Consommer la viande de chien est devenu courant à Goma, à l'est de la RD Congo, depuis que la viande de bœuf se fait rare et chère. Son prix est abordable… et les propriétaires des chiens doivent prendre garde.

Tous les jours, à Majengo, un quartier populaire de la vile de Goma, à l’est de la RD Congo, c’est la frénésie dans une grande maison en chantier, qui sert de logement provisoire pour des militaires en attente d’affectation. Le lieu, baptisé depuis peu la boucherie des chiens, est le rendez-vous des amateurs de viande canine, de plus en plus nombreux dans la province. Chaque matin, propriétaires de chiens, vendeurs et clients se retrouvent dans ce marché qui sert aussi d’abattoir. Une fois les transactions conclues, les chiens sont abattus et dépecés et les clients servis selon leurs commandes.

“Selon le poids, le prix d’un chien varie entre 8 et 10 $. Très peu de consommateurs peuvent s’offrir un chien entier. Nous marchandons donc par groupes de cinq et nous nous partageons la viande, à raison de 5 kg par personne, pour 2 $ déboursés. Avec mon salaire très bas, j’arrive ainsi à offrir régulièrement de la viande à ma famille”, explique Pascal Mbuyi, agent de la Fonction publique, originaire du Kasaï.

Grand amateur, il vient fréquemment s’approvisionner, accompagné de ses voisins qu’il a convertis à la consommation de cette chair.

Le chien à la place de bœuf
Dieudonné Paluku, un habitant du quartier Birere, d’abord sceptique est aujourd’hui convaincu. “Au début, nos enfants recevaient une punition sévère quand ils mangeaient du chien chez nos voisins. Pour nous, cette viande était impropre à la consommation et même taboue.

Au fil du temps, mon épouse et moi avons constaté que cela ne semblait pas poser de problème particulier et nous avons fini par en goûter. C’est de la bonne viande et elle ne coûte pas cher. Nous en mangeons régulièrement.”

Dans le Nord-Kivu, région essentiellement agropastorale, les populations ne connaissaient pas le chien et mangeaient plutôt de la viande bovine. Mais les guerres à répétition et les conflits interethniques ont décimé une bonne partie du cheptel. “Les bœufs et autre bétail vendus actuellement à Goma, sont principalement importés des pays voisins, le Rwanda et l’Ouganda. Cette importation a eu des répercussions sur le prix de la viande, en hausse constante. Avec le coût actuel de la vie, les familles changent leurs habitudes alimentaires et se tournent donc vers la viande de chien” explique Léonard Masumbuko, vétérinaire à la Division provinciale de l’Agriculture et de l’Élevage à Goma.
La viande canine est devenue à la mode et sa consommation connaît donc une hausse constante. “Chaque semaine, dix chiens au moins sont abattus, rien que dans cette boucherie de Majengo”, témoigne un chef d’avenue du quartier, qui estime que ces chiffres seraient identiques dans d’autres quartiers de la ville.

Tous les chiens sont bons !
Le commerce de ces animaux domestiques devenant florissant, certains vendeurs ciblent en premier lieu les chiens errants, qui n’ont aucune chance de leur échapper. D’autres, peu scrupuleux et profitant de la négligence des maîtres, appâtent les animaux avec un morceau de viande, pour s’en emparer. “Mes deux chiens ont disparu en deux semaines. Cela me rend triste, car je m’en occupais bien et ils me rendaient des services appréciables, avec les vigiles” regrette André Buhendwa, gérant d’une quincaillerie.
D’autres vendeurs, eux-mêmes propriétaires, ont trouvé le bon filon pour se débarrasser de leurs chiens, source de problèmes et de conflits avec les voisins.

“Il y a un mois, un de mes trois chiens a mordu un passant et j’ai dû supporter les frais médicaux de la victime. Et récemment, un autre, affamé, a ravagé le clapier de mon voisin. Pour éviter les problèmes, je les ai vendus tous les trois”, confie Marcellin Kalume, habitant le quartier Mabanga.

Désiré Bigega

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