Recherche avancée

Site réalisé avec l'aide financière de la Coopération suisse (DDC), du ministère belge des Affaires étrangères et de la Commission européenne
S'inscrire
à la Newsletter
A l'avenir...

Syfia Grands Lacs s'étend et se diversifie. D'autres projets s'y sont rattachés. Celui de Mongongo, le journal-école de Kisangani qui permet aux jeunes sortant de l'université d'avoir une formation pratique et est le seul journal régulier de la ville. Celui du suivi des processus électoraux au Rwanda dans le respect des règles professionnelles. La production d'articles et de dossiers, montrant les réalités quotidiennes des trois pays des Grands Lacs, se poursuit . Deux journaux sont publiés, l'un en RD Congo et l'autre au Burundi.

‹‹ Tous les articles

RD Congo

26-03-2009

Kinshasa : Débits de boisson et églises : en avant la musique !

(Syfia Grands Lacs/Rd Congo) A Kinshasa, Eglises de réveil qui prient à tue-tête et débits de boisson qui jouent la musique à plein tube, sans se soucier de la quiétude des habitants… résistent aux injonctions des autorités. Celles-ci n'arrivent pas à réprimander ces tapages insupportables dont certaines sont complices.

Il fait un soleil de plomb en ce jour de février. A Kingasani, immense quartier populaire de la banlieue est de Kinshasa, en plein midi, les habitants de l’avenue Ngampani sont assourdis par le très haut niveau sonore des décibels de musique. Difficile de distinguer s’il s’agit d’une musique profane ou religieuse. Car, à une dizaine de mètres de l’Eglise "La Cité de Dieu" se trouve un débit de boisson qui, de ses baffles, arrose de musique toutes les habitations à la ronde. L’église, elle, n’a pas non plus lésiné sur les moyens pour démarrer sa campagne de prières pour la nouvelle année. Des haut-parleurs invitent à tue-tête les fidèles à rejoindre le lieu de prière, car "le Seigneur a besoin de l’adoration de son peuple."
L’ambiance est la même dans tout Kinshasa. Dans des quartiers "chauds" comme Matonge ou Bandal, en plein cœur de la capitale, les débits de boisson (terrasses) souvent alignés le long des avenues, presque devant chaque habitation, jouent de la musique à plein tube, dans une cacophonie indescriptible. Dans les églises dites de réveil qui se comptent par milliers, les séances de prières agrémentées par des véritables orchestres sont tout aussi assourdissantes… "Ces bars et églises perturbent notre quiétude. Nous ne pouvons ni dormir la nuit ni étudier tranquillement le jour", se plaint Mimie Matondo, une élève de la commune de Kasa-Vubu, dont l’école se situe en face d’un débit de boisson.

Pas de sanction
Les tapages des débits de boisson et des églises ont atteint une telle ampleur qu’à Kinshasa, le ministre provincial chargé de la Population, sécurité et décentralisation a pris, en avril 2008, une circulaire rappelant l’existence d’une loi qui interdit les nuisances sonores. "Sera puni d’une amende de 10 à 200 francs (fiscaux, soit 10 à 200 $, Ndlr) quiconque se sera rendu coupable de bruits et tapages nocturnes de nature à troubler la tranquillité des habitants", dit cette loi qui date de l’époque coloniale. Une autre loi sur les heures d’ouverture et de fermeture des débits de boisson stipule que la musique à diffuser doit "tenir compte du droit légitime des populations environnantes à la tranquillité dans leur vie familiale, au calme dans les milieux scolaires, à la quiétude indispensable au rétablissement sanitaire des patients et malades dans les formations médicales et hospitalières." Ceux qui ne respectent pas ces lois s’exposent, à part l’amende et en cas de récidive, à la fermeture pure et simple de leur établissement.
Mais une année après le rappel de ces dispositions, peu de choses ont vraiment changé. "On se réveille et on se couche toujours dans le bruit", témoigne Gisèle Nzuzi, qui habite le "couloir Madiakoko", l’un des coins le plus "ambiant" de Matonge. Selon les tenanciers de débits de boisson, respecter la loi en jouant la musique à bas volume n’arrange pas leurs affaires. "Nous devons attirer les clients qui préfèrent s’installer là où il y a de l’ambiance, où la musique joue à plein tube", explique sous anonymat l’un d’eux.
Les gens vivent donc résignés. Car certains ont tenté, sans succès, de dénoncer les auteurs des vacarmes qui, explique Gisèle, ont souvent des liens étroits avec les autorités. Des habitants d’un immeuble qui abrite un bar et une boite de nuit à Matonge, ont notamment initié une pétition pour se plaindre de la musique qui ne les laisse pas dormir. Ils ont alerté la police pour demander au disc jockey de baisser le volume. "Les policiers commis à la garde de la boite ont empêché l’accès à leurs collègues…", regrettent-t-ils. Même le maire de cette juridiction, qui reconnaît avoir reçu ces plaintes, s’y est rendu par deux fois, mais n’a pu rien faire. Il a simplement demandé aux locataires de l’immeuble de le "saisir officiellement pour qu’ensemble ils puissent trouver une solution." Depuis, plus rien…

"Ce n’est pas la voix qui sauve…"
Dans cette commune de Kalamu, adossée à la mairie, une église de réveil dénommée "Le sang précieux" a aussi souvent suscité la colère des riverains. Notamment des malades qui viennent se faire soigner au "Bon séjour", un centre de santé tout proche. "Contrairement aux débits de boisson, il est injuste d’incriminer l’Eglise qui fait du bien à la population, car la parole qu’elle enseigne change sa vie et diminue les maux au sein de la société", se défend Ferdinand Bikuka, membre du collège des pasteurs du Sang précieux, qui se présente comme un "bon élève" pour avoir pondéré le volume de ses chants religieux pendant les heures de service.
Non loin de là, juste en face de la maison communale, se trouve une église catholique, la paroisse Saint Joseph. Le seul "bruit" qui sort d’ici, c’est celui de la cloche. Le curé de la paroisse, l’abbé Nani, a son avis sur les tapages, particulièrement ceux produits par les Eglises de la vague pentecôtiste. "Le catholique est convaincu que Dieu l’écoute avant même qu’il n’ouvre la bouche", dit-il, assurant que "ce n’est pas la voix qui sauve, mais la foi

Evelyne Ashley Luzibu