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par Ernest Mukuli
RD Congo (Syfia Grands Lacs/RD Congo) A Kisangani, au nord-est de la Rd Congo, une école spécialisée prépare les sourds-muets aux métiers du bâtiment, à la couture pour les filles. Leurs compétences sont aujourd'hui reconnues…
Ils sont menuisiers, maçons, couturiers et même, depuis un temps, internautes... Au centre-ville de Kisangani, un bâtiment en dur vient d’être construit uniquement par des maçons sourds-muets dans le complexe scolaire "Espoir des sourds". Il va abriter un centre de formation en informatique pour les enfants frappés de la surdimutité, un atelier de menuiserie et un service d’encadrement et de réadaptation des sourds. Depuis que cette école leur a permis d'accéder à certains enseignements, tout ou presque leur est désormais possible dans cette partie nord-est de la RD Congo. Formé en menuiserie dans l’école Espoir, Folo Saidi est devenu célèbre dans la ville. Il est sollicité pour réaliser des ouvrages sans qu’on ne tienne compte de son handicap. "Il est devenu rare dans son atelier domestique, explique son père Kokwa Monenga, heureux de constater que son fils n’est plus un fardeau pour la famille. Il contribue même au budget du ménage." Contremaître en maçonnerie, Okitakondo Shongo, supervise quant à lui plusieurs chantiers dans la ville. Il vient notamment de construire l’un des tout nouveaux complexes commerciaux du centre-ville. "Je prends aussi des valides comme aide-maçons", déclare-t-il, tout sourire, à l’aide des signes. Jusque-là, très peu de sourds-muets pouvaient prétendre vivre d’un métier à Kisangani ou se dire avoir fréquenté une école. La société avait peu d'égard à leur endroit et leurs familles les prenaient souvent pour une charge de trop. Beaucoup vivaient de la mendicité dans la rue. Appréciés pour leur travail Mais le regard de la société change depuis qu'ils apprennent un métier. Actuellement, une cinquantaine de sourds suivent un apprentissage en maçonnerie et en menuiserie. Dans l’atelier collectif implanté dans la cour scolaire, ils viennent d’achever la fabrication de 500 bancs, tables et meubles destinés au complexe scolaire Okapi, une école pour valides qui avait passé la commande. "Nous sommes maintenant fiers de voir des sourds-muets ne plus être complexés et devenir compétitifs devant les valides", se réjouit Lualaba. Leur travail est en effet fort apprécié par les habitants qui les regardent désormais différemment. A la Makiso, une des quatre communes de la ville, c’est une couturière sourde-muette, Micheline Kombe, qui a conquis la confiance de très nombreux clients. "Nos uniformes des grandes manifestations ont toujours été confectionnées par elle", témoigne Antoinette Ngutu, agent d’une agence des Nations unies. Pour se mettre par ailleurs à l’heure de nouvelles technologies de l’information et de la communication, par petits groupes, certains sourds-muets sont devenus très assidus dans les cybercafés de la place. "Ils viennent souvent le soir, à deux ou à trois, occupent un ordinateur et échangent avec d’autres associations des sourds à travers le monde", témoigne le gérant d’un cybercafé. Des volontaires pour mieux communiquer L’école Espoir qu’ils fréquentent attire depuis lors des sourds-muets d’autres contrées. Venu de la province du Maniema, plus à l’est, Amisi Manga y apprend la coupe et couture. "Avec des amis valides, je fais aussi la photographie", se réjouit-il. Selon Jean Moma, gestionnaire du centre SIMAMA qui s’occupe de la rééducation des personnes vivant avec handicap, la Province orientale compte un peu plus de 6 000 sourds-muets. Plus de 300 sont inscrits à l’école Espoir aux degrés maternelle, primaire, secondaire et professionnelle. Mais pour eux, les plus grands handicaps demeurent le départ des enseignants dont une partie seulement est payée par l’Etat les autres se contentant de recettes réalisées par l’école, l’insuffisance du personnel qualifié et surtout le problème de communication dans la communauté. "Car très peu de gens comprennent le langage des sourds", explique Kamonyo Bopanyi, l’initiateur gestionnaire de l’école. Sourd-muet et tout premier enseignant à Espoir, il a créé cette école il y a une vingtaine d’années, inspiré, dit-il, par un noir américain malentendant de passage à Kisangani, qui lui avait ouvert les yeux. En 2007, cet enseignant plein d’initiatives a participé au Japon à un atelier d’échange d’expériences sur l’intégration des personnes vivant avec handicap dans la société. En mai dernier, l’association des sourds a formulé des recommandations au Gouvernement pour leur meilleure intégration sociale. Parmi celles-ci, la formation des volontaires et interprètes de la langue des signes, et la création d’autres écoles sur le modèle d’Espoir dans la province. ![]() version imprimable |
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