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Rwanda

12-06-2008

La fin des va-nu-pieds

(Syfia Grands Lacs/Rwanda) Les Rwandais s'habituent peu à peu à porter des chaussures depuis que le gouvernement les a rendues obligatoires, il y a deux ans, pour des raisons d'hygiène. Mais tous ne s'y font pas.

De gré ou de force, de plus en plus de Rwandais portent des chaussures. C'est une obligation, depuis la signature, en 2006, des contrats de performance entre le président de la République et les maires des districts. Lutter contre les maladies résultant de la saleté, les chiques, les blessures des pieds causés par les cailloux ou les objets tranchants… très répandues dans les villages : tel est l'objectif de cette mesure qui commence à porter ses fruits. "Nous n’apprenons pas seulement aux gens à porter les chaussures mais aussi à veiller à l’hygiène de leur corps", précise Peruth Mujawabasindi, chargée de l’hygiène dans le district sanitaire de Kabutare, au sud du pays.
Peu à peu, les gens prennent l'habitude de ne plus marcher pieds nus comme c'était de règle un peu partout sauf dans les villes. Les chaussures en plastique de toutes les couleurs, fabriquées au Kenya et disponibles en nombre sur le marché rwandais depuis 2006, ont facilité ce changement. Elles sont appréciées et leur coût, de 800 à 1000 frw (1,8 à 2 $), est abordable. "Elles sont à la portée de notre poche", estime Kanakuze, une femme de Save, non loin de Butare.
"Chez nous à Rango (secteur du district Huye au sud, Ndlr) quand deux ou trois personnes sont ensemble sur la route, une d’entre elles au moins porte des chaussures en plastique", raconte Espérance N. au marché de Butare. Jusqu'à présent, les villageois considéraient les chaussures comme des objets de prestige. Certains n'en achetaient que pour les cérémonies familiales ou la messe du dimanche. "Mais actuellement, je mets ces plastiques pendant le travail, confie Éric Ndabubaha qui travaille dans un foyer à Huye. Et je mets les autres bien fignolées quand je dois me rendre dans un endroit public."

Vieux et jeunes, tous chaussés
Kankindi, enseignante depuis plus de quarante ans à l’école primaire, remarque que c’est la première fois qu’elle ne voit presque plus d'enfants pieds nus, ce qui améliore leur hygiène. "Il a fallu impliquer les parents sur l’importance de porter les chaussures", dit-elle. Dans les écoles secondaires, les élèves pauvres qui portaient jadis des babouches destinées à la douche s’arrangent aussi pour s'en procurer. "Nous ne nous battons plus avec les élèves portant des kambambiri (mot swahili qui signifie deux cordes, c’est-à-dire babouches, Ndlr) en classe ou au lieu public. Ces chaussures ont résolu ce problème", se réjouit pour sa part Uwanziga, animatrice dans une école secondaire à Butare.
Commodes et peu chères, ces sandales en plastique ne sont pourtant pas parfaites. "Quand elles sont fermées et portées au soleil, elles peuvent causer des allergies de la peau et provoquer des mycoses", confirme le docteur Martin Nteziryayo de l’Hôpital de Nyanza, au Sud.
Tous ne s'habituent pas à ne plus avoir les pieds à l'air. Nyirantama, une vieille maman, qui ne portait jamais de chaussures, a été obligée d'en mettre pour ne pas être mise en quarantaine. En effet, dans certains endroits du pays, le port de la chaussure et la carte de mutuelle sont indispensables pour accéder à un service public ou fréquenter le marché. Elle est ainsi venue à Huye chaussée. "J'enlève mes chaussures dès que j’arrive dans le taxi. Elles me brûlent les pieds et me gênent le long du chemin. Je les remets aussitôt que je sors", raconte-t-elle. Justin Nsengiyumva, chargé de l’hygiène dans le district Nyanza reconnaît que, malgré les sensibilisations sur les bienfaits de la chaussure, de nombreuses personnes continuent à jouer à cache-cache avec les autorités et refusent toujours d'en mettre.
Mais ils sont aussi nombreux à se féliciter de voir un enfant de deux, trois ans comme des quinquagénaires marcher chaussés. Auparavant affaire des riches et des évolués, comme le disaient les gens des villages, la chaussure est en passe de devenir celle de tous.

Fulgence Niyonagize