Pour arrondir ses fins de mois difficiles, chaque week-end, Tatiana Mpala, une institutrice du Congo, est obligée de troquer la craie blanche pour la houe. Des activités épuisantes, mais indispensables pour la survie de sa famille.

“Du lundi au samedi matin, j’enseigne dans une école privée. Mais, il arrive que je ne donne pas cours le vendredi quand j’ai une urgence au niveau de mon groupement agricole. Je consacre les samedis et dimanches après-midi à mes activités champêtres”, fait savoir Tatiana Mpala.

La trentaine révolue, cette institutrice, mariée et mère de trois enfants, partage donc ses journées entre ses cours à ses 38 élèves à l’école “La Prospérité” et les travaux champêtres avec son groupement “Jeunesse et Entente de Dziegué”. Une structure de 22 membres (18 femmes et 4 hommes) dans le district de Lekana, à 4h de route au Nord de Brazzaville. “En général, je prépare mes fiches le soir et je dispense les cours le matin ou à midi. Je m’occupe également de ma maisonnée et de mes enfants…”, précise-t-elle.
Secrétaire au sein de son groupement depuis plus de 10 ans, Tatiana pratique l’agriculture pour compléter son maigre salaire d’institutrice. “Quand nous vendons nos produits au niveau du groupement, je m’y retrouve, car je peux avoir entre 20 et 50 000 Fcfa (entre 30 et 75 €). De plus, le fait d’avoir en dehors du groupement mes propres champs me donne des réserves (foufou, arachides, pommes de terre) pour les mauvais jours”, souligne-t-elle.

“Retour à la terre”
Si, au départ, Tatiana avait du mal à trouver son rythme, entre son travail d’institutrice la semaine et celui de cultivatrice le week-end, elle arrive désormais à s’épanouir dans ses activités. “Mon mari m’aide beaucoup. Quand je suis absente, il s’occupe des enfants, de la maison et fait même parfois la cuisine”, avance-telle toute joyeuse.
Femme au caractère bien trempé, Tatiana n’est pas du genre à baisser facilement les bras. “Je compte acquérir d’autres champs malgré la pénibilité du travail de la terre”, fait-elle savoir. Un courage qui suscite l’admiration de son entourage : “Tatiana est une femme déterminée pleine de vitalité. Grâce à ses activités, elle arrive à s’en sortir. Elle ne compte pas uniquement sur son mari”, fait remarquer Cornelline Ozias Mfourga, une de ses collègues institutrices. Cette dernière, suivant l’exemple de Tatiana, pratique dorénavant elle aussi l’agriculture, mais uniquement pendant les vacances, dans son village, en louant les services d’autres personnes pour l’aider à désherber ou planter.

“C’est encourageant de voir des fonctionnaires emboîter le pas aux paysans dans les champs. Avant, certains qualifiaient ces travaux de ‘salissants et durs’. Aujourd’hui, ils ont compris que c’est ce travail qui nourrit la population. C’est le retour à la terre pour tout le monde !”, observe Cornelline.

Jean Pierre Moutali, chef du quartier Ngambaho où réside Tatiana, est lui aussi admiratif devant tant d’opiniâtreté de la part de son administrée : “Tatiana est une femme d’action. Elle n’a pas le temps de se quereller ou de discourir à longueur de journée dans le village”. Des compliments et une réussite qui font chaud au cœur à l’intéressée, même si Tatiana relativise. Elle se met à rêver: “Il n’est pas toujours facile de concilier foyer, enseignement et travaux champêtres. Si j’avais un salaire conséquent dans la fonction publique, je pourrais souffler un peu… ”

Annette Kouamba Matondo

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