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Rwanda

20-01-2005

La terre, denrée rare et convoitée

Au Rwanda, l'exiguïté des terres cultivables, qui ne peuvent plus faire vivre les familles d'agriculteurs, est une source croissante de conflits fonciers auxquels une loi récente cherche à remédier.

Un demi-hectare, c'est ce dont dispose, en moyenne, chaque famille d'agriculteurs rwandais pour faire vivre sa famille. « Chaque ménage devrait exploiter au moins 2 hectares de terres fertiles… Mais actuellement, avec la dégradation des sols et la diminution des terres cultivables, la moyenne annuelle des récoltes de la famille rwandaise représente la consommation familiale de trois mois », constate un technicien du ministère de l’Agriculture et de l’élevage. Dans ces conditions difficiles, le foncier est un enjeu de premier plan, source de conflits croissants.
Selon le recensement de 2002, 87 % des 8 millions de Rwandais ne vivent que de l’agriculture qui couvre 60 % du territoire national. La densité, calculée sur la surface habitable, atteint aujourd'hui 433 habitants au km2. Certains districts très peuplés comme celui de Shyanda dans la province de Butare peuvent atteindre 1 000 habitants au km2. En 20 ans, la surface cultivable par famille a été divisée par deux.
Certains ménages sont pratiquement sans terres. Kabera, de Kaduha, dans la province de Gikongoro (au sud du pays), ne dispose que de 3 ares. Depuis septembre 2004, il n'a récolté que 40 kg de haricots. « C’est tout ce que j’ai tiré de cette terre pour nourrir ma famille de six personnes », se résigne-t-il. Environ 19 000 familles n’ont ni logement ni lopin de terre si minime soit-il.
Le génocide et la fuite de nombreux Rwandais en 1994 avaient laissé de nombreuses terres abandonnées et inexploitées, vite récupérées par les voisins ou les exilés de longue date rentrés au pays. Mais avec le retour progressif des réfugiés récents, la pénurie de terres s'accentue. Les conflits fonciers au sein de la communauté, des familles et entre la société et l’Etat se multiplient. Celui-ci s’approprie la gestion des terres abandonnées ou vacantes et des terres domaniales.
Dans les provinces de Kibungo, Ruhengeri, Cyangugu et Umutara, de nombreuses exploitations familiales ont été parcellisées et subdivisées entre anciens occupants et réfugiés de 1959 de retour, en partant du principe que chacun a les mêmes droits à la terre. « La terre constitue la pomme de discorde. Le partage n’est pas équitable. J’ai cédé la moitié de ma propriété foncière à mon voisin qui est rentré avec 40 vaches. Il me faudrait une certaine contrepartie », se plaint un villageois de Rukira, dans la province de Kibungo. La loi de partage devrait aussi prendre en considération les moyens d’acquisition des terres. »

S'exiler pour survivre
Certains anciens occupants n'ont pas hésité à récupérer par la force leurs anciennes parcelles octroyées par les pouvoirs publics à des réfugiés. Dans les provinces frontalières qui ont accueilli beaucoup de rapatriés, le malaise social se développe. Ainsi, à Mayange, dans Kigali rural, les habitants du regroupement d'habitations (une solution préconisée par le gouvernement pour limiter l'emprise des maisons sur les sols cultivables), se disputent les terres. Le regroupement est installé sur un terrain pris à certains d'entre eux qui, mécontents, veulent récupérer leurs lopins que les autres disent avoir reçus de l'Etat.
De nombreux paysans reprennent le chemin de l’exil. Au cours des derniers mois de 2004, chaque jour, au moins 30 ressortissants de Ruhengeri (au nord du pays) ont été attrapés en Ouganda, selon les autorités des districts ougandais frontaliers. Un fuyard tombé dans les mailles de la police ougandaise avoue : « Je ne fuis pas l’insécurité, mais la faim et la pauvreté. J’ai vendu ma maison et ma parcelle qui ne me nourrit plus pour aller chercher la vie ailleurs ».
Fin 2004, une loi-cadre sur la terre a été adoptée pour tenter de mettre fin à ces conflits et de limiter le morcellement des terres. Désormais, la propriété foncière est pleine et entière. Celui qui possède des terrains peut les louer, les vendre, les hypothéquer pour obtenir un crédit. « Cela va encourager les grandes exploitations modernes et les investisseurs agricoles et générer des emplois dans les travaux champêtres », espère le ministre des Terres, de l’environnement, des forêts et des mines, Drocelle Mugorewera. Les propriétaires terriens qui ne mettent pas en valeur convenablement leurs parcelles se les verront confisquer par les pouvoirs publics. Mais, pour bien des paysans, l'exode rural reste la seule solution.

Albert-Baudoin Twizeyimana