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RD Congo

26-08-2004

Kinshasa : femmes déplacées de guerre : oubliées mais actives

Dans un camp du Hcr près de Kinshasa, environ 200 femmes vivent depuis quatre ans parmi plus d’un millier de déplacés de guerre. Devant l’indifférence des autorités à leur égard, elles ont décidé de se regrouper pour faire entendre leur voix, afin qu’une solution soit trouvée à leur problème…

A une soixante de kilomètres de Kinshasa dans la banlieue est de la capitale congolaise, un camp du Haut commissariat aux réfugiés (Hcr), Nganda Mosolo, abrite près de 1500 déplacés de guerre. Ils proviennent essentiellement de l’est de la RD Congo, où ils ont fui toutes ces guerres qui ont ravagé le pays ces dernières années. Ils vivent depuis 2000 sur ce site constitué d’une quarantaine de cases couvertes de bâches, loin de la ville et des préoccupations des autorités. Parmi eux, 200 femmes environ qui ont décidé de ne plus se taire et de parler des souffrances qu’elles endurent dans ce camp.
« Depuis deux ans nous ne recevons plus l’aide du Pam (Programme alimentaire mondial, ndlr), raconte Mariame Komba, une femme de 39 ans qui vit dans le camp depuis janvier 2000, avec ses cinq enfants. Nous vivons de la débrouille et des aides de certaines ONG et des personnes de bonne volonté, ajoute-elle. Mais ces aides sont tellement irrégulières qu’elles ne nous permettent plus de tenir le coup ! »

Plus de chaîne de solidarité
A leur arrivée dans le camp les déplacés étaient en effet pris en charge par le Hcr, le Pam, la Croix-Rouge et les ONG humanitaires. Mais face à la baisse ou à l’arrêt de l’assistance, les femmes se sont tournées vers la terre pour se nourrir. Mariame était commerçante à Kisangani où elle vendait la viande de porc tirée de la ferme de son beau-frère. Aujourd’hui, elle cultive la terre. « Nous plantons des légumes que nous vendons à des clientes qui viennent du centre-ville, mais à vil prix : 200 Francs congolais (moins d’un dollar, ndrl) par plate-bande, dit-elle. Pour si peu, nous devons déployer beaucoup d’efforts pour rendre la terre cultivable. C’est pénible car c’est un travail nouveau pour la plupart d’entre nous… »
Les déplacés ont aussi beaucoup de mal à se faire soigner. Le dispensaire de la Croix-Rouge installé dans le camp manque cruellement d’équipements et de médicaments. Quelques infirmiers, assez dévoués mais impayés, y assurent des petits soins, aux frais des déplacés. Une sœur franciscaine, Marie-Jeanne Nsimba leur apporte aussi une assistance en cas d’hospitalisation. Mais malgré son dévouement, la religieuse ne peut venir ici que deux jours par semaine, les lundis et mercredis. D’où les difficultés énormes qu’éprouvent les personnes malades. « Cela fait de nombreux mois que je souffre d’un relâchement de l’utérus, se plaint une femme ayant requis l’anonymat. Il menace de sortir et me soumet à des douleurs atroces dans le bas-ventre. Je suis incapa ble d’entreprendre quoique ce soit pour survivre… », ajoute-elle un bébé dans le dos.
L’approche de la saison de pluie fait par ailleurs craindre une catastrophe sur le camp, dont l’habitat a vieilli. « La première pluie risque de tout emporter… », dit l’une des femmes, qui déplore que les cases couvertes de bâches n’aient pas été entretenues depuis quatre ans, alors qu’elles n’ont qu’une durée de six mois. On aperçoit en effet à travers les parois des cases que la plupart des bâches ont été trouées par les intempéries.

« Ils ont créé la guerre, mais ne savent gérer ses conséquences »
Dans cet environnement déjà peu favorable, les déplacés se sentent en outre insécurisés par des voleurs qui y opèrent de jour comme de nuit, « quand nous sommes aux champs ou quand nous dormons ! », explique une des déplacées qui ne comprend pas l'indifférence affichée à leur égard par le gouvernement congolais. « Ce sont eux qui ont créé toutes ces guerres. Aujourd’hui qu’ils sont au pouvoir, ils ne savent ni gérer ni maîtriser les conséquences de leurs actes… », tempête-t-elle, préférant garder l’anonymat.
Pour mieux faire entendre leur voix auprès des autorités du pays, 172 femmes du camp ont créé, il y a deux ans, une ONG dénommée "Association des femmes victimes de guerre" (Afevig). L’association encourage ses membres à se prendre en charge, en faisant la promotion des activités liées à l’agriculture, l’élevage, la couture et l’alphabétisation… Sa présidente, Aimée Kabula est très déçue par ce qui se passe à Kinshasa. « On entend, dit-elle, s’organiser à travers la ville des activités en faveur de la femme. Mais jamais nous sommes impliquées ni concernées, fait-elle remarquer. Ces activités se limitent là où les gens sont dans leurs familles et s’estiment heureux, malgré la crise. Nous, on nous abandonne à notre triste sort, sans ressources ni consolation… »
Depuis la formation du gouvernement de transition en juin 2003, les déplacés disent n’avoir reçu des autorités du pays que la visite, le 17 mai 2004, du vice-président de la République chargé de la reconstruction, M. Abdoulaye Yerodia Ndombasi. Une chose reste tout à fait étrange à leur yeux : jamais ils n’ont à ce jour eu le moindre contact avec le ministère congolais des Affaires humanitaires, « qui pourtant est dirigé par une femme ! », constate avec regret la présidente de l’Afvig.
En décembre 2003 et février 2004, un petit groupe de déplacés avait accepté de se faire rapatrier dans leurs provinces d’origine par l’Eglise du Christ au Congo (ECC). Chacun avait reçu une somme de 10 000 Francs congolais (environ 25 dollars). Mais certains sont finalement revenus dans le camp. « Les derniers événements de Bukavu n’étaient pas rassurants pour eux », explique Aimée Kabula, qui estime que seul le retour définitif de la paix sur l’ensemble du pays peut aider à résoudre la question de rapatriement de ces déplacés de guerre.

Raymonde Senga