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par Eric Nshemerimana
Burundi (Syfia Grands Lacs/Burundi) À quelque mois des élections au Burundi, les partis politiques cherchent à gagner des membres et des voix surtout parmi les électeurs ruraux, les plus nombreux. À la grande consternation des intellectuels, dont les votes pèsent insuffisamment à leur goût sur les choix de leurs dirigeants.
"Les instruits et les fonctionnaires ne représentent qu'un petit pourcentage de la population. Qu'ils nous élisent ou pas, cela ne nous ferait pas perdre la victoire. Il suffit de côtoyer nos citoyens ruraux", répond le président d'un parti politique à Ngozi, au nord du Burundi, à un de ses membres soucieux de la perte de membres intellectuels de leur parti. À environ six mois des élections générales qui commencent en mai prochain, les partis politiques qui cherchent des membres visent avant tout les non instruits, plus faciles à convaincre. Au grand désespoir de bon nombre d'intellectuels, surtout ceux qui n'adhèrent à aucun parti politique. "Nous ne pourrons jamais avoir de bons dirigeants, et par conséquent la démocratie, tant que les petits paysans non scolarisés iront voter", se plaint une adhérente à une branche de la société civile, rencontrée au bureau provincial de Kayanza, toujours au nord du pays. Ces gens instruits, mais non inscrits à un parti politique, se disent fatigués des mauvais comportements - malversations, corruption, injustices, amour de soi…- de certains dirigeants qui sont pourtant rarement poursuivis en justice. En élire de meilleurs pose cependant un problème. Selon eux, le plus grand frein au choix de dirigeants honnêtes et prêts à bien gouverner est la masse des paysans, 90 % de la population burundaise, qui serait incapable de juger des qualités des candidats et se laisserait emporter par des considérations ethniques et régionales, des promesses verbales jamais concrétisées et les petits pots de bière qu'offrent les politiciens en période électorale. "Les politiciens et partis politiques ne cherchent que la victoire, peu importe les moyens pour y parvenir", estimait le président de la République lors d'une conférence de presse tenue à Gitega, au centre du pays, la dernière semaine de l'année 2009. Belles idées d'intellectuels "De nombreux politiciens ne cherchent que leurs intérêts, constate aussi Séverin Nyandwi de la commune de Rohoro, en province de Ngozi. Nous le voyons, mais nous n'avons pas de solution. Si nous aussi, nous pouvions exiger des avantages sur place nous le ferions, mais c’est impossible." En effet, si les intellectuels estiment qu'ils sont les mieux à même de choisir leurs dirigeants politiques, les paysans les considèrent comme des gens qui les exploitent en brandissant le mot démocratie. Ils estiment que les paroles de ces politiciens instruits, qui disent voir loin et viennent avec de belles idées de justice et de développement économique galopant, restent la plupart du temps lettre morte. Ils constatent aussi que nombre de fonctionnaires et de jeunes universitaires n'hésitent pas à donner leur voix à ceux qui leur promettent des postes lucratifs. Ces derniers temps, certains adhèrent à des partis politiques, car ils ont appris que ceux qui ne le font pas n'auront pas d’emploi. Des paysans vont alors jusqu’à qualifier les intellectuels de premiers ennemis de la démocratie et du développement. Pour ce menuisier, ce sont eux qui font la pluie et le beau temps puisqu'ils sont les gestionnaires à un haut niveau. Il ajoute : "Nous souffrons d'être trop confiants." ![]() version imprimable |
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