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25-09-2008                       >lire les commentaires     >faire un commentaire
par Jean de la Croix Tabaro

Rwanda
Cultiver, transformer et vendre sur le marché local

(Syfia Grands Lacs/Rwanda) Au sud du Rwanda, des agriculteurs vendent leur soja et leur manioc à des coopératives qui les transforment en différents produits. Vendus ensuite sur les marchés locaux, ceux-ci sont très appréciés pour leurs prix et leurs qualités nutritionnelles.

Au sud du Rwanda, le soja et le manioc sont aujourd'hui des cultures amies pour les agriculteurs. Depuis deux ans environ, ces derniers vendent leur production et créent des unités de transformation industrielle. Certains d'entre eux travaillent même dans ces coopératives qui achètent, transforment et emballent leurs productions, puis vendent des produits finis. "Je vends mon soja à l'usine 350 Frw (0,65 $) le kilo. Les 30 000 Frw (54 $) que je gagne chaque mois me permettent de nourrir ma famille", raconte Faïs Niyitegeka, agricultrice et ouvrière à l'unité de transformation de l'Initiative pour la promotion de la femme de Gikongoro (IPFG).
Pour le manioc, la coopérative Terimberemunyarwandakazi (Allez de l'avant femmes rwandaises) de Kamonyi l'achète frais aux producteurs, le moud, le fait fermenter dans l'eau, le sèche et en extrait une farine fine. À l'unité pilote de l'ISAR (Institut des sciences agronomiques du Rwanda), pour diminuer l'achat des produits importés, on mélange la farine de blé avec celle de manioc, trois fois moins chère. On fabrique ainsi à coûts réduits des beignets, des gâteaux et des biscuits. En amont, l'ISAR fournit aux cultivateurs des boutures résistantes à la mosaïque du manioc (maladie qui a récemment ravagé cette culture dans toute la région des Grands lacs).
Avant de se lancer dans la transformation du soja, les producteurs se sont équipés en machines grâce à l'appui de l'ONG irlandaise Trocaire. On en fait de la farine, mais aussi du lait et du tofu, une pâte très riche en protéines. Patrice Byiringiro, comptable de la coopérative IPFG, explique que deux kilos de soja sec broyés avec 4 litres d'eau produisent 8 l de lait de soja qu'on peut facilement faire coaguler à l'aide de vinaigre pour obtenir du tofu. "Cinq kilos de cette pâte suffisent pour une réception de 100 personnes", assure Kagenzi de Nyamagabe qui explique que l’important est de varier les techniques de cuisson du tofu pour qu'il prenne le goût des autres aliments frits, par exemple celle des beignets.

Bon rapport qualité-prix
Sur les marchés de la région, le lait de soja est deux fois moins cher que le lait local de vache devenu plus attractif que le lait en poudre importé dont le prix a presque doublé ces six derniers mois. Les clients ne cachent pas leur intérêt pour ces nouveaux produits. "Pourquoi payer cher le lait de vache, alors que celui de soja est bon marché et de qualité supérieure ?", s’interroge une femme qui en achète régulièrement pour sa famille. Le tofu lui aussi a ses adeptes. "C'est un aliment de bonne qualité nutritionnelle et moins cher (deux fois moins que la viande de bœuf sur certains marchés locaux, Ndlr)", résume Marguerite Niyibituronsa, une nutritionniste.
Les consommateurs apprécient en effet également ces produits pour leurs vertus nutritionnelles. Chaque année, l'IPFG produit ainsi 115 200 l de lait de soja qu'elle écoule dans des écoles, des centres de santé et auprès de familles de la région et même au-delà. "Quand j'en prends un gobelet le matin, je me sens assez forte pour cultiver. Mon mari et les enfants en réclament aussi", confie Marie Goretti Mukandamage, une ouvrière. Une autre femme raconte que ce lait accompagne délicieusement bien le thé ou la bouillie au petit déjeuner familial.
La farine des usines de transformation, obtenue à partir de maniocs dont on a retiré l'acide cyanhydrique dangereux pour la santé, est, elle aussi, appréciée pour sa qualité malgré son prix (deux fois plus chère que la farine de manioc fabriquée de façon traditionnelle). "Dans ma famille, les enfants refusent toutes les autres farines !", soutient Emmanuel Ntihinyurwa, client de la coopérative de Kamonyi.
À l'heure actuelle, l'ISAR sert de modèle à plusieurs coopératives et possède des antennes ailleurs au Rwanda. Ce qui donne des idées à d'autres paysans. Des industries se montent au sud et à l'est du pays.

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