Ils travaillent à Bukavu, à l'est de la RD Congo, mais ils vivent à Kamembe au Rwanda où les loyers sont moins chers et la vie plus facile. Les jeunes Congolais sont de plus en plus nombreux à se partager ainsi entre les deux pays, témoignant du retour de la confiance entre les peuples.

”Si je ne trouve pas de maison à louer, je n’hésiterai pas une seule seconde à vivre à Kamembe où les maisons coûtent moins cher”, explique Anselme Kangeta, un jeune journaliste bukavien bien connu. Kangeta n’est pas le seul jeune à avoir une telle idée. Ils sont toujours plus nombreux à travailler à Bukavu et à vivre dans la ville rwandaise de Kamembe, de l’autre côté de la frontière. C’est souvent pour payer un loyer moins élevé que ces Bukaviens, en majorité des jeunes, se décident à traverser la frontière.
En effet, les loyers ont pris l’ascenseur ces cinq dernières années à Bukavu à cause, en grande partie, de l’exode rural dû à l’insécurité dans les villages. Selon une enquête de l’Institut national des statistiques, réalisée en 2008, la ville compte plus de 600 000 habitants, presque trois fois plus que dans les années 1980. La présence de nombreuses Ong dans la ville est aussi pour beaucoup dans cette augmentation. Des propriétaires de maisons du centre-ville préfèrent les abandonner pour y loger des bureaux d’Ong internationales qui payent bien.

”On vit bien ici”
Depuis les années 1990, à la suite des guerres à répétition, un climat de méfiance régnait entre les habitants des deux villes séparées par la rivière. La confiance a commencé à revenir en 2008 avec la reprise des relations diplomatiques entre Kigali et Kinshasa.
Aujourd’hui, les Congolais qui se sont installés à Kamembe disent bien vivre dans cette ville rwandaise. ”Je ne manque de rien en vivant ici. Je m’arrange seulement pour être en règle avec tous les papiers et il n’y a aucune tracasserie. Je loge dans une maison de quatre pièces que je paie 50 $ par mois alors que la même maison en coûterait 200 à Bukavu”, confie Alfred Cubaka, jeune mécanicien dans un des garages de la Monuc (Mission des Nations unies au Congo). Un autre Bukavien, rencontré au marché de Kamembe avec sa femme, est du même avis :”Les divertissements qu’il y a à Bukavu, on les trouve ici. On peut sortir le soir pour prendre un verre ; on peut faire du shopping ou du sport sans problème. On vit bien ici !” Une opinion partagée par la grande majorité des Congolais qui disent apprécier la permanence du courant électrique et la sécurité.

Vivre dans deux pays
Les va-et-vient entre les deux pays sont ininterrompus entre ceux qui vont se ravitailler à Kamembe et les Bukaviens installés au Rwanda. Deux mille Congolais franchissent chaque jour la frontière selon un agent de l’Office des douanes et accises (OFIDA). “Tous les matins, je prends mon bus et je traverse la frontière pour aller au cours à Bukavu. Le soir je m’arrange pour rentrer avant 18 heures, quand on ferme la frontière”, raconte un enseignant congolais qui vit au Rwanda. La Communauté économique des pays des Grands Lacs (CEPGL) a annoncé dernièrement l’ouverture des frontières entre le Rwanda, le Burundi et la RDC 24 heures sur 24 d’ici fin 2009. Une mesure qui pourrait faciliter la vie de ceux qui vivent à cheval sur deux pays.
Côté Rwandais, on ne s’inquiète pas de cette ruée sur les logements de Kamembe. ”J’ai des pièces dans ma parcelle que je loue et j’ai vu un Congolais qui est passé il y a une semaine à la recherche d’un logement. Je lui ai donné mon prix. S’il est d’accord, je ne vois pas ce qui m’empêcherait de le lui donner”, lance un chauffeur rwandais qui fait le trafic frontière Ruzizi- Marché Kamembe. Pour les Rwandais, ces installations de Congolais sont surtout un signe d’un retour de la confiance entre les deux peuples.
À Bukavu, à l’occasion de la Journée mondiale de l’habitat, le 5 octobre dernier, le chef de division chargé de ce secteur, Robert Mondo, a reconnu que la ville était saturée et a indiqué qu’il est prévu de l’étendre vers le nord, dans le territoire de Kabare.

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