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Syfia Grands Lacs s'étend et se diversifie. D'autres projets s'y sont rattachés. Celui de Mongongo, le journal-école de Kisangani qui permet aux jeunes sortant de l'université d'avoir une formation pratique et est le seul journal régulier de la ville. Celui du suivi des processus électoraux au Rwanda dans le respect des règles professionnelles. La production d'articles et de dossiers, montrant les réalités quotidiennes des trois pays des Grands Lacs, se poursuit . Deux journaux sont publiés, l'un en RD Congo et l'autre au Burundi.

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Rwanda

02-02-2006

Petits meurtres entre époux

(Syfia/Rwanda) La violence et les meurtres au sein des couples, qui touchent essentiellement les femmes, restent courants au Rwanda, engendrés par la pauvreté, l'ignorance des lois et la tradition. Témoignages à l'est du pays.

"Depuis trois mois, 36 % des requêtes que nous avons enregistrées concernent la violence domestique. Dans la plupart des cas, ce sont des femmes tuées par leurs maris ou des tentatives de crimes par leurs proches. Dans un district proche de la ville de Kibungo, à l'est du Rwanda, un homme a enfoncé une broche dans le sein de sa femme en l'accusant d'avoir commis l'adultère", signale Mme Agnès Mukagashugi, procureur près du Parquet de la République de Kibungo. Au début de l'année, ces requêtes ne représentaient que 7 à 8 % des dossiers.
La pauvreté croissante serait la cause majeure de cette violence accrue. En effet, la population de Kibungo a connu des problèmes de famine, liés à la sécheresse qui a frappé durant les deux saisons culturales de l'année. Du coup, les hommes s'adonnent à la consommation des boissons alcoolisées de fabrication locale et deviennent plus violents. Actuellement, certaines familles, dont les récoltes ont toutes été desséchées par le soleil, commencent à quitter la région pour une vie meilleure ailleurs.
La jalousie et les histoires d'argent sont les principales causes des tensions dans les couples, qui dégénèrent parfois en meurtres. Mme Teddy Ruyenzi, assistante de police à Kibungo, en donne la preuve : "Dans un seul secteur, cinq femmes ont été tuées par leurs maris au mois de novembre 2005. Si on analyse au cas par cas, on remarque que souvent ces femmes ne s'entendaient pas avec leurs conjoints quant à la gestion du patrimoine familial." Récemment c'est un homme qui a été hospitalisé, blessé de quatre coups de machette à la tête par sa femme. Il lui avait demandé de faire le marché avec 200 Frw (0, 5 euro). Comme elle avait dépensé plus, son mari l'a menacée. Elle l'a devancé. "Je ne voulais pas le tuer ; je voulais seulement me défendre. Sinon, c'est lui qui m'aurait tuée", s'est-elle défendue.

Sauvegarder la famille
Beaucoup de femmes sont maltraitées, mais elles préfèrent se taire, car le linge sale se lave en famille. "Quand je parle aux autres de la violence que je subis, mon mari devient plus brutal encore. Je finis par ne rien dire pour rester avec mes enfants. Je me sacrifie pour eux", confesse Laurence Umulisa. À cela, s'ajoute l'ignorance : la loi sur la famille qui peut permettre de prévenir ces crimes n'est pas connue par les femmes. "La plupart ne savent pas lire et se demandent comment porter plainte contre leur mari", explique Mme Mukagashugi.
Se séparer de leur époux violent, bien peu le font car dans la culture rwandaise, si une femme demande le divorce, elle est considérée par la société comme une grincheuse. "Même les femmes instruites cachent parfois la violence qu'elles subissent pour éviter que les gens ne les traitent d'acariâtres", confirme Mme le Procureur.
Si le nombre de plaintes pour violence domestique, qui touche toutes les régions du pays, s'accroît ces derniers temps, cela tient aussi aux différentes campagnes organisées depuis 2003, par les ONG comme Profemme ou celles qui luttent pour les droits des femmes comme Haguruka. Depuis l'an dernier, le ministère du Genre et des Affaires sociales organise aussi dans tout le pays des marches contre la violence faite aux femmes et aux enfants et élabore une nouvelle politique visant à mieux les protéger. Les femmes sont ainsi devenues plus conscientes des dangers qui les menacent et de leurs droits.
Cependant, des hommes constatent que des tensions naissent dans certains foyers à cause, selon eux, d'une mauvaise interprétation par les femmes de l'égalité entre les sexes. "Certaines femmes ont mal compris le genre. Elles se permettent de passer la nuit dans des bars comme le font leurs maris, sans se soucier des enfants en disant que c'est l'égalité, remarque Mohamed Habumuremyi. Vous trouvez ça normal ? Le genre qui est un concept importé doit tenir compte des réalités culturelles du pays sinon ça n'ira pas !" Et si les hommes commençaient par aller un peu moins dans les bars ?

Solange Ayanone