Dans les Eglises du réveil de la Rd Congo où les femmes sont les plus nombreuses, certains pasteurs n’hésitent pas à abuser d’elles, sous-prétexte de les délivrer des “mauvais esprits” qui les empêcheraient de se marier ou d’avoir des enfants. Reportage au Bas-Congo, au sud-ouest de Kinshasa, où ces scandales sont fréquents…

La police de Matadi a mis la main sur un pasteur d’une Eglise pentecôtiste l’an dernier. Laissé en petite culotte, l’homme en pleurs se tordait de douleur devant le commissariat de police de la commune de Mvuzi. “Nous devons le discipliner pour ce qu’il vient de faire. Le soir, il subira le même sort”, lance, furieux, un de policiers qui lui assenait des coups de matraque. Ce pasteur aurait abusé d’une de ses fidèles, une femme mariée qu’il aurait engrossée.

Selon les témoignages d’un membre de sa famille, cet homme se rendait souvent dans la maison conjugale, en l’absence du mari. “Il faisait sa prière en la déshabillant pour la délivrer des esprits maléfiques”, raconte-t-il.

Le cas de cette femme n’est pas unique. Nombreuses à remplir les bancs des Eglises dites du Réveil, les femmes y vont surtout pour “chercher des solutions” aux problèmes qu’elles rencontrent dans leur vie : mariage, stérilité, voyage, emploi… Une opportunité que certains pasteurs de la nouvelle vague d’évangélistes ont su bien saisir. Ils se présentent en effet souvent, comme des “faiseurs de miracles”, capables de tout solutionner.

“Ce sont des hommes de Dieu. C’est normal que nous nous confions à eux pour nos problèmes”, explique Prisca, qui prie dans une église du Réveil de Nzanza, un quartier populeux de Matadi.

Des pratiques révoltantes
“Hommes de Dieu” : ils se font surtout appeler ainsi, pour avoir plus d’ascendant sur leurs fidèles. Les femmes en premier, qui viennent facilement se confier à eux, même pour des problèmes des plus intimes. Elles sont parmi les plus crédules des fidèles et sont ainsi une “proie” assez facile pour certains prédicateurs qui ne résistent pas à leurs charmes. Visites à domiciles, attouchements… Parfois, ils leur appliquent des huiles sur le corps. Ils leur font en effet croire que des mauvais esprits se cachent dans certaines parties intimes de leurs corps et qu’ils doivent les toucher pour les en délivrer.

“Ce sont des choses spirituelles que beaucoup de gens ne peuvent pas comprendre”, tente d’expliquer un pasteur. Lui-même avoue avoir eu un enfant avec une de ses fidèles, supposée avoir des difficultés à concevoir.

Il y a quelques années, la brigade criminelle de Matadi avait même arrêté un prédicateur qui se promenait Bible à la main, avec un bidon rempli selon ses dires d’une eau bénite. Il la faisait boire à une femme pour la délivrer de la stérilité. Sa mésaventure s’est terminée lorsqu’il a abusé d’elle, après l’avoir droguée…
Ces pratiques de plus en plus courantes révoltent Damien Lukoki, le président provincial des Eglises de réveil du Congo (ERC).

“Faut-il absolument palper les parties intimes d’une fidèle pour l’exorciser ? N’est-il pas possible d’imposer uniquement les mains comme certains hommes de Dieu l’ont fait dans la Bible”, interroge-t-il. Il impute ces actes aux pasteurs qui, dit-il, ont échoué dans leurs études et qui trouvent dans les églises, des “lieux propices pour duper les gens.”

Résister et dénoncer
Damien Lukoki met en garde les milliers des fidèles des Eglises du réveil face aux comportements de ceux qu’il qualifie de faux pasteurs.

“Ne soyez pas naïfs, restez vigilants face à ces gens qui parfois font un peu de magie”, conseille-t-il.

Il leur demande même de résister et de dénoncer. A l’exemple rare de cette fidèle, qui faisait partie d’un groupe de ‘sœurs’ (femmes d’une même Eglise, à l’opposé de ‘frères’ pour les hommes) qu’un pasteur emmenait prier en montagne. Selon ses dires, l’homme abusait de certains d’entre elles. Elle a alerté son Eglise après avoir elle-même refusé de subir le même sort. Le pasteur a été excommunié…
Dans une Eglise de Muanda (120 km de Matadi) nommée “Sur les pas de Jésus”, ces scandales qui ternissent l’image des pasteurs poussent à la prudence. Ses dirigeants s’interdisent d’aller individuellement prier aux domiciles de leurs fidèles femmes et de les inviter chez eux.

“Nous sommes avant tout des êtres humains faits de chair et de sang. Il faut éviter de se mettre dans des conditions de tentation”, prévient Mardochée Shambuyi, le pasteur de cette Eglise de réveil.

Alphonse Nekwa Makwala

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