Recherche avancée

S'inscrire à la Newsletter Syfia sur Facebook S'abonner au flux RSS

Nos sites

‹‹ Tous les articles

RD Congo

13-07-2012

Territoire de Beni : des ONG récupèrent des mineures dans des maisons de tolérance

(Syfia Grands Lacs Beni/Vision Plus) A Oicha, chef-lieu du territoire de Beni, des ONG sortent des filles mineures des maisons de tolérance dans lesquelles elles se prostituaient. Elles apprennent ainsi différents métiers et réintègrent parfois le toit familial. Proxénètes et clients, pourtant condamnables par la loi, restent impunis…

F.K., 17 ans, est l’une des filles mineures récupérées en mars dernier par l’OSC congolaise Bénévolat pour l’enfant (Bénenfance) dans une maison de tolérance à Oicha (chef-lieu du territoire de Beni). "J’avais 15 ans quand je suis entrée dans cette vie. Une dame m’avait convaincue de vivre avec elle dans une maisonnette avec trois autres mineures et une adulte. J’ai passé tous ces mois à livrer mon corps à tout homme, quel que soit son âge, en échange de l’argent", déclare, honteuse, F.K., aujourd’hui couturière dans un atelier.
Selon les chiffres de Bénenfance, en 2011, 52 mineures ont regagné le toit familial. Depuis bientôt trois ans, cette ONG réintègre ces filles dans la société. Chef d’antenne à Oicha, Kasereka Kasayiryo explique que sa structure plaide chaque trimestre auprès des services de sécurité, notamment à la police, à la cité et à l’administrateur du territoire pour que les droits de ces victimes soient enfin respectés.

Réinsertion familiale et sociale
L’article 178 de la loi n°09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant punit en effet toute personne qui expose un enfant à l’exhibition sexuelle "de 5 à 10 ans de servitude pénale principale et d'une amende de 200 000 à 600 000 Fc." L'article 175 punit celui qui détient un ou plusieurs enfants dans le but d’abuser d’eux sexuellement "de 10 à 20 ans de servitude pénale". Pourtant, jusqu'ici, les officiers de police judiciaire n’arrêtent pas les proxénètes. En attendant, le chef d’antenne de Bénenfance explique régulièrement à ces toutes jeunes prostituées les risques qu'elles courent, notamment d'attraper des maladies sexuellement transmissibles : "Nous leur faisons comprendre leur immaturité physique et morale. Nous les informons aussi de leurs droits et devoirs pour les aider à sortir des abus dont elles sont victimes avant de leur proposer une formation."
Sur 52 filles récupérées, une vingtaine est ainsi accompagnée psychologiquement pour une meilleure réinsertion sociale et familiale. Une dizaine est formée en coupe-couture et en tricot. Actuellement, cinq sont formées dans des centres d’alphabétisation. "Avant, je ne dormais pas. Les hommes ivres se présentaient à moi moyennant une pièce de monnaie... Maintenant, je me sens bien. La formation en coupe couture m’a permis d’acheter un étalage au marché. Grâce à mon petit commerce, je supporte les dépenses de mon garçonnet", se réjouit une de ces ex-prostituées.

"Complices d'exploitation sexuelle"
Grâce notamment à la sensibilisation de la société civile à Radio moto, une chaine locale, les maisons de prostitution se vident progressivement de leurs locataires mineures. D'autres actions expliquent ces premiers résultats. "Nous avons averti les bailleurs, qui cèdent leurs maisons à ces femmes et enfants, qu’ils sont complices d'exploitation sexuelle de mineures", avertit Etienne Mbafumoja, membre de l’ONG congolaise Action de lutte contre la torture. Du coup, les propriétaires exigent désormais la présence d’un homme et d’une femme avant la signature d’un contrat de bail. Ils transmettent ensuite l’identité de leurs locataires aux chefs d’avenues et de cellules pour qu'ils soient connus de l’administration locale.
L'encadrement des mineures récupérées dans les maisons de prostitution semble devenir une préoccupation pour l'ensemble de la communauté. Dans cet esprit, Bernadette Kavira, responsable du service genre, famille et enfant en territoire de Beni, invite tous les parents à accueillir leurs enfants qui souhaitent changer de vie : "Tout parent soucieux de l’avenir de sa fille, devrait se réjouir de la voir revenir. Un peu comme une brebis perdue qui reviendrait dans son pâturage. Sans attendre l’aide d'une ONG, la famille elle-même, si elle en a les moyens, peut amener sa fille dans un centre d’alphabétisation ou d’apprentissage de métiers."
Jean-Paul Ngahagondi, coordonnateur de l’ONG locale Bon Samaritain, plaide, lui, pour une vulgarisation des lois. Il invite les habitants à dénoncer quiconque s’adonnerait à l’exploitation sexuelle de mineures dans des maisons de prostitution. La loi de 2009 (articles 171 et 172) condamne également les clients qui ont des relations sexuelles avec des mineures : "Commet un viol d’enfant (…) tout homme qui introduit son organe sexuel même superficiellement dans celui d’une enfant (…). L'attentat à la pudeur sans violence, ruse, ou menace commis sur un enfant est puni de 6 mois à 5 ans de servitude pénale principale ".

Programme interbailleurs Médias pour la démocratie et la transparence en RDC.

Pascal Muhindo Mapenzi