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RD Congo

15-06-2012

Nord-Kivu : le recyclage protège les forêts… et les femmes

(Syfia Grands-Lacs/RD Congo) Pour protéger de la déforestation le parc des Virunga au Nord-Kivu, des fabriques de briquettes à base de déchets divers ont été installées dans la zone. Elles remplacent avantageusement le charbon de bois dont l'intense production pour Goma, détruit quantité d'arbres. Et permettent aux femmes d'éviter la corvée de bois, très risquée pour elles dans la région.

"Nous sommes deux par machine. Avant, j’allais couper du bois dans le parc pour fabriquer du makala (charbon de bois). Désormais je travaille dans l’usine de briquettes. A la fin du mois, je gagne un peu d’argent"», explique Michel, habitant de Nyiragongo, un village proche du parc des Virunga au Nord Kivu à l'Est de la RD Congo. Disséminées dans les territoires de Rutshuru et Nyiragongo, 600 machines produisent de la biomasse sous forme de briquettes, source d'énergie issue du recyclage de déchets agricoles et ménagers. Les "machines" sont simples : quatre planches assemblées sur des pieds ; au centre, un cylindre dans lequel on introduit les déchets à recycler. A l’aide d’un manche, ne reste plus qu’à comprimer ces déchets pour en faire des briquettes. Ce travail occupe environ 2400 personnes des villages environnant le Parc des Virunga. Le Parc collabore avec l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) sur ce projet.
Auparavant, cette région subissait une déforestation à grande échelle, due à la grande consommation de charbon de bois de Goma : "Le business en charbon de bois représente 35 millions de dollars par an à Goma", indique Balemba Balagizi, responsable du projet "briquettes""» à l’ICCN. Nous avons alors décidé de promouvoir une énergie renouvelable pour répondre, au-delà de la surexploitation du bois, au manque d’électricité", poursuit-il. Un système de recyclage ainsi que des sensibilisations de la population ont été mis en place : "Ainsi nous recyclons les déchets ménagers, les résidus agricoles, les restes de charbon de bois, etc."

A l'abri des viols
A 80%, le transport de bois est un travail que font les femmes. "Avant, je parcourais plusieurs kilomètres dans la brousse pour chercher du bois, mais aussi pour le transporter au marché. On me payait une somme dérisoire qui ne couvrait même pas la moitié de mes besoins", souligne cette dame frisant la trentaine et trouvée devant une machine à comprimer le papier pour en faire des briquettes à Kibumba, localité située à 30 km de Goma.
En traversant plusieurs kilomètres dans la forêt, certaines d’entre elles étaient attaquées et violées. "Dans la forêt, je prenais des risques. Il fallait que je le fasse pour nourrir mes enfants et payer les frais de scolarité. Maintenant, je peux assurer mes besoins de base avec l’argent de la vente des briquettes", raconte Immaculée Buleze.
Le système ne vise ainsi pas seulement la protection du parc : "Ces femmes parcouraient plus de 12 km dans la forêt pour recevoir 500 fc après un dur labeur. Notre objectif est non seulement de créer de l’emploi pour 440 femmes mais aussi de leur donner une source d’énergie stable qu’elles-mêmes gèrent. Nous leur livrons des kits composé de bêches, rateaux, brouettes, gants, emballages, etc.", confirme Balemba.
Les communautés composées essentiellement de femmes bénéficient d’une formation, d’un suivi et d’un monitoring pour améliorer la production. Les briquettes sont moins chères que le bois de chauffe. Le prix varie selon le lieu : 3 briquettes de 750 gr coûtent entre 100 et 300Fc Avec une briquette, on peut chauffer. 1litre d’eau en 5 minutes Autres avantages, à Goma, 40 kg de briquettes coûtent 5$, environ six fois moins qu’un sac de charbon.

Recyclage pour l’énergie
Les déchets ménagers et agricoles, les papiers des bureaux, imprimeries et papeteries ne sont plus brûlés, mais collectés. Les ONG sont de grands fournisseurs, surtout le Programme alimentaire mondial (PAM) qui donne le plus gros grâce aux emballages des vivres qu’ils distribuent :"La contribution du PAM est un exemple formidable de ce que l’on peut faire pour à la fois réduire la déforestation et améliorer les moyens de subsistance des communautés", explique Balemba Balagizi, le chargé du programme de production des briquettes.
Aujourd’hui tout est recyclé : même les déchets du charbon de bois ! "Nos équipes recueillent des déchets de charbon de bois dans tous les dépôts de charbon ; et nous fabriquons des briquettes à base du résidu de charbon de bois. On appelle ça : boule de feu"», explique Balemba. Parmi les paysans riverains du parc, certains collectent les déchets dans les composts, d’autres vont chercher le résidu de charbon de bois dans des dépôts à Goma.
La production du charbon de bois constitue une menace pour les espaces verts dans plusieurs forêts de République démocratique du Congo. Pour obtenir 1kg de charbon, il faut de 6kg de bois. "La boule de feu est un frein à la déforestation, estime un chercheur. J’exhorte les acteurs de l’environnement et toute personne ayant des idées à appuyer notre centre d’énergie qui vise non seulement l’assainissement des villes, mais aussi le ralentissement de la déforestation".

Alain Wandimoyi