Près de Butembo, dans le Nord-Kivu, des paysans qui avaient fui les affrontements entre l’armée congolaise et les rebelles ougandais NALU s’associent une fois rentrés chez eux. Ensemble, ils louent des champs à des propriétaires terriens, s’organisent mieux et bénéficient des conseils d’agronomes pour améliorer leurs techniques culturales.

Un vaste champ, bien vert, s’étend à perte de vue dans la vallée du Graben, à la lisière du Parc des Virunga, au nord de Butembo (Nord-Kivu). Sur ces 100 ha parsemés de termitières, de petits groupes d’hommes et de femmes sarclent autour de jeunes plants d’arachides et de maïs. En octobre 2010, ils avaient fui cette région au moment des affrontements dans le parc entre les Forces armées de la RD Congo et les rebelles ougandais NALU. Une fois le calme revenu, ils ont regagné deux mois plus tard leurs villages. Agriculteurs, ils ont vite repris leur travail, mais se sont cette fois associés. “Travailler ensemble permet de se stimuler. Par exemple, quand le voisin se rend compte qu’il est en retard pour sarcler son champ, il est obligé de se rattraper pour éviter que les rats ne viennent s’installer chez lui”, raconte Kakule Mafungura, un des agriculteurs.
Les agriculteurs ont beaucoup d’autres avantages à se regrouper. Dans cette région où tout le monde n’est pas propriétaire terrien et où les déplacements de populations sont réguliers à cause des conflits armés, trouver une terre à cultiver n’est, en effet, pas toujours facile. De nombreux paysans doivent souvent louer des lopins à des propriétaires terriens, à qui ils payent une redevance. La donne a changé depuis qu’ils se sont regroupés en association. “C’est elle qui signe le contrat de bail”, explique Kambale Musara, agriculteur. C’est aussi elle qui paye la redevance, grâce au prélèvement d’une partie de la production des paysans.

Agriculteurs rôdés
Dans les villages Isale, Bulambo, Bunyuka et les environs, trois associations gèrent ainsi les 100 ha de champs de la région du nord de Butembo. Les ménages cultivent chacun sur une étendue de 20 m sur 50, appelée “stand”. Ils bénéficient d’un appui dans le cadre d’un programme de la FAO pour la sécurité alimentaire en zones de retour des populations déplacées. “Nous leur donnons des semences et leur enseignons les techniques culturales pour améliorer leur production. Le reste, c’est à eux”, précise Kahindo Zawadi, agronome à Caritas, organisation qui encadre ainsi plus de 700 ménages.
Avant les affrontements, ces paysans pratiquaient l’agriculture traditionnelle. Ils ne produisaient pas assez pour nourrir leurs familles et vendre le surplus pour faire des économies. “Nous n’avions que le manioc à planter. Et, à chaque saison culturale, nous replantions la même chose, dans le même champ, ce qui appauvrissait vite le sol”, reconnaît Jeanne Kavugho. Cela n’est plus le cas maintenant. Lors des premières semailles, ils ont cultivé du soja, du riz et du maïs. Puis, ils ont alterné avec notamment des arachides. “On ne remplace pas les légumineuses par des légumineuses dans un même champ. Il faut la rotation des cultures”, explique Kahindo, qui les encadre.
Ces paysans maîtrisent désormais ces techniques culturales. Ils respectent les dates de semailles, les dimensions et espaces entre plantules, l’entretien des champs, la sélection des semences… Ils louent aussi un tracteur pour mieux labourer. “Avant, c’était un luxe. On labourait à la houe. A présent, on se cotise pour louer cet engin et aller plus vite”, se félicite Kakule Mafungura.

De bonnes récoltes
Avec les anciennes pratiques, ils devaient semer 5 kg de grain de maïs pour espérer récolter un sac de 100 kg. Grâce aux novelles techniques apprises, Jeanne Kavira affirme avoir récolté sur son stand, 120 kg de maïs pour 0,5 kg de semences plantées en une seule saison.”J’ai vendu une part, j’ai mangé une autre et gardé suffisamment de semences pour ne pas en demander à la saison prochaine”, confie-t-elle.
Emerveillés par ces résultats, d’autres agriculteurs se mettent à les imiter. “On n’avait jamais imaginé que sur une petite étendue, on pouvait récolter des sacs entiers de maïs”, s’étonne Katungu Taholokya, une paysanne qui a intégré une des associations, séduite par leurs techniques culturales. Un ministre provincial a même loué un grand stand à proximité du champ des paysans, où il apprend, lui aussi, à faire comme eux.

Kennedy Wema

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