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RD Congo

12-10-2012

Sud-Kivu : relancer l'agriculture n'est pas la priorité du gouvernement

Malgré des potentialités énormes, l'agriculture congolaise est bien loin de pouvoir nourrir la population du pays. Les producteurs se débattent sans aide dans des difficultés insurmontables. Le Sud Kivu où la part de l'agriculture ne représente qu'1,8 % du budget provincial en est un triste exemple.

"L'agriculture est la priorité des priorités", répètent les autorités congolaises depuis des décennies. Pourtant "70% des ménages se trouvent en insécurité alimentaire, soit 44 millions de Congolais fragilisés", lit-on sur le site du ministère de l'Agriculture, pêche et élevage. Rien d'étonnant à ce que la RD Congo ait décroché la palme du pays le plus affamé du monde selon un rapport de l'IFPRI (Institut international de recherche sur les politiques alimentaires) de 2011. Paradoxalement, seuls 10% des 80 millions d'hectares de terres cultivables du pays sont exploités, seuls 10 000 ha des terres irrigables le sont pour des plantations de canne à sucre ou de riz et le pays est bien loin d'élever les 40 millions de têtes de gros bétail que ses savanes et ses prairies peuvent supporter. Sans compter les quelques 700 000 tonnes de poisson qui peuvent être pêchées chaque année dans les rivières. Un potentiel impressionnant auquel les gouvernements successifs ne se sont guère intéressés comme le montre la faiblesse des financements accordés à ce secteur : 3,4% du budget de l'Etat congolais cette année. Un budget bien maigre pour appliquer la nouvelle loi agricole entrée en vigueur en juin 2012 (voir encadré).

Les paysans abandonnés
L'exemple du Sud Kivu est ainsi représentatif de la situation qui prévaut dans pratiquement tout le pays. "Notre gouvernement portera sur la relance du secteur agricole, de l'élevage, de la pêche et de la pisciculture" avait déclaré le gouvernement du Sud Kivu après les élections de 2006. Pourtant en 2012, la part de l'agriculture dans le budget provincial n'est que de 1,8%, 3 millions de dollars sur les 159 millions du budget total. Un montant qui sert essentiellement à payer les agents de l'Etat. En outre, chaque année ces maigres subsides ne sont même pas entièrement dépensés. Selon une étude menée par l'association Max impact sur les prévisions et les dépenses budgétaires en faveur du secteur agricole au Sud Kivu, en moyenne seule la moitié du budget a été dépensé entre 2006 et 2009. La main du gouvernement provincial reste jusqu'à présent invisible dans le développement rural alors que celui-ci représente près de 70% de l'activité économique dans le secteur primaire bien loin devant les mines.
Les paysans de la province sont pourtant confrontés à des problèmes aigus : exiguïté des terres arables, sécurité foncière, des récoltes et d’eux-mêmes face aux bandes armées très présentes dans la région, baisse de la fertilité des terres. Généralement, les producteurs agricoles sont bien seuls pour faire face aux problèmes d’approvisionnement en intrants agricoles et à la protection de leurs champs. ″Conséquences, explique l’ingénieur agronome Dieudonné Bapolisi, on assiste à une faible maitrise de la production, à des paysans qui ne mangent pas à leur faim et qui peinent à nourrir les citadins″.

Des Ong en ordre dispersé
En l'absence d'une politique agricole globale, seuls des Ong et les organismes internationaux aident et équipent certains paysans à la mesure de leurs moyens et de leurs manières de voir. Depuis 2010, des paysans du Nord et du Sud-Kivu bénéficient ainsi de formations du Centre international pour la fertilité des sols et le développement agricole (IFDC). sur l’utilisation des engrais chimiques pour améliorer leur production. Le comité anti Bwaki (CAB), lui va dans un autre sens : ″Nous assistons les paysans et leur apprenons à produire sans engrais chimique″, explique James Bansoba, le superviseur des agronomes du CAB qui accompagne des paysans producteurs de haricots, de riz, de manioc, de sorgho, de soja et de tournesol. "Notre option pour l’engrais biologique vise à protéger l’écologie et à permettre au producteur local l’accès à l’engrais vert qui est accessible et moins cher″, ajoute-t-il. Au Sud-Kivu, des coopératives paysannes ont aussi commencé à naitre sous l’impulsion des Ong locales.
L’absence de mesures gouvernementales freine les initiatives. Ainsi la valorisation des produits locaux reste un discours vide malgré l’appel des Ong qui demandent à la population de privilégier la consommation locale pour encourager les paysans. Ils ne sont pas écoutés, car des produits importés, qu’on peut produire localement, inondent toujours le marché.

ENCADRE

La nouvelle loi agricole congolaise
Cette loi votée en 2011 et entrée en vigueur en juin 2012 fixe le cadre juridique du secteur agricole. Elle a des objectifs ambitieux :
• favoriser la mise en valeur durable des potentialités et de l’espace agricole en intégrant les aspects sociaux et environnementaux ;
• stimuler la production agricole par l’instauration d’un régime douanier et fiscal particulier dans le but d’atteindre, entre autres, l’autosuffisance alimentaire ;
• relancer les exportations des produits agricoles afin de générer des ressources importantes pour les investissements ;
• promouvoir l’industrie locale de transformation des produits agricoles ;
• attirer de nouvelles technologies d’énergie renouvelable.

Pour les atteindre, la loi prévoit :
• la création d'un fonds de développement agricole et sa gestion en synergie avec les institutions bancaires et non bancaires ;
• l’implication des agriculteurs et des professionnels du secteur agricole dans le processus décisionnel ;
• la prise en compte des exigences des instruments internationaux relatifs à la conservation et à l'utilisation des ressources phylogénétiques;
• la prise en compte de la protection de l'environnement ;
• le renforcement du mécanisme de surveillance des terres destinées à l'exploitation agricole et le suivi de la production ;
• l'institution d'une procédure de conciliation préalable à toute action judiciaire en matière de conflits des terres agricoles.

Thaddée Hyawe-Hinyi