Travailler, manger, étudier, voire même se marier ensemble. A Sibiti, dans le département de la Lékoumou au Congo Brazza, Bantous et autochtones commencent à dépasser les barrières ethniques. Un débat communautaire a été organisé dernièrement pour évaluer ces avancées.

“A l’église, nous ne refusons plus la nourriture des autochtones (Pygmées, Ndlr, au Congo ce mot est banni par la loi). Nous mangeons ensemble. Nous ne les fuyons plus comme avant. Avec eux, nous sommes même devenus un ! “, a assuré Monique Ngamouelé, présidente du groupement femmes de Mapindi.

Les langues se sont déliées, des barrières levées entre Bantous et autochtones (Pygmées), en janvier dernier, à l’occasion d’un débat communautaire à Sibiti, chef lieu du département de la Lékoumou, à environ 400 km à l’ouest de Brazzaville.
Organisé sous le thème : “Intégration des autochtones, quelles évolutions concrètes dans la Lékoumou ?”, ces échanges entraient dans le cadre du projet “Journalistes, associations et autorités locales contribuent à un meilleur respect des droits des femmes rurales pour lutter contre la pauvreté”, financé par l’Union européenne et piloté par le Centre de Ressources pour la Presse (CRP), en partenariat avec Syfia international.
Au cours de ce débat animé en langues kituba et yaka, une quarantaine de participants, d’associations et groupements de femmes de la Lékoumou, des peuples autochtones et des autorités locales, ont évoqué l’intégration des autochtones après l’adoption par le gouvernement congolais de la loi n°5-2011 du 25/02/2011, portant promotion et protection des droits des peuples autochtones.

Education et évolutions
Plusieurs participants au débat ont souligné des avancées, comme l’augmentation du nombre de mariages mixtes Bantous-autochtones. Autre avancée significative selon eux, la progression du niveau d’instruction :

“Dans mon groupement, certains autochtones ont le bac. D’autres sont à l’Université. Certains sont même devenus des enseignants ! “, relève Joseph Mavoungou, de l’Association de lutte contre la pauvreté à Komono (65 km au nord-ouest de Sibiti) et Sibiti.

Autre exemple, toujours dans le département de la Lékoumou, cette fois dans le district de Bambama (250 km environ au nord de Sibiti). “Les femmes autochtones font et vendent désormais le manioc, comme les Bantoues”, observe Marguerite Ngouono, présidente de l’association des femmes de Bambama.
De son côté, Thérèse Souaka, présidente de l’association Unité des femmes de Komono, souligne :

“Chez nous, les autochtones ont des maisons construites en matériaux durables. Ils dorment dans des lits. Mais, ceux de Sibiti ne font pas d’efforts pour intégrer les milieux bantous.”

Un avis partagé par Patricia Bouanga, présidente de l’association Debout Femme Autochtone du Congo à Sibiti et chef de bloc au quartier 6 Indo à Sibiti : “Depuis que la loi a été promulguée, les autochtones instruits ont un peu changé de mentalité. Par contre, les autres, dorment encore à même le sol et repartent vivre en forêt tous les trois à quatre mois…”

“Maîtres-Bantous”                                                                                                                                         Prince Mouanda, un jeune autochtone ayant pris part au débat, a nuancé, observant, lui, “un léger progrès”, même s’il reste à résoudre la question des “maîtres-Bantous”, qui font travailler dans les champs ou ailleurs des autochtones à leur profit. Pourtant, la loi de 2011 (article 29 alinéa 2), affirme que “les populations autochtones ne peuvent être soumises à aucune forme d’esclavage.”

Cette même loi condamne de 2 à 36 mois de prison et des amendes allant de 500 000 à 1 million de Fcfa (de 750 à 1 500 €) ceux qui pratiquent encore l’esclavage. Toutefois, cette loi manquant de textes d’application, les “maîtres-Bantous” ne sont jusqu’ici pas inquiétés et aucune plainte contre eux n’a été enregistrée…

Pour clôturer le débat de janvier dernier, Jean Denis Toutou Ngamiye, président de l’Association pour la promotion socio-culturelle des populations autochtones du Congo (Apsac) a résumé les progrès contrastés :

“A Sibiti, l’intégration des autochtones est retardée par les maîtres-Bantous qui les dominent, mais dans d’autres villages, les mentalités évoluent. Aujourd’hui, dans la Lékoumou, on ne parle plus de l’intégration des autochtones, puisqu’ils vivent déjà avec les Bantous, mais plutôt de leur émancipation, qui reste à concrétiser”.

Bivihou Victor

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