Pour éviter que leur bétail ne soit volé par les hommes en armes, nombreux dans la région, ou avoir des revenus que ne leur fournit plus l'agriculture, les agro-éleveurs du Bushi au Sud-Kivu prélèvent les mâles de leurs troupeaux. Ceux-ci ne sont plus assez nombreux pour assurer la reproduction.

“Seules 150 mises bas ont été enregistrées dans le groupement de Mumosho, au Sud-Kivu, sur un cheptel de 3 200 vaches et près de 2000 mises bas pour 14 000 chèvres.” Tel est le constat fait, en décembre 2010, par le Comité anti bwaki (CAB), une association de lutte contre la malnutrition au Sud-Kivu. Un triste record, jamais atteint les années précédentes. Les proportions ont été les mêmes pour toutes les catégories de bétail. Autre constat : le nombre de mâles dans les troupeaux est largement en dessous du minimum requis pour assurer la reproduction. “Ils ont été liquidés”, explique Anastasia Mwa Hinyolwa, une paysanne.
Les agro-éleveurs du Bushi, dans la région de Bukavu, sont actuellement confrontés à de nombreux problèmes. Leurs champs produisent moins à cause, entre autres, des changements climatiques. N’ayant pas d’autres sources de revenus, ils sont obligés de prélever des bêtes de leurs troupeaux pour subvenir à leurs besoins ou aider des frères et des amis. Aujourd’hui plus qu’avant, les fêtes et les mariages, le coût des soins médicaux et les frais scolaires contraignent ces paysans à puiser dans leur bétail.

Vols des hommes en armes
Mais, ils hésitent à le vendre, par peur des hommes en armes qui viennent, dès la nuit suivante, réclamer le produit de cette transaction. Ils préfèrent s’en nourrir ou le donner en cadeau. D’autres se comportent ainsi pour ne pas voir leurs bêtes, convoitées par les bandes armées ou les militaires, volées. Les opérations de l’armée contre les FDLR ne les rassurent pas. “Pour se sécuriser, ils consomment les mâles en premier lieu, déclare Déo Kahimbi, un enseignant, parce que les femelles peuvent être accouplées ailleurs.”
Les femelles ont toutes été conservées, gestantes, allaitantes ou autres. Mais, faute de mâles, le nombre de mises bas est faible. Les éleveurs doivent donner clandestinement de l’argent aux bergers pour que ces derniers organisent des saillies : 1 000 Fc (1,2 $) pour la vache et 500 Fc (0,6 $) pour la chèvre. Selon Marc Maheshe, technicien de développement rural, d’autres le font pour éviter la consanguinité. “Pourtant, rappelle Justin Mirindi, secrétaire du collectif Rhuzigirane du Buhaya, chaque mwami (roi au Bushi) dispose toujours d’un taureau sélectionné pour son troupeau de vaches”. Jusqu’à ce jour, tout le monde peut y faire saillir gratuitement sa vache.

Mutuelles de santé animale
Les mauvais résultats de 2010 ont par ailleurs réveillé le bon sens des éleveurs. Ils s’organisent pour améliorer la gestion de leurs troupeaux. Ils viennent ainsi de créer des mutuelles de santé animale en se regroupant par agglomération. Les vétérinaires des associations de développement les assistent. Actuellement, les 12 mutuelles de Mumosho, au sud de Bukavu, disposent de produits vétérinaires évalués à 4 500 $. “À Walungu, Katana et Kalehe, nous avons facilité aux éleveurs l’accès au crédit, afin que le moment venu ils puissent payer des produits pharmaceutiques, prévenir et soigner le bétail”, explique Félicien Zozo, coordonnateur d’Action sociale et d’organisation paysanne.
“Ces résultats sont encourageants, juge Patient Bagenda, secrétaire général du CAB, mais plusieurs défis restent à relever dans la lutte contre la pauvreté au Bushi.” “Il est nécessaire que d’autres contrées fassent des mutuelles de santé animale ou trouvent une manière de sauver le bétail”, conseille Évariste Nsarhaza, un éleveur de Cirunga/Kabare. Des agroéleveurs de Mumosho se sont ainsi regroupés en associations coopératives pour mieux collecter des poules, des chèvres et du lait et les vendre ensemble à Bukavu.

Thaddée Hyawe-Hinyi

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