15-06-2012
Les agriculteurs et paysans de Beni, au Nord-Kivu, pour espérer continuer à cultiver leurs champs dans les aires protégées du parc de Virunga adhèrent en masse aux formations politiques au pouvoir. Leur entreprise bute cependant sur l’Unesco et certaines Ong de défense de la nature qui s’opposent à l’exploitation de ce site classé patrimoine mondial.
"Comme vous venez de porter ces couleurs présidentielles, personne n’osera plus vous malmener, vous allez jouir de vos champs. La justice et les policiers vont vous appuyer ", rassure en ces termes le secrétaire exécutif urbain du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) Norbert Atsongya, les agriculteurs et paysans de Beni qui, conduit par leur chef coutumier, venaient d’adhérer au parti présidentiel. "Moi Mbukuma Kitobi, chef coutumier de Bapakambo, adhère officiellement avec mon peuple au sein du PPRD à dater de ce jour et m’engage à respecter les textes et défendre les idéaux de notre cher parti", proclamait en avril le chef coutumier devant les cadres et militants du parti présidentiel.
Mariage d’intérêt
Les habitants de Beni contractent là un mariage d’intérêt avec les formations politiques au pouvoir pour espérer continuer à cultiver leurs champs dans les aires protégées du parc de Virunga. Lors des élections de novembre 2011, ils avaient voté massivement pour le candidat de l’opposition à la présidentielle. Et du coup l’accès à leurs champs situés pour la plupart à la lisière du parc devenait difficile. Mais, depuis leur ralliement en avril, les gardes parcs sont devenus plus flexibles et coopératifs. "Depuis que je porte ces vêtements, les gardes parcs qui me chassaient à l’époque quand je partais pour couper mes régimes de bananes à la limite du parc national hésitent à me toucher. Ils me demandent seulement de ramener mes produits sans semer à nouveau", confie Patrick Kakule, cultivateur vêtu de l’uniforme du parti. La société civile désapprouve cette récompense politique qui contribue à dégrader un peu plus le parc de Virunga, déjà détruit par les guerres à répétitions dans l’Est du pays. "Ces planteurs sont toujours manipulés par les politiques. Hier c’était le RCD/KML qui les avait encouragés à envahir le parc, aujourd’hui c’est le tour de la mouvance au pouvoir", regrette Angélus Kavutirwaki, secrétaire permanent de la coordination de la société civile.
L’Unesco veille
La communauté internationale à travers l’Unesco surveille ce patrimoine. La gestion du parc national de Virunga n’est pas l’apanage du seul gouvernement congolais. Plusieurs tentatives de destruction ou exploration de certaines zones sont régulièrement étouffées par les ong et autres organisations qui combattent sa disparition. Récemment, l’Unesco et l’ong Global Witness ont condamné la tentative d’exploitation du pétrole dans ce massif. Quelques habitants du sud de Lubero avaient protesté à leur tour contre le décret présidentiel autorisant les entreprises anglaises à extraire l’or noir dans cette réserve. Norbert Mushenzi, ancien conservateur de l’ICCN à Beni est d’avis que "la communauté internationale qui fait face à la déforestation ne peut pas laisser des gens faire des champs dans le parc de Virunga."
Jacques Kikuni Kokonyange