaise, il n’est en effet pas facile d’être sapeur-pompier. Doté d’à peine 18 engins pour une ville aussi immense que Kinshasa (8 à 10 millions d’habitants) tous basés à la Gombe, au centre-ville, la brigade anti-incendie rencontre d’énormes difficultés pour accomplir sa mission. Mauvais état des routes de la capitale qui rend difficile l’accès aux quartiers éloignés et enclavés de la ville, matériel vétuste et insuffisant…”L’incendie, c’est quelque chose d’imprévu. A chaque appel de détresse, les gens ne tiennent pas compte de la distance, de l’état des routes, des embouteillages… Cinq secondes après c’est toujours tard”, explique le colonel Ndibu Muteba, commandant provincial de la brigade anti-incendie.
Avec ses 18 véhicules d’intervention et ses 240 soldats du feu, la brigade effectue 250 sorties par mois. Mais la population ne connaît pas toujours le numéro d’appel d’urgence, le “0999369936”. “La plupart de ces interventions se limitent aux communes urbanisées de la ville”, explique le capitaine Ngalu Kibambe, chargé des opérations à la brigade. Manquant aussi de bombonnes de gaz, de casques et de masques de protection ou d’échelles de secours, les sapeurs-pompiers arrivent parfois aussi à manquer d’eau sur les lieux des sinistres. “C’est dans ces conditions très dures que notre équipe travaille”, fait remarquer Ngalu Kibambe.
La brigade anti-incendie reproche à la population de ne pas avoir le bon reflexe lorsqu’un incendie se déclare. Dans la plupart de cas, c’est la population riveraine qui tente avec les moyens du bord à lutter contre la catastrophe. “Les victimes ne pensent à appeler le service anti-incendie que lorsqu’elle n’arrive pas à maîtriser le feu. Cela explique aussi qu’on arrive souvent en retard”, justifie Ngalu Kibambe.

La population vit dans le cauchemar
Quand ils voient alors arriver à toute vitesse mais trop tard des véhicules de la brigade, les habitants en colère profèrent souvent toutes sortes d’injures aux soldats du feu. Parfois, ils les empêchent de faire quoi que ce soit, lorsque que le feu a tout consumé. “Certains jeunes agissent ainsi parce qu’ils ont l’intention de subtiliser des biens des sinistrés pendant les opérations de sauvetage”, accuse-t-on à la brigade.
Les incendies qui se multiplient dans la ville et qui causent d’énormes dégâts et de nombreuses pertes en vies humaines, constituent un vrai cauchemar pour la population de Kinshasa. C’est souvent une bougie allumée qu’on a oublié d’éteindre avant de se coucher, un court-circuit causé par un réseau de distribution d’électricité vétuste ou encore les multiples raccordements frauduleux à travers la ville qui sont à l’origine de ces désastres. Pour les Kinois, le service anti-incendie devrait installer une brigade bien équipée dans chacune des 24 communes de la capitale, pour que les interventions soient beaucoup plus rapides et efficaces jusque dans les coins les plus reculés de la ville.
Mais on est aujourd’hui encore loin de cet idéal. Ironie du sort qui explique tout le drame de Kinshasa : mêmes les installations de la brigade ont été attaquées il y a un peu plus de deux ans par un incendie de nuit parti d’une parcelle attenante, qu’elle a eu du mal à maîtriser.

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