22-06-2012
Longtemps tributaires de Kinshasa pour les échanges commerciaux, les commerçants de Mbandaka, au nord-ouest de la RD Congo, se tournent peu à peu vers Kisangani, attirés par la sécurité et des prix avantageux. Mais le voyage, par bateau, reste long et difficile.
Depuis quelque temps, les passants sont émerveillés par les marchandises bon marché exposées le long de l’avenue Bonsomi, principale artère de Mbandaka, chef-lieu de la province de l’Equateur, au nord-ouest de la RD Congo. On y trouve un peu de tout : motos, appareils électroménagers, ustensiles de cuisine, appareils de musique… Ces articles proviennent, non pas de Kinshasa dont la ville dépendait jusque là pour tous ses échanges commerciaux car c'est la plus proche géographiquement, mais de la partie orientale de la RD Congo, notamment Kisangani. C'est lorsque l'Equateur a été scindé en deux et que Mbandaka, en zone rebelle, a été coupé de Kinshasa que les premiers échanges avec l'Est ont commencé. La construction de la route de Kisangani à Bunia qui permet depuis quelques années l'arrivée massive de produits à bon prix dans la capitale de la Province orientale les a considérablement accrus.
Bénéfices et sécurité
Ces échanges se sont poursuivis et ont augmenté de volume à la réunification du pays avec l’entrée en lice des nouveaux venus, surtout les jeunes. Depuis Mbandaka, ils emmènent du poisson, de l’huile de palme, des bidons en plastique d’occasion de 20 ou 25 litres, des pirogues etc. De Kisangani, ils ramènent des motos, des appareils électroménagers, des ustensiles de cuisine, des haricots… Selon Mamadou, un commerçant de Mbandaka, les prix pratiqués à Kisangani permettent aux opérateurs économiques de réaliser de grands bénéfices : "une moto achetée à 750 $, tous frais compris, peut s’écouler à 1 050 ou 1100 $ ; un bidon vide acheté à Mbandaka à ± 2500 FC (±3 $) peut être revendu à 5.000 FC (± 6 $) à Kisangani", explique-t-il.
Par ailleurs, ces opérateurs économiques évoquent l’aspect sécuritaire rassurant qu’ils estiment très déterminant pour leur métier : "A Kisangani, on peut se promener avec ses paquets d’argent en mains sans que l’on ne soit inquiété par des braqueurs et autres délinquants. Ce qui n’est pas du tout évident à Kinshasa", affirme Serge Bobako, également commerçant. Ils jugent aussi les tracasseries administratives moins étouffantes à Kisangani qu’à Kinshasa.
La moto remplace le vélo
Ces échanges commerciaux avec l’Est boostent la vie socio-économique des habitants de Mbandaka. L’arrivée en grand nombre dans la ville des motos, baptisées "Boda-Boda" a notamment rendu possible l’émergence des taxi-moto qui lentement supplantent les taxi-vélo, qui jusqu’il y a une année restait le traditionnel moyen de transport des Mbandakais. Ce nouveau mode de transport a créé de nouveaux emplois. On constate actuellement un engouement pour le métier de conducteurs de taxi-moto où l’on compte de nombreux reconvertis parmi les tolekistes (conducteurs des vélos). Ceci fait l’affaire non seulement des usagers et des propriétaires des motos mais aussi des régies financières chargées de prélever les taxes de l’Etat, en l’occurrence, la DGI, la DGRAD, et la DGRPE (direction générale des recettes provinciales/Equateur). De même, l’influence de ces échanges interprovinciaux est aussi remarquable, bien que timidement, dans le domaine du bâtiment comme en témoignent les constructions aux toitures à pentes multiples.
En dépit des avantages tirés des échanges avec l’est, les marchands de Mbandaka déplorent les difficiles conditions de voyage auxquelles ils sont confrontés. Bien que peu coûteux ce voyage de plus de 1 000 km, peut prendre 8 à 10 jours à l’aller et autant au retour. Il s’effectue par bateau dans des conditions difficiles : promiscuité étouffante, insuffisance de latrines, etc. De plus en plus les commerçants souhaitent voir les compagnies aériennes établir une ligne directe entre Mbandaka et Kisangani, quitte à "affréter les marchandises par bateau ou à travers les agences et d’aller attendre à destination sans trop de stress…", plaide l'un d'eux.
Mathieu Mokolo