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RD Congo

25-11-2011

Nord-Kivu : changer de circonscription pour tenter d'être réélu

Devenus impopulaires dans leurs propres circonscriptions, certains élus de 2006 tentent de se présenter ailleurs au Nord-Kivu ou de briguer un mandat national. Les électeurs semblent sceptiques...

Au Nord-Kivu, certains élus de 2006, devenus impopulaires auprès de leurs électeurs, tentent de postuler en 2011 dans d'autres circonscriptions. "Bon nombre de députés provinciaux visent cette fois le mandat national. Leur esprit est plus orienté vers le profit. S'ils sont élus, là-bas, ils auront le double de ce qu'ils perçoivent comme salaire et sans retard !", analyse un membre de la société civile.
La population semble elle aussi méfiante. "Pourquoi changent-ils de circonscription ? Qu'ont-ils fait pour agir ainsi ?", se demande Papa Jean, chef d'avenue Mapendo au quartier Birere à Goma. M. Malembe, informaticien à l'Agence congolaise de presse ajoute : "Ils ont certainement réalisé qu'ils ne pouvaient plus être réélus dans leurs circonscriptions respectives pour n'avoir pas répondu aux attentes de leurs électeurs." Ce que confirment certains de ces derniers. "Ils ne peuvent plus postuler chez nous. Nous le leur avons déjà dit tout haut. Nous les avons déjà maudits pour leurs mensonges !", souligne M. Mumbere, un commerçant de Butembo. "Ils nous avaient promis d'œuvrer à la sécurité, mais l'insécurité continue. Nous en avons assez !", ajoute M. Kivuruga de Rutshuru.
Rares sont les élus à reconnaître ouvertement leur impopularité. "Chez moi, la population n'est pas pour ce que nous avons fait durant ce mandat…", admet un député de Lubero. Un autre élu de ce même territoire, membre de la majorité présidentielle, assure de son côté : "Je n'ai pas de problèmes avec mon ancienne base. Ce sont même les couches sociales avec lesquelles j'ai eu quelques entretiens, qui, à travers le travail que j'ai abattu pour elles, m'ont demandé de postuler à la députation nationale en ville de Goma." Pour sa part, un élu de Goma, ancien membre du PPRD actuellement à l'UNC, qui se présente à Masisi explique que son choix est personnel et garanti par la loi.

Droit et "problème de conviction"
Autant de raisons avancées qui ne laissent pas indifférents certains de leurs pairs restés candidats dans leurs circonscriptions. M. Nkuba, élu de Masisi, insiste, lui aussi, sur "la loi électorale qui accorde aux candidats le droit de postuler partout où ils veulent en RDC. Je n'y trouve rien de mal !" Pour M. Kenda Kenda, par contre, postuler ailleurs "est un problème de conviction personnelle et de ce dont on se reproche vis-à-vis de son électorat. Il ajoute, moi, je ne me reproche rien. Je ne vois pas pourquoi changer mon électorat."
Pour tenter de convaincre dans leurs nouvelles circonscriptions, les candidats avancent différents arguments. "Notre travail est de voter des lois pour changer la situation de nos mandataires, mais ceux qui doivent les mettre en pratique sont les membres de l'exécutif. C'est donc eux qui n'ont pas su bien faire leur travail !" : presque tous les députés utilisent cette phrase pour se défendre, déplore le membre de la société civile interrogé plus haut. Les candidats à la députation nationale insistent également sur diverses actions qu'ils ont menées au parlement de la province. "Nous avons initié une motion de défiance contre le gouverneur pour mauvaise gestion", assure un élu de Lubero.
D'autres se concentrent sur leurs actions en cours. Comme celui de Goma qui se présente à Masisi, et qui, selon un natif de cette contrée, se focalise sur l'encadrement des jeunes dans le sport ou la culture. D'autres assistent des démunis ou mènent des travaux d'assainissement dans certains quartiers avec l'appui de petites associations. Des actes souvent diffusés dans les chaînes de radio au Nord-Kivu. Reste à savoir si cela sera suffisant pour convaincre leur nouvel électorat.

Jean Paul Kombo