Chaque jour de nouvelles personnes atteintes de cancer sont accueillies au Centre hospitalier universitaire de Brazzaville. Certaines d’entre elles pourraient être sauvées si leur maladie avait été détectée et soignée plus tôt. Spécialistes et associations militent pour une meilleure prévention et une prise en charge plus adaptée.

En attente d’un traitement qui tarde à lui être administré, Médard (*), allongé depuis un mois sur son lit d’hôpital au service de cancérologie du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Brazzaville, surmonte avec peine le cancer de la prostate qui le ronge.

“Ce n’est pas facile de vivre avec cette maladie, car tu vis avec l’idée que tes jours sont comptés, lâche-t-il, le regard fixé sur le sol. Quand on m’a annoncé mon mal, c’était comme si tout s’écroulait devant moi”.

Traits tirés et amaigri, il fait partie des 600 cancéreux que ce CHU a reçus depuis fin 2009. Ils n’étaient que 200 en 2005. “Le registre des cancers existe à Brazzaville depuis 1996. Il est le seul outil d’information sur cette pathologie et représente un échantillon de toute la nation, dans la mesure où des malades viennent d’autres hôpitaux et d’autres régions”, précise Gérard Ibara, responsable de ce registre.

Prévention efficace et moins coûteuse
Le directeur de l’OMS pour l’Afrique, le Dr Luis G. Sambo, tirait dernièrement la sonnette d’alarme : “Bon nombre de patients n’ont toujours pas accès aux services de dépistage et de diagnostic, ni à un traitement approprié (…). Selon le Rapport sur le cancer dans le monde en 2008, les nouveaux cas de cancer devraient passer de 13 millions à près de 27 millions par an d’ici 2030 ; le cancer entraînera chaque année le décès de quelque 17 millions de personnes. En Afrique, le nombre de nouveaux cas était estimé à 667 000 en 2008, avec 518 000 décès”. Et le directeur Afrique de poursuivre : “De nombreux cancers sont causés par des infections virales, bactériennes ou parasitaires persistantes (…). La vaccination et le traitement peuvent contribuer à réduire substantiellement la charge des cancers causés par ces infections (…). Pour la plupart des cancers, il existe des mesures préventives. On préconise notamment de cesser la consommation de tabac, d’éviter l’usage nocif d’alcool, d’entreprendre régulièrement l’activité physique et d’adopter un régime alimentaire sain, riche en fruits et légumes”.

Détectés et soignés à temps, certains cancers se guérissent. Mais, la cherté des traitements désespère les malades. Pour le Pr Claude Maylin, conseiller médical du président Denis Sassou Nguesso, “les Africains doivent beaucoup plus investir dans la prévention et dans la détection parce qu’elles ne coûtent pas trop cher à mettre en place. L’Afrique doit considérer que c’est l’outil le plus efficace et le moins cher qui permettra d’améliorer de 20 % la survie d’ici 10 ans”, a-t-il annoncé lors du 5e congrès Euro africain de cancérologie tenu en 2010 à Brazzaville.
Paul Ndom, président de l’association Solidarité chimiothérapie, une OSC basée au Cameroun, s’exprimant lui aussi à l’occasion de ce congrès, a insisté sur l’importance du rôle des associations :

“L’ignorance est le cancer le plus dur à soigner (…). Les associations doivent être des éducateurs capables de ramener une information de valeur à un niveau très bas pour qu’on comprenne ce qu’est le cancer et qu’on s’organise pour mieux le vaincre”.

« C’était déjà trop tard… »
Au Congo, SOS Femme Elikia, accompagnée des personnels de santé, mène ainsi des campagnes de sensibilisation dans les marchés et lieux publics auprès des femmes, et, selon les besoins du service de cancérologie du CHU, fait des dons de médicaments. Ce genre de démarches est apprécié par la population, mais certains assimilent toujours le cancer à un mauvais sort.

“Notre famille se déchirait parce que ne maîtrisant pas de quoi souffrait notre frère. Nous l’avons amené ici et là chez des marabouts, sans résultats… Lorsque le scanner fait à Kinshasa a révélé qu’il souffrait du cancer, c’était déjà trop tard…”, explique le frère d’un malade.

Dans le but d’éveiller une large prise de conscience, Mme Ndengué, présidente de SOS Femme Elikia, souhaite qu’il y ait au Congo une plate-forme qui s’occupe des cancéreux. “Nous avons suggéré aux pouvoirs publics de mettre en place un système de protection sociale pour alléger le poids des dépenses supportées par les parents des malades”, rappelle de son côté M. Ngafoula, vice-président de l’Union congolaise contre le cancer. Martin Djouob, conseiller technique au ministère de la Santé, explique ainsi l’absence de prise en charge : “Le cancer, considéré comme une maladie à évolution lente et lié à nos habitudes, n’avait pas trop d’ampleur par le passé. Mais, nous envisageons à présent un plan contre toutes ces maladies non transmissibles”.
En attendant, d’autres associations accompagnent les cancéreux dans leurs derniers jours. Sœur Éliane, présidente de l’Association congolaise accompagner, confie :

“Nous allons dans les hôpitaux et au domicile des malades pour leur administrer des médicaments. Nos psychologues sont à leur écoute. Quand l’un d’eux meurt, nous aidons les parents à organiser les obsèques”. “Le malade, poursuit-elle, doit être au centre de toutes les démarches thérapeutiques. Nous le considérons comme une personne à part entière”.

(*) À la demande des malades, certains prénoms ont été modifiés

Marien Nzikou-Massala

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