Les services de voirie n’ont plus de camions pour vidanger les latrines dans les grandes villes du Congo Brazzaville. Pour suppléer à ce manque, il s’est créé un métier utile et rentable : cureur de WC à mains nues. Reste à l’encadrer pour mieux préserver la santé et l’environnement.

“Benda WC, benda WC !” Chaque matin, les cureurs annoncent à grands cris leur présence dans les quartiers de Brazzaville qu’ils sillonnent à la recherche de clients, munis de pelles, de pioches et de boîtes vides. Cette activité est née au sortir de la guerre de 1997 pour remédier au manque de véhicules vidangeurs des services de voirie. La journée, les jeunes creusent les trous où ils déverseront la nuit les matières fécales qu’ils ont vidangées.
Les cureurs participent activement à l’amélioration de la salubrité des villes. Mais leur activité doit être mieux encadrée. “Ils déversent les matières fécales dans les parcelles, dans la rue ou dans les rivières et exposent ainsi la population à des maladies”, se plaint un habitant voisin de la rivière Madoukou, à Moungali, dans le 4ème arrondissement de Brazzaville. Autre souci pour la santé et l’environnement : pour ne pas déranger le voisinage, lorsqu’ils travaillent, les cureurs brûlent des pneus afin que la forte odeur de la fumée masque celle des matières fécales…

“Ils polluent ainsi l’atmosphère. Par ailleurs, ils s’exposent à la fièvre typhoïde ou aux vers intestinaux. Ils devraient avoir des gants, des bottes et des cache-nez et surtout enterrer les excréments vidangés”, résume Émile Boubanga, épidémiologiste au Centre hospitalier universitaire.

Vidanges rentables
Au niveau des services d’hygiène, ce métier n’est pas bien vu non plus. Le Dr Innocent Victor Ossete Ayessa, médecin-chef du Centre d’hygiène et de génie sanitaire de Brazzaville, y voit “un vecteur important de maladies telles que les diarrhées, la typhoïde et le choléra”. Un autre employé du même service, insiste hors micro pour que l’État interdise cette pratique, fournisse à la mairie des véhicules à moindre coût et mette à disposition un lieu où seront déversés les excréments.
Dominique Matondo, secrétaire général de Congolaise Terre des hommes association (CTHA), une OSC œuvrant dans l’assainissement et la protection de l’environnement, plaide dans le même sens :

“Les services de voirie devraient créer de petites unités pour protéger la population et éviter que ces jeunes ne s’exposent aux maladies”. Il renchérit : “Ces cureurs devraient avoir une visite médicale tous les trois mois : leur santé en dépend”.

Kinshasa et Brazzaville
Au départ, le métier de cureur, considéré comme avilissant, était réservé aux jeunes Congolais originaires de RDC qui, appliquait “l’article 15” cher à leur ancien président, le maréchal Mobutu, à savoir, en résumé : “Débrouille-toi pour survivre”. “Je fais ce métier depuis trois ans. Les premiers mois, quand je suis arrivé à Brazza, j’étais à la charge des amis que j’avais suivis. Un jour, ils m’ont mis dehors. Sans métier ni qualifications, j’étais contraint de me lancer dans cette activité. Aujourd’hui, j’ai fait venir de Kinshasa ma femme et mes deux enfants”, annonce triomphalement Johnny. Faute d’emplois, certains Brazzavillois suivent timidement le même mouvement. Comme Alain, qui fait connaître à un maximum de personnes son numéro de téléphone personnel. “Souvent, d’anciens clients me rappellent”, se réjouit-il.
Chaque jeune cure quatre à cinq WC par semaine. Le prix de la vidange dépend de la profondeur des latrines : il varie entre 7 500 et 12 000 Fcfa (entre 11 et 18 €). Johnny estime gagner au minimum 90 000 Fcfa (137 €) par mois, nettement plus que le Smig (50 000 Fcfa, environ 75 €).

Marien Nzikou-Massala

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