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Syfia Grands Lacs s'étend et se diversifie. D'autres projets s'y sont rattachés. Celui de Mongongo, le journal-école de Kisangani qui permet aux jeunes sortant de l'université d'avoir une formation pratique et est le seul journal régulier de la ville. Celui du suivi des processus électoraux au Rwanda dans le respect des règles professionnelles. La production d'articles et de dossiers, montrant les réalités quotidiennes des trois pays des Grands Lacs, se poursuit . Deux journaux sont publiés, l'un en RD Congo et l'autre au Burundi.

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Burundi

09-08-2012

Burundi : dans une impasse, après avoir quitté le chemin de l'école

(Syfia Grands Lacs/Burundi) Au Burundi, les jeunes qui ont quitté l’école trop tôt ou n'y ont jamais mis les pieds le regrettent amèrement aujourd'hui. Malgré leur détermination, ils gagnent difficilement leur vie et se plaignent de passer toujours après les plus instruits.

Un même regret. Au Burundi, les jeunes qui ont abandonné l'école ou n'y sont jamais allés partagent la même amertume. "J’ai quitté l’école secondaire il y a deux ans, à la mort de mon père. Aujourd'hui, je travaille dans un hôtel. Je ne dors que tard la nuit et suis très fatigué. Quand je vois mes anciens camarades de classe, je regrette et j’ai envie de retourner à l’école…", confie Jean-Claude Nimubona, 26 ans. Rencontré au chef-lieu de la province Mwaro (centre-ouest du pays), il précise que son petit salaire ne lui permet pas de subvenir aux besoins de sa famille.
Les données du ministère de l’Enseignement primaire et secondaire montrent qu’entre 4,7 et 8 % des jeunes Burundais abandonnent l’école chaque année. La même source précise que 58 % de la population est analphabète : ce sont en majorité des jeunes qui n’ont pas eu la chance d’aller à l’école.

"Mes parents m’ont sacrifiée injustement !"
Plusieurs causes expliquent l'abandon scolaire. Comme dans tous les pays, l'adolescence, si elle n’est pas bien gérée par les enseignants et les parents, peut être une période difficile. "En sixième année moderne, j’ai piqué une crise d’adolescence. J'ai commencé à fumer du tabac et à boire de la bière. Je ne réussissais plus en classe. C'est seulement après avoir échoué que j’ai réalisé que j’avais de mauvaises fréquentations", témoigne un jeune catéchiste de la paroisse Gisozi.
Au Burundi, la guerre civile (1993 à 2003) a forcé les familles à se déplacer à l’intérieur du pays et a aussi contribué à l'abandon de l’école par bon nombre d'enfants. Ces derniers ont dû chercher de petits boulots pour nourrir leurs proches. Des efforts parfois insuffisants. N’ayant pas grand-chose à se mettre sous la dent, certains sont tombés malades, ont été absents en classe et ont fini par laisser tomber l'école. "La guerre nous a obligés à quitter notre colline natale. Au camp des déplacés, nous n’avions plus aucune terre cultivable. J'ai abandonné les études et je me suis mis en quête d'un travail dans la capitale. J'ai été embauché comme groom", raconte Gilbert, 32 ans. Souvent réprimandé par son patron, il voudrait quitter ce métier.
Pour les filles, aller à l'école a souvent été encore plus difficile. Beaucoup d'entre elles ont été sacrifiées au profit de leurs frères. "Dans ma famille, mon grand frère et mes petits frères étudient. Mon père m’a retirée de l’école pour que j’aide ma mère à cultiver", témoigne Jeanne, avant d’ajouter qu’elle s’est mariée juste après. "Mes parents m’ont sacrifiée injustement ! Aujourd'hui, je vis difficilement, lance Juliette, 27 ans, bien décidée à ce que ses filles jouissent à l'avenir des mêmes droits que leurs frères. Quand je ne trouve pas de quoi donner à mes enfants, le chagrin me ronge le cœur. Peut-être que si j’avais étudié, j’aurais été ministre…"

Méprisés par les "évolués"
Les déscolarisés ou non scolarisés estiment tous qu'ils vivraient mieux s’ils avaient poursuivi leurs études ou avaient étudié. "Ceux qui ont continué sont officiers. Je dois me courber chaque fois devant eux, alors qu’ils n’étaient pas plus forts que moi en classe... J'aurais pu vivre comme eux…", remarque un sous-officier.
Tous doivent travailler dur pour gagner leur vie. Ils font de petits boulots, souvent mal payés, à l'exception de quelques-uns qui sont dans le commerce, la mécanique automobile ou la menuiserie, par exemple.
Dans les campagnes, les différences de niveaux de vie sont visibles. Seuls ceux qui ont été à l'école vivent dans des maisons décentes, s’habillent, se nourrissent correctement et font soigner leurs enfants sans trop de difficultés. On leur reproche de dénigrer les autres et de se considérer comme des chefs, des "évolués". Dans l’administration ou les fêtes, ils sont accueillis en premier. "On nous méprise, déplore Simon Karuke, un villageois. Nous sommes servis en dernier, simplement parce que nous n’avons pas étudié et que nous sommes mal habillés." Il conclut en rappelant que les intellectuels ont besoin des moins instruits pour vivre. En effet, c’est parmi ces derniers que se trouvent les agriculteurs, les domestiques, les veilleurs… Autant de gens également utiles à la société.
Conscients des difficultés qu'ils rencontrent, ces jeunes qui n'ont pas étudié, devenus adultes et parents, s’accordent à dire qu’ils veulent que leurs enfants aient un meilleur avenir qu’eux. Signe de changement, déjà, dans beaucoup de familles, il n’y a plus de distinctions entre filles et garçons en matière de scolarisation.

Encadré
Les jeunes ont moins d'illusions sur la vie en ville

(Syfia Grands Lacs/Burundi) "Je viens de découvrir que nos ainés qui étaient partis sans un bon niveau d’étude à la capitale n'ont eu que peu de chances d'y trouver leur place", observe Marc Sahabo, 21 ans, conducteur de moto dans la ville de Kayanza, située à une soixantaine de kilomètres au nord de la capitale burundaise. "Prendre la direction de Bujumbura à mon âge serait un signe de lâcheté à l’égard de ma famille qui m’a élevé et qui attend de moi une aide pour la soulager un peu", ajoute Philbert Iranzi, 19 ans, vendeur de lapins en commune de Matongo, en province de Kayanza. "Si tu es à la maison, tu peux manquer d’argent, mais tu sais où dormir. C'est en ça que la pauvreté du monde rural diffère de celle en ville. Ici, chez soi, on a droit au minimum vital", souligne Paul Gatavu, 22 ans, vendeur de charbon en commune Gatara.
La seule voie qui s'offre aux jeunes pour s'en sortir sans aller en ville est de se regrouper en association pour apprendre des métiers, estime Samuel Muhitira, responsable d’un atelier d’une dizaine de personnes. Ex-veilleur à la capitale, il est rentré il y a trois ans au village. Cette stratégie peut, selon lui, non seulement créer de l'emploi pour les jeunes qui se font trop d'illusion sur la vie en ville, mais accroître la production. Ici, dans le monde rural, il existe des potentialités, affirme un chef de colline, à condition d'avoir les moyens pour exploiter les besoins locaux. Par exemple, il y a de l'argent à gagner dans la fabrication de briques, car les gens construisent beaucoup.

Gabby Bugaga, Emery Ntirumera