Dans les villes secondaires du Bas-Congo où de nombreuses radios communautaires ont vu le jour, les journalistes sont souvent victimes de l’arbitraire de certaines autorités, qui acceptent mal d’être critiquées. Sans organisation de médias sur place pour les défendre et sujets eux-mêmes à des dérapages, ils sont la proie facile des services de sécurité.

“On ne critique pas comme cela une autorité, car un chef reste un chef !” Ces propos ont été tenus récemment par un agent des services de sécurité à l’endroit d’un journaliste de Mbanza-Ngungu, cité située à 215 km au sud-ouest de Kinshasa, dans la province du Bas-Congo. Le journaliste avait pris la liberté de dénoncer, sur les antennes de sa radio, l’arrivée tardive d’une autorité sur le lieu d’une manifestation. Ces interférences dans le travail des médias rendent de plus en plus difficile le libre exercice du métier dans cette province. “Nous souffrons car, parfois, ils nous demandent d’interrompre nos émissions parce que nous avons critiqué une autorité”, raconte un journaliste de Vuvu Kieto, une radio communautaire de la place.
Le Bas-Congo compte une trentaine de médias communautaires, qui donnent régulièrement la parole à la population. Celle-ci dénonce souvent certains abus commis par des autorités. Ce que les services de sécurité ne laissent pas toujours faire. Les journalistes qui travaillent en milieu rural se sentent, du coup, sans protection ni défense. Car, en dehors de Matadi, chef-lieu de province et de la ville de Boma, il n’y a pas ailleurs de représentation d’organisations des médias comme l’Union nationale de la presse du Congo (Unpc), l’Observatoire des médias congolais (Omec) ou Journaliste en danger (JED). “Cela nous dérange énormément, car face aux violations de la liberté de la presse, nous n’avons personne pour nous défendre”, regrette un journaliste de Kimpese.

Excès de zèle
En février dernier, Baudric Mata, animateur à la Radio télévision Kituadi 3 (confessionnelle), a été interdit d’antenne par le chef de bureau de la communication et des médias de Mbanza-Ngungu, pour avoir “tenu des propos tendancieux” au cours d’une émission. Malgré la réaction du ministre provincial de la Presse, Modero Nsimba, qui a qualifié cette mesure “d’entorse grave à la liberté de la presse”, l’animateur n’a pas encore retrouvé le micro.
Selon JED, qui ne dispose pas de représentation installée en provinces mais de correspondants chargés de transmettre les cas d’atteintes à la liberté de la presse, certains journalistes victimes d’abus ne les connaissent pas toujours ou décident parfois de ne pas parler de ce qui leur arrive, par résignation ou par crainte de représailles. Dans tous les cas, “nous leur avons toujours demandé de ne pas se taire ou passer sous silence les cas de violations de la liberté de presse dont ils sont victimes ou témoins”, explique Tshivuadi wa Tshivuadi, secrétaire général de cette Ong congolaise de défense de la liberté de la presse.
A Mbanza-Ngungu, les journalistes qui se sentent un peu livrés à eux-mêmes, veulent créer une structure locale pour faire face aux menaces qu’ils subissent. “C’est une bonne façon d’exprimer notre mécontentement face au manque de représentation de la corporation chez nous”, explique Néron Nkata.

Les journalistes ont aussi des torts
Les exactions ne manquent cependant pas même là où les organisations des médias sont représentées. “Nous ne sommes pas vraiment libres ici”, affirme une journaliste de Boma, deuxième ville de la province. A la Radio télévision de Boma (RTB), les journalistes ont, par précaution, pris l’habitude de toujours enregistrer leurs émissions. “Cela nous permet de les brandir à ceux qui nous menacent. Car, dans la plupart de cas, ils ne les suivent pas. Ils sont informés par leurs proches qui grossissent les faits.”
Les journalistes se plaignent d’ailleurs de l’absence de collaboration des autorités. “Elles ne veulent pas participer à nos émissions et quand nous recevons des défenseurs des droits de l’homme et des opposants, elles montent sur leurs grands chevaux”, font-ils remarquer. Mais les médias reconnaissent qu’ils ont aussi une part de responsabilité dans ce qui leur arrive. Des journalistes et animateurs d’émissions non formés commettent souvent des dérapages. “C’est un réel problème”, concède Lewis Nzita, président de l’Unpc à Boma, qui dénonce le goût du lucre de certains d’entre eux, peu respectueux des règles du métier. Pour éviter des fautes déontologiques, à la RTB, les plus expérimentés dans le métier suivent désormais les prestations des plus jeunes, et les évaluent ensuite…

Alphonse Nekwa Makwala

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