Dévasté par des agriculteurs, dépeuplé par des braconniers, le parc national des Virunga, au Nord-Kivu, ne tient plus que grâce aux projets intégrateurs, comme les barrages hydroélectriques et les écoles que les gestionnaires de ce patrimoine mondial ont mis en œuvre. La réserve a encore de l'avenir.

Aux pieds du mont Ruwenzori, les habitants ont laissé éclater leur joie lorsqu’ils ont vu pour la première fois de leur vie, leurs habitations éclairées à l’aide d’ampoules électriques. A l’hôtel Pic de Mutwanga, petit village situé près de la ville de Beni aux pieds du même mont, des touristes reviennent.
Depuis quelques années, l’Institut national congolais pour la conservation de la nature (ICCN), multiplie des initiatives pour aider les populations riveraines à limiter le braconnage et les travaux des champs dans le Parc des Virunga déjà en péril. Car des milliers de familles se sont mises à cultiver dans le domaine du parc, pourtant protégé. Des champs de haricots, de maïs, de riz, de manioc, des plantations de banane… poussent ainsi partout, donnant de très bonnes récoltes. Mais à l’ICCN, le ton est ferme.

“Ce domaine appartient bel et bien au parc. La population n’a le droit ni d’y habiter, ni d’y cultiver, explique François Mutamba, gestionnaire du secteur de Mutsora. Pour empêcher les habitants de continuer à le détruire, nous leur avons donné l’ultimatum de quitter les lieux à la fin de leurs dernières récoltes”.

Patrimoine mondial en péril
Inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979, le Parc des Virunga, au Nord-Kivu, est en passe de perdre ce statut en raison de la disparition progressive des animaux phares dont les gorilles et les hippopotames mais aussi des plantes rares.
Pour sauver le parc, son directeur, Emmanuel de Mérode, a décidé de mettre en œuvre des projets de développement en faveur des populations environnantes.

“C’est dans cet esprit que nous avons réalisé des infrastructures comme les barrages de Mutwanga, Matebe et construit 12 écoles dans les territoires de Rutshuru et Lubero”, avait-il indiqué mi-2016 lors de l’inauguration de cette centrale.

Le Belge a également affirmé avoir réalisé 70 km de route pour désenclaver la localité de Watalinga et favoriser le développement du tourisme dans le Parc. Ce n’est pas tout. Depuis deux ans, une usine de savonnerie est installée à Mutwanga, petit village situé près de Beni, aux pieds du mont Ruwenzori. La société commerciale de savonnerie des Virunga (Sicovir) produit diverses gammes de savons. Son agent commercial, Edwige Kahindo affirme recourir à la main d’œuvre locale pour réduire le chômage dans cette collectivité. Outre cette usine, des ateliers fabricant diverses portes métalliques ont aussi vu le jour. Etienne Mbatanguli, ajusteur, confie faire de bonnes affaires depuis qu’il a installé son atelier alimenté en électricité par le barrage. “Je me sens dégagé à présent, explique-t-il. Car le coût de consommation de carburant a sensiblement diminué. A la fin du mois, à peine un quart des charges globales va dans la facture de courant, contrairement au temps où je faisais tourner mes machines au gasoil”.
Cette centrale est la deuxième que l’ICCN a achevée au Nord-Kivu après celle de Matebe en territoire de Rutshuru tout près de Goma, réalisée grâce à la fondation Howard G. Bufet, son partenaire. Celle-ci va alimenter une grande partie de la ville de Goma, à la satisfaction générale.

Les retombées des projets profitent à tous
Président de la coordination de la société civile de Beni, le révérend Gilbert Kambale, estime que ce genre de projets fait que la population ne s’attaque plus au parc.

“J’apprécie ce type de projets intégrateurs qui ont le mérite de faire participer tout le monde dans la protection du parc. Car tous les habitants tirent profit au quotidien des retombées de ces ouvrages”.

Par ailleurs, une campagne de recrutement de gardes-parcs a attiré de nombreux jeunes qui vivent désormais de ce travail. Ils appellent certains de leurs camarades encore sans emplois à “intégrer cette profession plutôt que se faire recruter dans les groupes armés…”
Les braconniers et les agriculteurs ne sont pas seuls à détruire le parc des Virunga. On trouve également des rebelles de tous bords. Selon le porte-parole des Forces armées de la RD Congo à Beni, le lieutenant Mak Azukayi, “ces criminels” vivent dans cette forêt en faisant le braconnage et exploitant les matières premières. “Nous les traquons de toute part et ils sont actuellement en débandade”, assure-t-il.

Activiste des droits de l’homme au Nord-Kivu, Omar Kavotha encourage, lui, militaires et gardes-parcs à tout mettre en œuvre pour chasser tous les “inciviques” qui se cachent et détruisent ce patrimoine mondial en péril.

Jacques Kikuni Kokonyange

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