25-11-2011
Certains partis politiques de la RD Congo ont créé leurs sites internet où ils peuvent, avec moins de restriction, faire connaître leurs programmes, solliciter l’adhésion de membres ou faire des appels de fonds. Mais, ces médias restent encore peu accessibles au grand public.
A Kolwezi, importante ville minière à 300 km au sud de Lubumbashi, le cybercafé du collège Jean XXIII accueille chaque jour de nombreux internautes. Ils viennent surtout consulter leurs mails ou surfer sur les différents réseaux sociaux (Facebook, twitter), devenus très à la mode. Mais l’on compte aussi, parmi eux, de plus en plus de personnes qui vont, en ces temps de campagne électorale pour la présidentielle et les législatives du 28 novembre, sur les sites de partis politiques.
Les médias traditionnels (radio, télé, presse écrite) n’étant pas toujours accessibles à tous pour faire passer leurs messages, "Internet représente, pour une petite partie de la population, un moyen de recevoir l’information sensible et de la transmettre à un auditoire plus vaste", explique Marguerite Kazamba. Pour cette informaticienne, "c’est un progrès pour la démocratie, car Internet propose un nouvel espace de débat public et oblige les gouvernants à plus de transparence."
Militantisme à tout-va
Depuis début 2011, une dizaine de partis politiques ont déjà créée leurs sites web. De l’opposition comme du pouvoir, ils y font passer leur idéologie et leurs programmes. Sur son site, l’Union pour la reconstruction du Congo (www.urecongo.org), un petit parti de l’opposition dont le candidat était classé 5ème lors de la présidentielle de 2006, dit vouloir "s’occuper d’abord du peuple congolais, revaloriser la main-d’œuvre, reconstruire les infrastructures, électrifier le pays, garantir la démocratie et promouvoir l’économie dans un Congo nouveau."
Ces espaces permettent aussi de lancer des appels de fonds et solliciter l’adhésion des membres. Militant du Congrès des démocrates pour le progrès social, T.N. affirme qu’à Kolwezi, l’intolérance politique ne permet pas à toutes les opinions de s’exprimer librement en public par peur, dit-il, d’être intimidé ou lynché. "A partir de notre blog (www.cdps-rdc.com), nous avons déjà enregistré des dizaines de membres", renseigne-t-il. Informaticien, Mukalayi Nsenga a lui adhéré à l’Union des démocrates mobutistes sur le site web de ce parti (www.udemo.org). A partir de là, il peut même imprimer, dit-il, différentes affiches de campagne.
En cette année électorale, des documents comme la loi électorale ou le code de bonne conduite électorale sont mis en ligne et alimentent les débats politiques. Chargé de la mobilisation de l’Union pour la nation congolaise à Kolwezi, Mutombo Kazadi note que c’est grâce au site (www.unc-rdc.com) qu’il est informé sur les activités du parti, qu’il lit les analyses des experts, qu’il suit à distance les débats ou réunions publiques et qu’il discute avec ses dirigeants. Ce parti met notamment en ligne des vidéos de la campagne de son candidat à l’élection présidentielle.
"Consultation marginale"
Certains partis qui n’ont ni radio ni télévision, ont fait leur entrée sur la toile grâce au soutien de leurs militants. Membre de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) à la fédération de Kolwezi, Willy Mutamba se félicite du site créé par des supporters de leur candidat à la présidentielle (www.tshisekediforpresident.net). "En quelques secondes, nous sommes capables d’être en contact et de donner les orientations du parti à tous les responsables fédéraux, au lieu d’être bloqués par la radio ou la télé", se réjouit-il. Le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), le parti présidentiel, s’affiche aussi sur le Net, sur un site (www.pprd-rdc.net) où abonde des articles sur la campagne de son candidat, et qui donne des liens d’autres médias traditionnels qui lui sont proches.
Chef des travaux à l’Université de Kolwezi, Fridolin Mutunda reconnaît le rôle que jouent ces sites dans la mobilisation des citoyens, en particulier au moment des élections. Mais, il relativise : "La consultation des sites politiques reste marginale, observe-t-il. Car la navigation sur la toile demande un minimum de compétences en informatique et du temps. Seules les personnes intéressées par la politique font l’effort de se renseigner activement."
Toto Kyanda