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RD Congo

25-11-2013

Sud-Kivu : Le LMD faussé par des universités sans scrupules

Licence-Maîtrise-Doctorat (LMD), ce système d'enseignement universitaire, copié sur celui de l'Europe, est devenu un atout commercial pour des universités sans scrupules du Sud Kivu, vantant des études plus courtes. Mais tout ce qui fait l'intérêt de ces nouveaux cursus est oublié, y compris de la plupart des étudiants. Copie à revoir...

Près de la moitié de la vingtaine d’universités créées depuis un an au Sud-Kivu disent fonctionner sous le système Licence-master-doctorat (LMD), plus pour des raisons commerciales que par souci d'efficacité pédagogique. Elles font valoir leur choix essentiellement sur le fait que les étudiants obtiendront leur licence au bout de 3 ans au lieu de 5 actuellement dans le système congolais.
Mais cette comparaison est très trompeuse car le LMD instaure de fait un cursus bien différent. Les formations sont constituées en UE (Unités d'Enseignement, les "matières") dont un large choix doit être offert aux étudiants. Ceux-ci valident ces UE chaque trimestre, ce qui leur donne 30 crédits par semestre réussi, en Europe ces crédits sont valables dans tous les pays européens. Une fois acquis ils se conservent et un étudiant qui a raté un semestre, peut le reprendre sans perdre un an. Une plus grande souplesse, une plus grande pluridisciplinarité la première année (les étudiants choisissent leurs matières) et un diplôme, si tant est que les règles soient respectées, valable dans de nombreux pays, tels sont normalement les avantages de ce système.
En 2011, Léonard Mashako, alors ministre congolais de l’Enseignement supérieur, avait décidé que le LMD serait intégré progressivement dans les universités congolaises à partir de l’année académique 2012-2013. L’Université catholique au Congo a été la première à l'adopter en octobre 2012. Un an plus tard, de nouvelles universités du Sud-Kivu, dont plusieurs non reconnues par le gouvernement, l’adoptent à leur tour sous prétexte d’offrir un enseignement de meilleure qualité en un temps court. Cela relève souvent de l'escroquerie car la licence congolaise traditionnelle et celle issue du LMD n'ont pas la même valeur mais les étudiants friands de diplômes de papier ne cherchent pas toujours à s'informer sur ces nouveaux cursus.
"Qu’on soit dans le LMD ou le système classique, l’on doit avoir des locaux, une très bonne bibliothèque, de laboratoires équipés pour les filières techniques et des enseignants qualifiés", rappelle aussi un conseiller au ministère de l’ESURS.

Contrôles inefficaces
Fin octobre, le ministre de l’ESURS, Bonaventure Tshelo, a promis de prendre des sanctions : “Je n’homologuerai pas les diplômes de toutes ces universités qui fonctionnent dans le LMD sans en avoir reçu l’aval du gouvernement". Même si, poursuit-il, une université est agréée, elle n’a pas automatiquement l’autorisation d’adopter le LMD. C’est ainsi que l’Université évangélique en Afrique, basée à Bukavu, l’une des grandes universités de la province, a vu sa demande rejetée par le ministère en octobre dernier en attendant une mission d'inspection du ministère.
Mais pour beaucoup, l’ESURS ne contrôle pas efficacement les établissements d’enseignement supérieur et universitaire et les sanctions prévues en avril 2013 à l'encontre de certaines universités n'ont toujours pas été prises.
Autant de difficultés qui poussent certains acteurs de l’enseignement, Vincent Mukwege de l’Université officielle de Bukavu par exemple, à suggérer l’arrêt immédiat de ce système au pays. "Ce qui compte n’est pas l’équivalence mécanique des diplômes, mais plutôt celle des connaissances", convainc-t-il.
Quoiqu'il en soit des étudiants se ruent dans ces universités n'y voyant que le raccourcissement de la durée des études. "Nous savons tous que ce n’est pas la compétence qui compte sur le marché de l’emploi dans notre pays. J’ai quitté mon ancienne université et je suis venu ici depuis l’an passé car les choses y sont faciles", ironise N. Akonkwa. Face à cette attitude, d'autres étudiants estiment que ceux qui vont suivre le LMD sont ceux qui ont été renvoyés d’autres universités. Autant de problèmes sur le LMD qui, reconnaît Christian Buherhwa, ancien porte-parole des étudiants de l’Institut supérieur pédagogique de Bukavu, "n’inspire pas confiance au Sud-Kivu compte tenu de la catégorie d’universités dans lesquelles il est adopté".
De fait, cette réforme qui doit faciliter l'insertion professionnelle des jeunes et décloisonner les enseignements est mal connue, mal interprétée et détournée de son but initial…

David Ndagano Mweze