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RD Congo

13-07-2012

Beni : bandits, prenez garde, les jeunes veillent !

Des jeunes veillent la nuit à tour de rôle dans les ronds points et carrefours de Beni pour faire face aux voleurs. Ils arrivent à en arrêter certains et à en dissuader d’autres. La société civile proteste contre cette initiative périlleuse et rappelle que la sécurité de la population et de ses biens revient à l’Etat.

Sur la rue Kalinda, en commune de Bungulu, vers le croisement des avenues de l’église catholique, une fumée monte au ciel en cette nuit de fin juin. Dans une parcelle voisine, un groupe de jeunes se charge d’amasser des troncs d’arbres et des tas de feuilles qu’ils jettent progressivement dans les flammes… De l’autre coté de la commune de Rwenzori, à l’est de Beni, sur la rue principale Kasabinyole, un autre feu brule aux alentours de 22 heures. De loin, on pourrait croire qu’il s’agit d’un four de briquetiers. Il n'en est rien. "Nous veillons chaque nuit depuis début avril pour arrêter, décourager et dénoncer les bandits qui tuent nos frères !", explique Emmanuel Paluku, un jeune du quartier Kalinda, baptisé Benghazi à cause du fort taux de criminalité. En un an, deux chefs de quartier et un cameraman-reporter y ont été assassinés par balle.
Une insécurité quasi-généralisée à Beni. Entre janvier et février dernier, la ville a pleuré une dizaine d’assassinats par balle ou par arme blanche. Même les militaires ne sont pas épargnés. A deux reprises, les camps des FARDC, notamment Ozacaf et Paida, ont été attaqués par un groupe de Mayi-Mayi.

Surveillance dissuasive
Excédés par ce climat d’insécurité, des jeunes ont décidé, par petits groupes, d'assurer eux-mêmes la sécurité. A la nuit tombée, ils font la ronde des avenues pour surveiller les passants. Munis de machettes, barres de fer et sifflets, leur présence décourage d’éventuels brigands. "Si nous avons pris cette option c’est parce que les policiers et agents de sécurité ne parviennent pas à nous sécuriser. Ils ne remplissent plus efficacement leur tâche devant ces voleurs armés", explique Patrick Musavuli, un de ces jeunes.
Leur action de dissuasion semble porter ses fruits. Certains de ces guetteurs du quartier Mupanda ont ainsi récemment mis la main sur deux bandits à mains armées qu’ils ont remis à la police. Vers le quartier Kasabinyole à l’est de Beni, des paysans ont eux dénoncé auprès de l’autorité un chef de gang, un certain major déserteur des FARDC pointé comme auteur de plusieurs braquages de maisons en ville.
"Grâce à eux (jeunes, Ndlr), nous avons mis la main sur huit bandits dont un certain 'Abdou' qui a avoué avoir assassiné un policier qui escortait une camionnette d’une banque locale", reconnaît Bwanakawa Masumbuko, maire de Beni, présentant devant la presse une bande de bandits avec plusieurs effets récupérés.

Un rôle utile, mais risqué
Les avis sont cependant partagés par rapport à la sécurisation de quelques quartiers par des jeunes. Dans un meeting populaire au stade de Kasabinyole, le maire a vivement appelé la population à appuyer les autorités dans la sécurisation de la ville. Pour Madame Joly Kahebe, Ordonnateur-délégué à la commune de Mulekera, tout ce qui sécurise Beni et épargne ses habitants de ces tueries mérite la confiance de la population. "Je ne trouve aucun inconvénient quand les jeunes gens nous ramènent la paix. Nous commençons à dormir sur nos lauriers !", renforce-t-elle. "La sécurité, c’est l’affaire de tout le monde, mais cela ne veut pas dire que les jeunes doivent se substituer aux agents de l’ordre !", rejette par contre fermement Angélus Kavutirwaki, secrétaire permanent de la coordination de la société civile de Beni.
Bien qu'ils jugent eux aussi cette action salutaire, les activistes de droits de l’homme et certains officiers condamnent une violation de la mission principale dévolue aux seules forces de l’ordre. Pour le président du comité des étudiants de l’Université chrétienne bilingue du Congo, Esai Katavu, c’est dangereux pour les jeunes, car un jour, les mêmes policiers ou militaires peuvent retourner leurs canons contre eux. La branche civile des renseignements militaires redoute, elle, que cette attitude ne s’apparente à un début de création d'une milice d’autodéfense populaire. "Ce qui se passe au Sud-Kivu avec la milice Raïya Mutomboki avait commencé comme cela. Il serait mieux que l’Etat assume ses tâches régaliennes", recommande un capitaine de l’armée.
L’Association africaine des droits de l’homme à Beni pense de son côté que la meilleure solution serait que le gouvernement paie convenablement ses hommes ou augmente carrément l’effectif des policiers pour que ces derniers jouent pleinement leur rôle.

Jacques Kikuni Kokonyange