Il n’est pas bon de n’avoir sur soi que des grosses coupures de Francs Congolais ces derniers jours à Kinshasa. Les billets de 20 000 FC, 10 000 et surtout celui de 5 000 FC ne sont pas facilement acceptés par les consommateurs dans la capitale congolaise. La présence de la fausse monnaie parmi ces coupures à valeur faciale élevée pousse les consommateurs à s’en méfier, malgré les explications de la banque centrale sur comment démêlé le vrai du faux.

FBNBank, siège de la Gombe. Une dame, la cinquantaine révolue, surexcitée, se pointe devant l’un des guichets de la banque ce jour de février :

“Je viens vous retourner votre argent. On n’en veut pas sur le marché, on me dit que ce sont de faux billets”, dit-elle. “Vous auriez dû les contrôler à la réception”, lui répond la caissière. A ces mots, la dame s’emporta à nouveau : “C’est comme ça que vous me répondez ? Est-ce que moi je sais distinguer le vrai billet du faux ? J’avais confiance en la banque, c’est tout. Reprenez vos billets, donnez-moi les bons !”, continua-t-elle de gronder.

Cet incident raviva davantage la méfiance à l’égard de nombreux clients qui s’y trouvaient. Dans un autre guichet, une jeune femme se mit immédiatement à bouder les liasses de 10.000FC que lui tendait la caissière. Lorsqu’elle s’est fait comprendre qu’il n’y avait pas d’autres billets que ceux-là, elle les accepta malgré elle, le cœur plein d’amertume.

Appel à la vigilance…
Dans les rues de Kinshasa, le nombre d’altercation entre acheteurs et vendeurs autour de ces grosses coupures se rapporte chaque jour. “Si les billets ne sont pas carrément refusés sans y avoir jeté un clin d’œil, ils le sont d’une autre manière très polie. On te dira qu’il n’y a pas de change”, raconte Willy, un étudiant qui a eu du mal à trouver de la petite monnaie auprès des cambistes. Un fonctionnaire dont on a refusé le billet de 5 000FC qu’il tendait pour acheter du crédit pour son téléphone, s’en plaint :

“On est déjà affecté par la dévaluation du Franc congolais, maintenant on est en plus rémunéré avec des billets qui ne servent à rien. Que vaut encore le salaire d’un fonctionnaire à ce jour ? On est payé en monnaie de singe…”

La Banque centrale du Congo qui est au courant de cette situation n’a pas tardé de réagir. Jean Marie Kayembe, son directeur de service, est passé sur la radio Top Congo pour expliquer aux consommateurs les caractéristiques de la vraie monnaie.

Les numéros de série de vrais billets de 5 000 FC émis par la Banque portent la lettre R ; S pour ceux de 10 000 FC et T pour les 20 000 FC, en plus tous portent de filigrane et des effets caméléon : “Si vous ne constatez pas ces signes caractéristiques, dites vous que vous avez affaire à de la fausse monnaie…”, a-t-il expliqué.

Un spot publicitaire et des messages sont aussi diffusés à travers quelques télévisions de la place pour sensibiliser les habitants.
Des explications qui ne semblent pas encore convaincre nombre de Kinois, tellement la contrefaçon est quasi parfaite sur certaines coupures. En fait, les mêmes caractéristiques énumérées par la Banque Centrale se retrouvent également sur certains billets incriminés, même si d’autres sont reconnaissables par des ratés sur leurs numéros, lesquels donnent l’impression d’avoir été ajoutés par une machine extérieure.

Mathieu Mokolo

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