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04-06-2009                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Solange Ayanone

Rwanda
Rwanda : coupables et rescapés unis dans le souvenir du génocide

(Syfia Grands Lacs/Rwanda) Pour la première fois, les ex-prisonniers peuvent témoigner librement de ce qu'ils ont fait, au cours des commémorations du 15e anniversaire du génocide. Les rescapés apprennent ce qu'il est arrivé aux leurs et les coupables soulagés demandent pardon. Mais ils sont encore peu nombreux à le faire.

Pour le quinzième anniversaire du génocide au Rwanda, du 7 avril au 4 juillet, ceux qui y ont participé et qui ont achevé leur peine ou font des travaux d'intérêt général sont, pour la première fois, impliqués dans les cérémonies de mémoire aux côtés des rescapés et des autres membres de la communauté. Dans les cellules (entité administrative proche de la population), à l'initiative des autorités, les ex-prisonniers sont autorisés à témoigner eux aussi sur les événements de 1994.
Jean Damascène Nsengimana, âgé d'une quarantaine d’année a participé au génocide dans le secteur de Rwinkwavu, à l’est du Rwanda. Il est aussi président de la coopérative Source de la réconciliation qui regroupe huit ex-prisonniers et dix rescapés. Les larmes aux yeux, il témoigne lors des cérémonies de clôture de la semaine de deuil national : "Je suis responsable de la mort d’Immaculé Bamurange et de ses trois enfants. Je le regrette sincèrement. J’ai demandé pardon aux enfants qui sont restés. Ils me l’ont accordé. Après ce pardon, ils ont accepté que je paie la moitié de ce j’ai pillé chez eux". Pour lui, c'est important de pouvoir raconter les crimes qu'il a commis. Selon un psychologue qui s'exprimait à la radio nationale, ces aveux sont bénéfiques aussi pour les coupables : "C’est une façon d’évacuer ce qu’ils ont vu et vécu. Cela leur permet de guérir les blessures intérieures causées par leurs actes".

"Les Tutsis étaient considérés comme des traîtres"
Ngendahimana, un autre coupable, explique dans son témoignage que la population a été entraînée pour le génocide par les autorités bien avant 1994. Selon lui, le pouvoir de l’époque enseignait aux Hutus que les Tutsis sont des ennemis à cause des attaques du FPR (Front patriotique rwandais) constitué par les Rwandais en exil. "Depuis cette guerre en 1990, les Tutsis étaient considérés comme des traîtres, dit-il. La mort d'Habyarimana a aggravé la situation, car les autorités disaient qu’il avait été tué par les Tutsis. Nous nous sommes lancés à la poursuite des Tutsis pour les tuer." Un autre bourreau, dans ses aveux, a avoué qu’en tuant les Tutsis ils cherchaient aussi à s’approprier leurs biens.
Selon le secrétaire exécutif du secteur de Rwinkwavu, Hubert Ntabyera, le secteur a envoyé un rescapé et un ex-prisonnier témoigner dans chaque cellule, "ceci pour montrer à la population que la période de deuil national concerne tous les Rwandais y compris ceux qui ont tué. Et que ces derniers doivent contribuer à la reconstruction du pays qu’ils ont détruit". Cette fois-ci, ajoute-t-il, la vérité sur le génocide est en train d’éclater : "Dans les Gacaca, certains prisonniers passaient aux aveux pour avoir des réductions de peine. Ici, les gens acceptent de parler et demandent sincèrement pardon sans attendre quoi que ce soit et sans avoir peur d’être poursuivis."

Témoignages rares mais réconfortants
"Ces aveux montrent que même ceux qui ont commis le génocide sont compatissants. Grâce à eux certains détails ont été donnés. Malheureusement, ceux qui ont témoigné sont peu nombreux", estime le président de l’association des rescapés du génocide Ibuka, dans le secteur de Rwinkwavu. Selon Ndagijimana, président de l’association Source de la réconciliation, dans ce même secteur seulement 10 % des ex-prisonniers acceptent de témoigner pendant le deuil national. Les autres ont honte et peur d’avouer publiquement.
John Ndaribitse, rescapé, a lui été forcé par les génocidaires à tuer des gens. Il fait partie de ceux qui ont été à la fois victimes et tueurs. "Nos témoignages soulagent les cœurs des rescapés qui ne cessent de se demander comment leurs proches sont morts. Lorsqu’on dit la vérité, le pardon est aussi accordé facilement", reconnaît-il. Ces confessions ont ainsi permis de retrouver les corps qui avaient été jetés dans une fosse et de les enterrer correctement. Pour Vestine Nyirabuhoro, qui a survécu au génocide, la collaboration des ex-prisonniers dans la commémoration, bien qu’encore embryonnaire, montre que certains sont prêts à réparer. "Dans notre localité, ils ont pris l’initiative de construire la maison d’un orphelin du génocide", raconte-t-elle. Elle estime aussi que le fait que ce soient les bourreaux eux-mêmes qui parlent est un rempart contre la négation du génocide.
Cependant, "un petit nombre de rescapés estime que ces ex-prisonniers ne devraient pas participer aux cérémonies de deuil, car ils estiment que c’est se moquer d’eux" rapporte le Secrétaire exécutif de Rwinkwavu, en soulignant que le secteur va à l'avenir aider les ex-prisonniers à mieux préparer leurs témoignages pour qu'ils soient moins douloureux pour les victimes. Des séances d’échanges seront aussi organisées bien avant pour préparer la population à les entendre.
Face à ces confessions, certains rescapés se sentent soulagés de savoir la vérité tandis que d’autres revivent les événements. Ces derniers éprouvent un immense chagrin, pleurent ou crient en disant qu’on veut les tuer… Le secteur compte donc augmenter le nombre des conseillers en traumatismes pour assister les personnes qui supportent mal les récits des bourreaux du génocide.

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