Des milliers de Congolais réfugiés dans le Parc des Virunga en ont été chassés brutalement à la mi-janvier et vivent aujourd'hui sans aide dans les villages environnants. Encouragés par des politiciens ou des chefs de terre, ils cultivaient depuis quatre ans dans cette aire protégée.

“Je n’avais pas de choix : lorsque j’ai appris qu’on pouvait cultiver dans le parc, je n’ai pas hésité. Avec mon épouse et mes enfants, je suis allé habiter là-bas. Maintenant j’ai tout perdu !”. Père de trois enfants, Kakule Kamuhotire fait partie des milliers de réfugiés congolais qui ont été chassés du Parc des Virunga, à la mi-janvier 2011. Avec les siens, il s’est réinstallé, il y a près d’un mois, dans la cité de Kirumba, à 170 km au nord de Goma, la capitale provinciale du Nord-Kivu (est de la Rd Congo). Plus de 1200 familles expulsées du parc sont arrivées dans cette cité où ils vivent chez l’habitant, sans aide extérieure.
On compte presque autant de familles déplacées dans les agglomérations de Kamandi, Kanyabayonga et Kikuvo, autour du parc. Mais beaucoup plus à Kayina, “9 000 personnes qui vivent difficilement”, témoigne Egide Karasisi, le chef de cette cité. “Certaines Ong sont passées juste pour dénombrer les refoulés mais sans suite”, raconte Etienne Maseka, chargé des questions humanitaires à la municipalité.

Protéger le parc ou les hommes ?
Ces déplacés du territoire de Lubero ne peuvent pas regagner leurs villages d’origine, plus à l’ouest, insécurisés par les rebelles rwandais des Fdlr. Ils les avaient quittés il y a quatre ans, fuyant les exactions des mêmes rebelles qui règnent en maîtres dans la région. Agriculteurs, ils s’étaient alors installés dans le Parc des Virunga, sur le littoral ouest du lac Edouard (frontière ougandaise), où ils se sont mis à cultiver. Analphabètes pour la plupart, ils ignoraient qu’ils n’en avaient pas le droit, le parc étant un site protégé. “Ils ont été induits en erreur par des candidats députés, qui avaient promis de plaider leur cause à Kinshasa”, explique Etienne Maseka.
Lors des élections de 2006, la question de l’exploitation du parc était en effet l’un des thèmes favoris de leur campagne électorale. Ils disaient aux paysans de la région que “les animaux n’avaient pas plus de droits que les hommes.” “Nous avons fait campagne sur un problème réel, à savoir le litige du parc. On ne peut pas pénaliser nos populations pour le seul intérêt du parc”, argumente Nzangi Butondo, élu député provincial du Nord-Kivu.
Les chefs de terre aussi ont aidé les populations déplacées, à cultiver dans les Virunga. Selon Onesfore Sengemoja, aujourd’hui refoulé, ils avaient eu l’assurance que cela ne poserait pas de problème. “C’est pas de notre faute, raconte-t-il. Nous ne savions où aller et comment vivre. Nous leur payions une redevance et ils nous attribuaient des parcelles de terre pour cultiver.”

Site en péril
Si certains reconnaissent avoir poussé ces populations à occuper le parc, ils dénoncent la brutalité avec laquelle elles ont été déguerpies. Les gardes parc auraient mené l’opération sans ménagement : maisons brûlées, vivres et récoltes incendiées, une école et un centre de santé détruits… “Ils ont été impitoyables et ne nous ont pas associés à l’opération”, regrette l’administrateur de territoire de Lubero, Bofondo Lofeko. L’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) qui gère le parc, nie avoir eu recours à la violence. “Nous avons sensibilisé ces gens depuis 2007, mais ils ont fait la sourde oreille, sans doute entêtés par des personnes qui veulent nuire au parc”, répond Joël Wengamulayi, son chargé de communication.
Ecumé depuis de longues années par différentes bandes armées qui détruisent sa faune et sa flore, le Parc des Virunga inscrit dans le patrimoine mondial de l’Unesco est aujourd’hui considéré comme un site en péril. Mais certains leaders locaux estiment qu’il existe un réel contentieux entre l’ICCN et les populations de la région. “On doit revoir les limites du parc comme cela s’est passé en Ouganda voisin”, revendique Nzangi Butondo. La réponse de l’ICCN semble ferme : “Les cartes du parc n’ont pas été dessinées hier. Les gens doivent le comprendre.”

Kennedy Wema

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