Rwanda
15-07-2010
Rwanda : les domestiques empêchés de s'inscrire sur les listes électorales
(Syfia international/JPED) Les jeunes domestiques, occupés du matin au soir au travail de ménage, ne peuvent pas s'inscrire sur les listes électorales ni participer aux séances d'éducation civique. Leurs patrons, estimant souvent que leur vote est inutile, ne leur en laissent pas le temps…
"Tu crois que ta voix vaut quelque chose pendant les élections ! ", a répliqué la patronne de Claudine, à sa domestique qui lui demandait de se faire photographier pour avoir sa carte d’identité, condition nécessaire pour s'inscrire sur la liste électorale. Claudine a alors compris que celle qui l'employait estimait pas qu'elle n'avait pas le droit de voter comme les autres Rwandais et l'a empêchée de s'inscrire. Actuellement de nombreux jeunes domestiques de 18 à 25 ans, en âge de voter, ne pourront pas le faire surchargés par leur travail de ménage quotidien qui ne leur laisse pas le temps de remplir les formalités de préparation aux élections. Parfois même leurs patrons leur interdisent de leur faire sous prétexte que leurs voix ne changeront rien aux résultats du scrutin. Ces travailleurs manquent aussi d’informations sur le processus électoral car les patrons n’en parlent pas, ni ne leur laissent le temps de participer aux réunions d’éducation civique au cours desquelles les agents de la Commission Nationale Electorale (CNE) l'expliquent.
Indispensables à leurs patrons, pas à l'Etat
Certains employeurs considèrent que les domestiques sont les chefs de ménages, qui doivent rester à la maison toute la journée pour accomplir les tâches du foyer, tandis qu’ils sont partis à leur travail. C’est le cas de la patronne de Faustin de Muhanga, Sud; une femme pompiste qui a trois enfants : "Il appartient à Faustin d’organiser ce foyer, moi je ne suis disponible que le dimanche après midi." Son jeune employé, âgé de 21 ans, originaire du district de Ngororero, Ouest, est chargé de faire la cuisine, nettoyer la maison, laver les habits et aménager les jardins potagers. Il n’a pas de carte d’identité. Il est allé se faire photographier pour l’avoir, mais c’était trop tard. "Je me suis rendu compte qu’il est un sans papier quand je lui ai demandé sa carte d’identité pour la garder", livre la patronne qui insiste sur le fait qu’il faut toujours prendre ce document à l’employé, de peur qu’il ne vous vole et s’échappe.
Faustin confie " nous travaillons du matin au soir et ne trouvons pas le temps de nous ’informer du processus électoral dans les conférences ou auprès de nos patrons." "Elle est seule à s’occuper de tout à mon absence. Qui va organiser la maison si elle va participer aux réunions sur l’éducation civique ? ", se demande la patronne de Claudine.
"Que veux-tu, les patrons militent pour leurs propres intérêts ! ", reconnaît Musaniwabo Olive, coordinatrice de la Cellule Nyarucyamu III située dans la ville de Muhanga. Certains domestiques en arrivent ainsi à être convaincus qu’ils doivent rester à la maison autant que leurs maîtres l’exigent. "Je ne peux pas laisser l’enfant de la patronne pour aller me faire enregistrer ", dit une fille engagée dans une famille de Kigali.
"Je dois élire parce que les autres élisent aussi"
Du coup, ces employés de maison, ignorent tout des élections présidentielles d'août 2010. "Je dois élire parce que les autres élisent aussi, commente un domestique de Muhanga. Un président nous donnera la paix, je ne connais pas d’autres raisons en dehors de cela, à moins que tu m’en parles ! ".
La Commission nationale électorale (CNE), réunit, au niveau local dit Akagari, tous les habitants à l’âge de voter pour des formations à l’éducation civique. Mathias Rutabana, le chargé de ce programme en District de Muhanga, Sud ne s’est pas rendu compte de l’absence des domestiques aux réunions. " Je comprends maintenant, nous voyions présents les femmes et les hommes en grand nombre par rapport aux jeunes, ce qui veut dire que seuls les chefs de ménages participent", explique-t-il.
La présidente de l’ATRADORWA, Association des travailleurs domestiques du Rwanda, Mukamurenzi Jeannette, essaie bien de convaincre les patrons de traiter leurs ouvriers avec dignité. "Ils leur doivent la liberté, assure-t-elle. Bien sûr ils ne vont pas abandonner le travail chaque jour, mais ils ont droit à un temps libre pour remplir les formalités."
Jean de la Croix Tabaro, Mariane Nyirarugwiro