Simple jeu traditionnel pour adolescentes, le Nzango s'affirme ces dernières années en RDC et au Congo Brazzaville comme une discipline sportive à part entière pour les femmes désireuses d'améliorer leur santé. Églises, groupements, administrations publiques, sociétés privées… Au Congo Brazza, plus de 190 équipes participent à différentes compétitions.

Deux rangées de 11 femmes s’affrontent en rythme à 2 mètres de distance pendant 50 minutes. Elles s’accordent ensuite une pause de dix minutes. Cette rencontre de Nzango, organisée fin novembre à l’esplanade du stade municipal dans le 2ème arrondissement de Pointe-Noire par la Direction départementale des sports, marque le terme de la saison et le début de la suivante. Malgré la chaleur, les sportives sautillent avec entrain, chantent des comptines bien connues au Congo Brazzaville et claquent des mains. Elles marquent des points en croisant ou décroisant les pieds. La rencontre se joue en général sur un terrain de 16 mètres de long et huit de large avec deux arbitres.
Auparavant, le nzango n’était qu’une distraction pour jeunes filles dans les quartiers ou les écoles. Depuis 2005, il est devenu une discipline sportive à part entière qui intéresse de plus en plus d’adultes. Plus de 190 équipes sont aujourd’hui enregistrées dans le pays ! Églises, groupements, administrations publiques et sociétés privées participent à différentes compétitions sous l’impulsion de l’Association sportive innovatrice du nzango moderne, créée par Guy Noël Titov Passy, cadre du ministère de la Santé à l’origine de la modernisation de ce jeu traditionnel.

“La pratique de ce sport contribue à lutter contre le surpoids et l’obésité. Elle permet à la femme de se maintenir en forme, épargne aussi à nos compatriotes de lourdes dépenses de santé”, se réjouit-il.

“Je ne joue que pour des raisons de santé”
Un discours qui séduit de plus en plus de Congolaises à Pointe-Noire et ailleurs dans le pays. Une responsable d’une paroisse protestante de l’Église évangélique du Congo, confirme : “Je mobilise souvent les femmes pour y jouer. Pour les mamans du troisième âge, c’est le seul moment où elles font du sport.” Élisabeth Célestine Tsokeine, 52 ans, mère de huit enfants et coordonnatrice de l’équipe des agents de la Congolaise de raffinage, entreprise publique pétrolière, explique :

“Je ne participe pas aux compétitions. Je ne joue que pour des raisons de santé. Le nzango a permis aux diabétiques de mon équipe de se sentir mieux.” D’autres joueuses constatent un changement positif. “Avant, je pesais 90 kg, je ne pouvais pas ‘tourner au lit’ avec mon mari. Aujourd’hui, mon poids est descendu à 72 kg”, confie une des meilleures joueuses du Kouilou.

Certains se disent même persuadés que le nzango peut parfois contribuer à restaurer l’harmonie dans les foyers polygames. “Deux coépouses avaient des rapports orageux. Mais, depuis qu’elles ont intégré notre équipe, elles se parlent. Elles ont compris que seule l’entente pouvait les aider à affronter l’adversaire. Cela procure de la joie à leur époux, qui les incite à participer aux entraînements”, témoigne Élisabeth Célestine.
Ligues dans les départements, compétitions pour revaloriser le sport au travail, équipe nationale (les Diables rouges)… Les autorités souhaitent elles aussi moderniser et faire connaître le plus largement possible ce jeu traditionnel. Pour l’heure, ce sport est cependant surtout connu en Afrique centrale, notamment en Centrafrique et en RD Congo. En avril dernier, Titov a reçu le prix Mwana Mboka (Fils du pays, en lingala), trophée panafricain d’excellence d’innovation du nzango moderne. Son association a en effet implanté des équipes au Bénin, au Cameroun, à Kinshasa, etc. But ultime : faire inscrire cette discipline au rang des sports olympiques.

“Nous espérons que le Congo Brazzaville sera le deuxième pays africain après le Sénégal à internationaliser un sport traditionnel (la lutte, Ndlr)”, rêve Titov.

Solange Léocadie Kibelolo

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