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RD Congo

05-03-2009

Goma : le maire en "guerre" contre les enfants de la rue

(Syfia Grands Lacs/RD Congo) Depuis un mois, le maire de Goma, sous prétexte d'assurer la sécurité de ses habitants, a opté pour l'éloignement et la détention de jeunes délinquants dans un centre isolé, à l'extérieur de la ville. La population applaudit, les ONG de défense des droits des enfants s'insurgent. Certains enfants de la rue sont déjà de retour en ville…

"Les enfants de la rue sont déjà de retour dans tous les coins de la ville et il est très difficile d'agir contre eux. Ils sont maintenant à moto. A partir de 17 h, ils entrent en action et deviennent incontrôlables. Il y a une semaine, de retour du marché, l'un d'entre eux m'a violemment bousculée et m’a volé mon sac à main. C'est le mode opératoire de ces jeunes voyous", fulmine une commerçante du centre de Goma, en RD Congo.
A la suite de plusieurs plaintes des habitants, le maire de la ville, Roger Rashidi, a pris, il y a un mois, une mesure d'éloignement des jeunes délinquants vers Kinyogote, une localité située à 15 km de Goma. Plus de 300 enfants âgés de 10 à 18 ans auraient ainsi été chassés du centre-ville où ils se livraient à toutes sortes de petits délits et placés dans des centres. Mesure applaudie par les habitants. "Nous avons tous salué l’action du maire d’éloigner ces enfants hors la loi de la ville. Nous avons ainsi pu fêter Noël et Nouvel an en paix", déclare Moise, boutiquier dans un quartier populaire de Goma qui s'inquiète d'apprendre que les mayibobo (les enfants de la rue) sont de retour en ville.
Après un mois d'accalmie, ces derniers refont en effet surface à Goma et dans ses environs, ce qui rend le maire furieux. "Les mayibobo constituent un danger pour les habitants. J'ai décidé de leur mener la guerre. Les services de police en ont déjà arrêté 30 qui seront à nouveau éloignés de la ville".

S'attaquer aux causes de la délinquance
Le maire affiche sa fermeté en dépit des attaques dont il fait l'objet de la part des organisations de défense des enfants de la rue, parmi lesquelles Don Bosco Ngangi, le Cadre des Jeunes déshérités ou Chidren's Voice. En réponse aux critiques, le maire fustige l'attitude des ONG qui refusent d'apporter leur assistance aux enfants placés dans les centres. Ces ONG exigent la libération des enfants, avant toute intervention de leur part. Pour l'autorité municipale, les organisations non gouvernementales reçoivent des subsides et se contentent de poser des revendications sans faire de propositions concrètes.
Sur le terrain, le commandant de la police de Goma estime pour sa part que "le problème des mayibobo n’est pas le problème du seul maire de la ville. Chacun doit prendre ses responsabilités. Il y a un mois, quand nous avons placé des enfants dans un centre, aucun parent ni aucune ONG n'est venu se porter garant de leur libération". Un dialogue de sourds semble donc s'être installé.
Les ONG estiment que l'éloignement et la détention ne constituent pas la meilleure réponse au problème. "Nous pensons qu'il faut d'abord s'attaquer aux causes de la délinquance. Nous sommes disposés à travailler en synergie avec l'autorité municipale, afin de trouver une solution durable, dans l'intérêt des enfants", estime un acteur social qui souhaite garder l'anonymat. S'attaquer aux causes, c'est également l'avis de Léonard Machumu, psychologue indépendant, qui pense que la pauvreté et les conflits au sein des familles sont à l'origine de ce problème social. Selon lui, "il faut une concertation à tous les niveaux, pour trouver des solutions au cas par cas".
Certains habitants comprennent ces arguments et font preuve de compréhension, malgré les craintes pour leur sécurité. Akiba Haramba, commerçant à Goma, pense qu'un accompagnement social est nécessaire pour venir en aide aux enfants de la rue. "Il faut réfléchir à des solutions qui prennent en compte la formation professionnelle pour les plus âgés et la réinsertion scolaire pour les petits", suggère-t-il.
En attendant une solution concertée et pour éviter des réactions hostiles de la population, des habitants de Goma proposent l'amélioration des conditions d'accueil et de séjour au centre de Kinyogote. Pour Christine Musaidizi, responsable de l'association Children's Voice, "il en va de la sécurité des enfants, car les réactions de la population sont imprévisibles".

Alain Wandimoyi