L’arrivée des mutuelles de santé à Kikwit, au nord-est de Kinshasa, est un salut pour les populations démunies de cette région, qui ne peuvent souvent pas payer les soins de santé ou d’hospitalisation. Ces initiatives se multiplient, sans attendre ce que l’Etat devrait faire dans ce domaine.

“N’eut été notre mutuelle, j’allais avoir d’énormes difficultés pour payer mes frais d’hospitalisation et de soins”, témoigne Désiré Otto.

Cet enseignant du primaire qui est en repos médical, souffrait d’une hernie. La facture de l’hôpital s’est élevée à 98 000 Fc (76 $), de loin plus que son salaire mensuel (47 000 Fc). Elle a été payée à 50 % par l’Union des mutuelles du Congo (Umusac) dont il est membre. Depuis qu’il y a adhéré, il paye une cotisation mensuelle de 1 000 Fc (0,76 $).
Avec ses 19 400 membres, l’Umusac est la première née et la plus importante de ce type de structures de solidarité sanitaire de Kikwit. Tous ceux qui en font partie se regroupent en petites cellules de base appelées “caisses primaires”. Elles sont installées dans des entreprises, des écoles, des quartiers…

“C’est à ce niveau que se font les adhésions moyennant 3 $”, explique Claude Kitoko, l’un des responsables. En payant leur cotisation mensuelle, les adhérents garantissent de la sorte leurs soins.

Solidarité et prévoyance
Depuis sa création en 2007, l’Umusac a ainsi sauvé la vie à des centaines de malades, soignés selon la gravité de leurs cas en hospitalisation ou dans des centres de santé ou dispensaires pour des soins ambulatoires. “En créant notre mutuelle, nous voulions appliquer la sagesse de l’union fait la force”, explique avec une certaine fierté Christian Muhenia, coordonnateur adjoint de l’Umusac.
C’est aussi la même motivation qui a conduit à la création, en 2009, de la Mutuelle de santé Lutondo de Kikwit (Musalki). “Nous travaillons sur la base d’un principe qui est devenu quasiment une devise : Solidarité et prévoyance”, déclare Hilaire Thiangi, coordonnateur de la cellule technique de la Musalki. Cette mutuelle créée par le diocèse de Kikwit compte 1059 membres. Chacun paye 0,5 $ à l’adhésion et une cotisation annuelle de 4 $. En cas d’hospitalisation, la mutuelle prend en charge 75 % des frais et le malade 25 %, et la répartition est à 50/50 si les soins sont suivis en ambulatoire. “L’authenticité des soins est vérifiée par un médecin-conseil qui est permanent au niveau de la cellule technique”, précise Hilaire.
La naissance de ces deux mutuelles comme de deux autres qui ont pu voir le jour après, dans la périphérie de la ville, s’explique principalement par l’inaccessibilité de plus de 70 % de la population locale aux soins de santé, à cause de la pauvreté. Selon les responsables de ces mutuelles, 75 % de gens de la région vivent en effet de petites activités précaires du secteur informel. Ceux qui travaillent dans l’administration publique (fonctionnaires, enseignants, policiers…) touchent des salaires dérisoires, qui sont souvent payés de manière irrégulière. En cas de maladie grave qui nécessite une hospitalisation notamment, ils sont dans l’incapacité de pouvoir y faire face…

Bien gérer les mutuelles
Pour bien assumer leurs engagements, les mutuelles de santé concluent dès lors, des conventions avec des institutions sanitaires (hôpitaux, centres de santé, dispensaires…). “Nous en avons signé au total 28 avec des formations médicales de qualité”, assure Jean-Jacques Masini, administrateur gestionnaire de la Musalki. Avant d’être pris en charge dans ces formations médicales, tout patient membre doit obligatoirement retirer un “bon d’autorisation aux soins médicaux” qu’il doit présenter en même temps que sa carte d’adhésion.
L’une des mutuelles, l’Umusac, a même sa propre polyclinique.

“C’est encourageant, de telles initiatives doivent se multiplier sans attendre l’Etat”, se réjouit Floribert Kiama. Directeur du Centre culturel Mwinda, il promet d’y adhérer, mais souhaite que les responsables de ces structures aient “une gestion financière transparente et responsable.”

Badylon Kawanda

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