Au Nord-Kivu, chaque groupe armé prétend défendre sa communauté contre une autre. Mais pour les représentants de ces communautés, personne ne leur a donné mandat de tuer en leur nom.

La province du Nord-Kivu compte presqu’autant de groupes armés que d’ethnies. A chaque communauté est attribué un groupe armé qui prétend la défendre contre les attaques venant d’autres communautés.
Une situation qui préoccupe les responsables politiques et humanitaires de la région.

Président de la société civile du Nord-Kivu, Thomas D’Aquin Muiti pense qu’”il se développe de plus en plus une intolérance inquiétante dans la province entre les communautés. Il faut rapidement un grand travail de pacification des communautés à s’accepter mutuellement et à vivre ensemble”.

Ainsi, main dans la main, Julien Paluku, gouverneur de province, un Nande et le ministre national des Petites et moyennes entreprises, Eugene Serufuli, un Hutu, se sont-ils adressés à la population mercredi 1er mars à Nyanzale dans le territoire de Rutshuru. Un seul message : la paix et la cohabitation pacifique à la suite des tueries qui contraignent les habitants aux déplacements forcés.

“Faites comme nous, exhorte le gouverneur du Nord-Kivu. Vivez en paix sans indexer les tribus. Une faute commise par un Nande ou un Hutu ne doit pas être attribuée à toute sa communauté”.

A chacun son groupe armé
Selon le rapport du Groupe d’étude sur le Congo (GEC) qui a élaboré la cartographie des groupes armés dans l’est de la RDC en décembre 2015, il en existe environ soixante-dix dans le Nord et le Sud-Kivu, et plus de la moitié se trouve dans le seul Nord-Kivu. La plupart de ces groupes armés sont de taille réduite, ne comptant pas plus de 200 éléments, généralement recrutés sur une base ethnique.
Au Nord-Kivu, à chaque ethnie est ainsi attribué un groupe armé : Mazembe pour les Nande, les Nyantura et les FDLR pour les Hutus, Nduma Défense of Congo pour les Nyanga, APCLS pour la communauté Hunde, les Raiya Mutomboki, pour les communautés Lega et Tembo, etc.

“La population doit éviter toute globalisation des actes posés par les déviants sociaux de chaque communauté qui sont dans les groupes armés, met en garde Julien Paluku. Car ces groupes armés n’ont pas reçu mandat de leurs communautés pour prendre les armes et surtout perpétrés des crimes”.

Maire de Butembo, Theodore Sikuli estime que la diversité est la richesse du Nord-Kivu. Les populations doivent vivre ensemble et éviter tout recours aux actions violentes.

“Personne n’a choisi de naître dans une communauté”
Des violences qui font souvent plusieurs morts et engendrent le déplacement des milliers d’habitants. Dressant le bilan de fin d’année, lors d’un point de presse en décembre dernier, le gouverneur du Nord-Kivu avait déclaré que “2016 s’est caractérisée par une recrudescence de violence au Sud de Lubero avec le massacre de Miriki, ensuite à Rutshuru avec Bwalanda et puis Nyanzale”. Des massacres à caractère tribal qui “interpellent et suscitent beaucoup de doute par rapport à ce qui se passe au Nord-Kivu”, s’est inquiété Julien Paluku.

“Personne n’a choisi de naître dans une communauté. Soyons fiers d’appartenir à nos communautés. Aucune communauté n’est supérieure à l’autre. Aucune communauté ne chassera non plus une autre”, exhorte le gouverneur.

Son message radiodiffusé passe en boucle sur les chaines locales dans le cadre de la campagne de paix et cohabitation pacifique que mène l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC).
“Nous fils et filles du Nord Kivu, devons arrêter de nous entretuer indéfiniment. La province ne peut se construire qu’avec les gens épris de paix”, implore le président de la société civile du Nord-Kivu, pour qui la force doit rester à la loi et le gouvernement doit restaurer son autorité dans tous les coins de la province pour mettre fin aux groupes armés.

Pépé Mikwa

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