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RD Congo

26-08-2004

RD Congo : déminage à pas de tortue

(Syfia - ICm) A l’est de la RD Congo, champs, routes, alentours des habitations, des écoles et des sources d’approvisionnement d’eau ont été minées durant la guerre. Ces engins de la mort font de nombreuses victimes. Les opérations de déminage sont loin d’être finies.

Revenant en avril dernier de son champ près de Kitchanga, à 75 km de Goma en plein Parc des Virunga, Marie-Madeleine a sauté sur une mine dans une déflagration assourdissante. La jeune femme de 28 ans, gravement atteinte à la jambe droite, a du être amputée au niveau de la cuisse. Aujourd’hui, cette mère de cinq enfants marche péniblement sur deux béquilles en bois grossièrement taillées.
De tels accidents sont une hantise pour les populations congolaises des régions nord-est du pays. En effet, depuis la fin de la guerre en 2002, des centaines de milliers de mines terrestres de tous genres (antichars, bondissantes et antipersonnel) posées sur les terrains de combats par les différents belligérants continuent de mutiler et de tuer les civils.
A ce jour, 350 zones à haut risque ont pu être identifiées par le Centre de coordination de la lutte anti-mines de la Monuc (Mission d’observation des Nations unies au Congo). «Les zones les plus minées se situent notamment en Ituri, au Nord Katanga et tout le long de la ligne de front qui séparait les belligérants durant la guerre », précise Marcel Quirion, directeur du Centre.
Les personnes victimes de ces terribles engins de la mort se comptent par milliers. Selon la Monuc, plus de 1000 personnes ont été victimes des mines antipersonnel ces vingt derniers mois. Plus de 120 personnes ont été tuées ou mutilées rien que dans le Parc des Virunga ! « Le nombre des victimes devrait augmenter au fur et à mesure que de nouvelles zones d’investigation seront accessibles, prévient M. Quirion. Dans certains endroits, ajoute-t-il, les femmes n’ont plus accès aux sources d’eau. Elles doivent marcher longtemps pour puiser à des sources éloignées. »
La RD Congo s’est engagée en 2002 à détruire en quatre ans tous les stocks de mines disséminés sur son territoire. Des organismes de déminage ont commencé à nettoyer certaines zones de l’Est. A Bunia et Irume (nord-est), la Fondation suisse de déminage active a achevé de déminer quatre points d’eau, tandis que la section belge d’Handicap international s’est installée à Kisangani, après les combats ayant opposé dans cette ville, en 2001, les armées rwandaise et ougandaise. Une société sud africaine, Mechem nettoie l’axe Beni-Bunia (600 km) et les abords des pistes d’atterrissage des aérodromes de Kinsangani, Manono et Kindu. Quant à la société danoise Dan Church Aid, elle démine les alentours de la ville de Kalemie, où opèrent également des démineurs des Nations unies. Mais toutes ces opérations se déroulent à pas de tortue, avec beaucoup de difficultés.
La crainte pour les observateurs, c’est de voir ces zones minées poser un vrai problème pour l’organisation prochaine des élections générales prévues en juillet 2005 en RD Congo. « Il sera difficile de persuader les populations de se rendre à certains bureaux de vote éloignés de leur domicile », estime Patricia Tomé, chargée de l’Information publique à la Monuc. A moins, dit-elle, que ce ne soit les urnes qui viennent vers elles. Mais là aussi les routes ne rendront pas les choses faciles ! »

Déo Namujimbo