27-04-2012
(Syfia Grands Lacs /Rwanda) Séduisez vos maris par votre bonne cuisine, votre propreté et votre gentillesse, c'est ce que conseillent les formatrices du centre de Makiso au Rwanda aux femmes qui subissent leurs violences au quotidien. Une technique qui porte ses fruits : les hommes reconquis changent à leur tour de comportement.
"Nous avons remarqué que les hommes aiment naturellement trois choses : l’honneur, la nourriture et le sexe", explique Annonciate Mukarwego, quinquagénaire, formatrice dévouée à sauver des foyers fragiles au centre de formation de Mahoko, à l’ouest du Rwanda. Des femmes viennent y suivre des séances éducatives pour résoudre leurs conflits familiaux et mieux communiquer avec leurs maris. Elles y apprennent aussi à faire la cuisine pour les amadouer afin de vivre le plus longtemps possible avec eux. Savoir cajoler les hommes pour éviter qu'ils soient violents et favoriser l’harmonie familiale est l'objectif de ces séances.
"Je leur demande de se souvenir des motivations amoureuses de leurs maris pendant les fiançailles. L’affection des femmes envers leurs époux décroît en faveur des enfants une fois arrivées dans leurs foyers, raison pour laquelle les hommes déçus deviennent violents… Un petit reproche peut basculer en bagarre mortelle", s’exclame Annonciate Mukarwego. Le Commissariat d’investigation criminel (CID) à Kigali a recensé deux femmes et trois hommes tués en janvier dernier et 19 femmes battues à mort en février. La formatrice demande donc aux femmes de faire des efforts pour être plus aimables et attirantes.
Selon le module mis au point par un groupe de femmes avisées de Mahoko, plusieurs causes sont à l’origine des violences conjugales dont le manque de respect à l’égard de son mari, le manque d'hygiène de la femme ainsi que la mauvaise cuisine. L’ivresse, les drogues et l’infidélité des hommes empirent les relations entre époux. "Nous leur apprenons à faire une bonne cuisine, à assainir leurs maisons et à être propres", insiste Françoise Umuhire, chargée de l’état civil au secteur administratif de Kanama, chef-lieu de Mahoko. "Beaucoup d’hommes de Mahoko convoitent les femmes prostituées ou veuves parce qu’elles sont propres et bien vêtues. Elles savent préparer des menus à leur goût", remarque A. Mukarwego qui demande aux femmes paysannes de Mahoko et à celles d’autres circonscriptions rurales du Rwanda de respecter ces règles d’or de la bonne entente conjugale.
Des hommes reviennent à la raison
Les femmes qui le font se frottent déjà les mains. Leurs maris les accompagnent maintenant dans ces séances éducatives conjugales et la plupart d’eux ont renoncé à leurs violences. "Ma femme ne pouvait jamais lessiver mes habits, ni chauffer pour moi l’eau de la douche. À présent, elle me parle avec douceur et n’hésite pas à m’obéir même pour un geste stupide !", apprécie Birungu dont la femme Uwamariya était accusée d’être acariâtre et sale. Celle-ci était prête à abandonner ses deux gamins à cause de l’ivresse, des injures et des coups quotidiens de son mari. "J’adore ces séances éducatives. Tout est dit entre époux et ça constitue une bonne expérience !", poursuit-elle. "Ce couple, devenu modèle, est très souvent utilisé dans les témoignages en tant que famille sauvée qui allait être complètement brisée", atteste la formatrice.
Jean Bosco Niyoyita, paysan de la localité de Nkomane à 30 km au nord de Mahoko, raconte lui que sa femme Mukamunana, 25 ans, a appris à porter un pantalon. "En jeans, elle est trop sympa et mignonne au même titre que d’autres femmes. Je ne cesserai de l’aimer, car elle a accepté de renoncer à ses longues robes démesurées recommandées par son Église de réveil", témoigne Niyoyita, longtemps accusé d’infidélité.
"Les femmes sont conscientes de leurs droits, elles ne peuvent plus accepter d’être battues tout le temps", explique Uwamahoro Angélique, policière du CID qui apprécie les efforts du centre pour réconcilier les couples et estime que "le dialogue est la meilleure thérapie pour les couples en rivalité". Selon une femme journaliste, membre de l’Association des Femmes des Médias (Pro-femme Twese Hamwe), "le réveil des femmes, qui militent désormais pour leurs droits, d’un côté accentue les violences conjugales et, de l'autre, pousse les hommes à respecter leurs femmes de peur que la loi ne les frappe sérieusement."
Alphonse Safari Byuma
Alphonse Safari Byuma