La paix est loin d’être acquise entre les jeunes congolais et rwandais toujours marqués par les stigmates du génocide rwandais et des conflits armés en RDC avec leurs millions de morts. Des initiatives pour les guérir et les rapprocher se multiplient.

“La plaie ne sera guérie que lorsqu’on cessera de remuer le couteau dedans à chaque fois”.

Telle est la profession de foi de quatre jeunes artistes congolais et rwandais pour briser les stéréotypes entre ces deux peuples voisins de la sous-région des Grands Lacs. A travers leur groupe dénommé Simama Africa (débout l’Afrique, Ndlr), ils ont réussi à mobiliser une trentaine d’autres jeunes venus de ces deux pays pour une journée de réflexion vendredi 14 avril au Centre d’accueil protestant à Goma.

“Nous avons pensé que c’est le bon moment de créer un dialogue entre la jeunesse de ces deux pays pour voir comment briser la méfiance que risquerait de créer chaque année la commémoration du génocide rwandais d’avril 1994. Nous sommes tous conscients de cette triste histoire. Mais si nous continuons à y réfléchir négativement, nous ne saurons pas construire la paix entre nous”, explique Fiston Muhindo, l’un des initiateurs du groupe.

Pour lui, la persistance des FDLR et d’autres groupes armés en République démocratique du Congo tire son origine de cet événement malheureux.

Plus de 5 millions de morts en RDC
“Nous estimons aujourd’hui que plus de 20 ans après, la majorité de groupes armés qui pullulent dans notre région est constituée des jeunes manipulés par des anciens pour leurs propres intérêts”, regrette-t-il, avant de considérer que si le M23 a aussi existé et que l’on indexe le Rwanda d’en être le parrain, c’est toujours à cause du génocide. Ce qui ne fait que renforcer davantage les préjugés entre les jeunes de ces deux pays.

Sans compter que le conflit en RDC a déjà fait plus de 5 millions de morts, selon plusieurs rapports d’experts.

Si pour ce jeune Congolais, la jeunesse devrait s’impliquer dans la recherche d’une solution durable, son ami Rwandais pense que l’idée d’organiser des jumelages et échanges est la meilleure.
A la veille de l’entrée des rebelles du M23 à Goma en 2012, “j’avais été sérieusement menacé à la grande barrière (poste frontière entre Gisenyi et Goma) lorsque je voulais venir ici à Goma. J’avais fini par me résoudre de ne plus mettre mes pieds ici. Aujourd’hui je comprends qu’il y a des mauvaises perceptions entre les jeunes de ce deux pays parce que certains gardent encore des images de la haine de 1994 alors que nous sommes déjà en 2017”, rappelle-t-il. Ce jeune croit fermement que l’histoire ne devrait pas diviser tout un peuple, avant d’annoncer qu’au moment de la séance de dialogue deux à deux entre Congolais et Rwandais, il est parvenu à convaincre son ami Congolais d’aller prendre part à une activité au centre culturel rwandais à Gisenyi.

Arrêter de stigmatiser
Invitée à cette activité, Hilda Vagheni, responsable de la communication au sein de l’Eglise du Centre Baptiste au Centre de l’Afrique (CBCA) pense que les deux pays devraient mettre en place une politique qui permette de diluer certaines phraséologies du genre “génocide faite au Tutsi”… Répéter cette phrase met dans une position de représailles les jeunes de cette communauté mais aussi cela créer un sentiment de culpabilité dans le chef des jeunes Hutus. Ce qui d’après elle, freine la consolidation de la paix entre les deux peuples voisins”.
L’initiative Simama Africa intervient au lendemain de l’organisation de la 9ème édition de la journée diocésaine des Jeunes. Une opportunité pour des chrétiens de toutes les confessions religieuses du Rwanda, du Burundi et du Kenya venus célébrer la paix en Jésus Christ avec ceux des du Nord et du Sud-Kivu.

“Nous sommes tous le même à l’image de Jésus Christ qui n’a pas de tribus. Il est là pour tout le monde sans discrimination de races ou de tribus, de communautés ou d’ethnies”.

C’est l’essentiel du message qui sortait des discussions de ces jeunes. Coordonnateur diocésain Xavery du Burundi, Chegetera Isidore soutient que “la jeunesse devrait rentrer de ce forum avec la culture de la paix pour être des leaders dans leurs communautés d’origine”.

Evariste Mahamba

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