Recherche avancée

S'inscrire à la Newsletter Syfia sur Facebook S'abonner au flux RSS

Nos sites

‹‹ Tous les articles

RD Congo

25-05-2012

Nord-Kivu : des coopératives pour relancer la filière café

Le gouvernement veut relancer la filière café en RDC. Motivés par ce soutien affiché, les producteurs se regroupent en coopératives pour mieux défendre leurs droits et revaloriser leur produit.

"Le cultivateur est toujours déconsidéré alors que le café figure parmi les principaux produits d’exportation du pays !", s’indigne Oscar Kambale, président de la Coopérative des cultivateurs du territoire de Rutshuru, l’un des grands secteurs caféiers du Nord-Kivu qui regroupe plusieurs petits et grands producteurs de café. Selon lui, « l’Etat ne s’occupe guère de nos intérêts et les caféiculteurs travaillaient d’une façon disparate ». C’est pourquoi ils se sont décidés, en mars dernier, à fonder des coopératives.
En mars, le gouvernement provincial avait regroupé une cinquantaine d’acteurs impliqués dans la filière du café pour une séance de sensibilisation. "La décroissance de la production et de l’exportation du café entraîne chaque année un manque à gagner d’environ 235 millions de dollars pour l’économie du pays", a chiffré Nzanzu Kasivita, ministre provincial de l’Agriculture et de la Pêche.

Taxes et tracasseries
D’après Simon N’Siona Malaba, directeur chef de secteur de l’ONC (Office national du café), un organe étatique chargé d’encadrer les caféiculteurs, la production a été divisée par deux en dix ans : "Les exportations du café sont passées de 3,5 millions de tonnes en 2000 à 1,8 million en 2011. Plusieurs causes à cela, selon les producteurs : "En dehors de l’insécurité dans les secteurs de production, nous ne somme pas suffisamment encadrés depuis plusieurs années par l’Etat, la fraude aux frontières n’est pas bien contrôlée et nos prix ne sont pas rémunérateurs. On nous impose des taxes illicites, les charges à l’exportation sont très élevées, sans compter les tracasseries administratives", relate un producteur de café du territoire de Beni, dans le grand Nord de la province.
Le ministère de l’Agriculture a assuré les caféiculteurs de son soutien et de l’accompagnement de l’Etat : "Il faut éliminer les tracasseries, améliorer l’encadrement agricole des caféiculteurs par la formation des agronomes tant de l’ONC que de l’Etat aux nouvelles techniques agricoles, et combattre les maladies qui endommagent cette plante…", a énuméré Nzanzu Kasivita.

Associés solidaires
Grâce aux coopératives, les producteurs entendent mieux défendre leurs droits et faire entendre leur point de vue. Ils veulent aussi prendre en main la commercialisation de leur produit, espérant tirer un meilleur prix de leur café Arabica de l’Est réputé de bonne qualité sur le marché international. "Nous voulons être impliqués à chaque échelon. La gestion, la commercialisation des engrais, la prospection du marché ou la fixation des prix aux producteurs seront aussi désormais notre affaire", indique le président de la confédération provinciale des caféiculteurs.
Les producteurs du café de chaque secteur vont élire un comité. Tout le monde adhère moyennant une contribution pour le fonctionnement et la bonne marche du bureau. Le comité surveille la vente du café cerise à l’usine la plus proche. C’est par ailleurs un excellent moyen de rapprocher et réconcilier les gens, de rester solidaires et unis. Ces comités sont regroupés en coopératives, coiffées par une société de lavage du café, le tout étant chapeauté par la confédération provinciale des caféiculteurs.
Dans les pays voisins comme le Rwanda, le Burundi et la Tanzanie, le café se vend plus cher qu’en RD Congo. "C’est pourquoi ceux qui le peuvent vendent illicitement leur café dans ces pays. Mais nous estimons que tout cela va s’arrêter car regroupés en coopératives, soutenus et accompagnés par l’Etat dans nos activités, nous allons chercher des marchés plus concurrentiels", lance un autre grand caféiculteur. Une nouvelle prospection du marché a été lancée, et les coopératives prennent contact avec des acheteurs occidentaux. "Nous sommes en effet en contact avec quelques entreprises européennes pour vendre le café de notre prochaine campagne 2012-2013", confie-t-il.

ENCADRE

Rutshuru
Fraude et prix bas découragent les producteurs

Déçu par la baisse récente du prix de café, Patrick T. a dû arracher plus de 2000 plants de son champ et les remplacer par les haricots. Pour lui, ce choix est consécutif à l’absence de syndicat regroupant cultivateurs et acheteurs locaux dans le groupement de Bweza à la frontière entre le Rwanda, l’Ouganda et la RDC. « Je ne pouvais pas continuer cette culture alors qu’un marché local est dominé par des commissionnaires qui nous imposent un prix sans se soucier de nos dépenses. Aujourd’hui, un sac est payé à 36 000 Fc, soit 37,8 $ ; l’année dernière, celui-ci se négociait à plus de 120$ ! », regrette-t-il. D’autres cultivateurs de Bweza en territoire de Rutshuru ont pris l’initiative de pratiquer des cultures intercalaires. "Nous avons compris qu’avec la culture seule du café nous ne pouvons plus répondre à nos besoins avec son prix ridicule. Nous l’intercalons avec d’autres cultures comme le maïs, l’oignon ou la tomate, qui rapportent gros ici", expliquent des cultivateurs de la place.
Cette baisse de prix s’explique par la mise en place d’un nouveau système par l’Office national du café, destiné à lutter contre la fraude des acheteurs rwandais ou ougandais. Il consiste à recenser tous les acheteurs locaux, avec un paiement de 20 $ comme frais d’enregistrement. « Mais plusieurs acheteurs se sont entendus pour imposer le prix de leur choix aux cultivateurs. Ces derniers se sont retrouvés en face d’un marché non concurrentiel », explique l’un des responsables de l’antenne de l’ONC à Bweza. Cette mesure n’a d’ailleurs pas non plus réussi à déjouer complètement les exportations frauduleuses du café. "Je n’ai pas eu le courage de m’affilier car je n’y voyais pas trop d’importance. Si je peux faire passer en fraude même 40 Kg de café acheté en cachette à un prix élevé auprès des cultivateurs, je gagne facilement 30 $ de plus", révèle un fraudeur rencontré en train de négocier clandestinement quelques mesures du café auprès d’un cultivateur. En attendant, plusieurs pépiniéristes de Bweza sont obligés de vendre leurs plantules de caféiers à un prix dérisoire (0.05 $).


Désiré Bigega, Evariste Mahamba, Roger Sebyera