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RD Congo

16-12-2011

Beni : les candidats députés vaincus se font oublier

qui ont obtenu de maigres scores aux élections sont devenus invisibles en ville où ils battaient auparavant campagne nuit et jour. Enfermés chez eux ou partis ailleurs, ils tentent de se faire oublier, souvent pour ne pas payer leurs dettes.

Assis à l’arrière d’un un taxi moto, vêtu d’une jaquette noire, chapeau couvrant à moitié les yeux, un candidat de la circonscription électorale de Beni, au nord de Goma, qui s’estime malheureux, traverse discrètement le boulevard Nyamwisi, la grande artère de la ville. Pourtant, pendant la campagne, cet homme ne faisait pas un mètre sans s’arrêter ou saluer les passants. Il avait un cortège impressionnant de véhicules, des baffles suspendus au-dessus de sa jeep distillaient des chansons à casser les oreilles.
Mais aujourd'hui ces hommes politiques qui se sentent d’avance perdants, au regard des résultats provisoires affichés devant chaque bureau de vote après le scrutin, ne veulent plus trop s’afficher en public ni répondre aux blagues des électeurs qu’ils côtoyaient.
Au sud de Beni, un groupe de jeunes du quartier Kalinda, interpelle un candidat sur une moto, l’appelant par son numéro de vote : "Numéro 29, numéro 29, numéro 29". Ce dernier, à la surprise générale, réplique vigoureusement : "Vous là, des menteurs, on verra quand je serai nommé ministre, je ne vous construirai pas un pont ni vous sécuriserai. Vous m’avez trompé tout au long de la campagne. J’ai pu vérifier à travers mes témoins qu’ici je n’ai obtenu que 10 voix sur environ 1 000 inscrits !"

Cloîtrés chez eux
Une femme qui était habituée à consommer la bière des prétendants députés après avoir animé des chansons folkloriques, constate qu’"ils ne sont plus gentils comme pendant la campagne. Ils sillonnaient les bistrots, petits marchés et restaurants de Beni pour s’ouvrir à leurs futurs électeurs mais actuellement, c’est le silence radio".
Si certains se camouflent quand il leur arrive d'être en public, d’autres, gênés par leur faible score, sont carrément devenus casaniers. "Pour le moment, je me sens gêné de me retrouver dans une foule. Parfois, je pense que les gens connaissent mon score surtout que j’ai eu moins de voix que ce que j'attendais", déclare Jean Claude Bakemo, inscrit sur la liste d’un parti d’opposition et reclus chez lui.
"Il est mieux de se cacher, voire d’effectuer un déplacement en dehors de sa circonscription électorale", lance pour sa part un candidat qui n’a pas quitté sa parcelle depuis le 28 novembre, car il n’avait récolté qu’une infime partie des voix dans les 240 bureaux de vote opérationnels à Beni. Il est de ceux qui pensent que le vote se fait sur base ethnique et que lorsqu’on perd les élections, cela fait la honte de sa communauté et de sa famille.
Mais pour les activistes des droits de l’homme perdre les élections n’est pas la fin du monde. Il est important de considérer que c'est partie remise, surtout que d’autres échéances pointent à l’horizon."Beaucoup d'entre eux feraient mieux non seulement de se remettre en cause et de digérer leur défaite mais également de reprendre courage en allant vers les électeurs, surtout que chaque candidat a obtenu quelques voix", conseille Kakule Mungwana, membre du Club d’écoute de la Benevolenciaqui a produit des sketchs et émissions sur le rôle des députés nationaux.

Endettés
Certains estiment que l’attitude des candidats députés est une fuite en avant. "C’est par peur de payer les dettes contractées pendant la campagne électorale que certains d’entre eux préfèrent disparaître de la circulation", estime Etienne Paluku, acteur au sein d’une Ong qui s’occupe de la sensibilisation électorale.
Pour financer leur campagne électorale, certains candidats avaient en effet vendu leurs biens, surtout que la plupart des partis politiques n’avaient pas financé leurs membres. D’autres ont contracté des dettes avec espoir de payer dès le premier mois de leur législature. "Depuis le 1er décembre, j’essaie de téléphoner à l’honorable T.K, mais il refuse de décrocher pourtant on s’était entendu qu’il paierait ma dette quelques jours après", confie un électeur devant la porte d’un candidat malheureux qui a donné consigne au portier de lui barrer l’accès. Dans certains organes de presse locaux, les responsables ne savent plus comment recouvrer les droits de diffusion des chansons et spots de campagne. "Je garde jalousement les différentes décharges des honorables dans mon tiroir. A tout prix, je dois recouvrer mon argent", se plaint Gina Ivoa Kalambaye, directeur de la radio liberté de Beni.

Jacques Kikuni Kokonyange