Au Nord-Kivu et ailleurs en RDC, par manque d’emploi adapté à leur formation et face à la pléthore des cadres universitaires, nombre d'entre eux rangent leurs diplômes et se lancent dans l’informel. Une façon de survivre plutôt que de miser sur un avenir incertain.

Licencié en développement communautaire en 2009 à l’ISDR (Institut Supérieur de Développement Rural) de Goma, à l’est de la RD Congo, Pascal Balume, 28 ans, a multiplié les démarches d’embauche auprès des Ong internationales et organismes humanitaires, sans succès. “Chaque matin, je faisais le tour des organisations humanitaires, des entreprises paraétatiques et privées, pour déposer des demandes d’emploi. Dans le désespoir, je me suis lancé dans les petits boulots. J’ai été pompiste, agent de change comme on en trouve dans tous les coins de rues, et aujourd’hui, je vends des cartes téléphoniques. J’ai accepté tous ces boulots pour ne pas continuer à être une charge pour mes parents”, raconte Pascal qui, écoeuré, regrette tout l’argent et les efforts fournis par ses parents pour aboutir à cette situation.
Alphonse Senzige, gradué en biologie, a quant à lui réussi à se caser dans une société de gardiennage, après des mois de recherche d’emploi dans son domaine de formation. La plupart de ces sociétés de gardiennage cherchaient des chômeurs ayant fait des études supérieures et qui n’avaient pas d’autres choix. “Il y a eu un engouement pour les services de gardiennage. Parmi les candidats, on comptait de nombreux universitaires. J’ai passé avec succès le test d’embauche chez KK Security qui m’a engagé comme vigile après une formation de deux mois”, explique Alphonse Senzige qui avoue ne pas être tombé au paradis. “Les conditions de travail sont difficiles mais c’est mieux que d’attendre un bon travail qu’on n’aura pas”, ajoute-t-il.

Une reconversion utile
En RD Congo, il y a très peu d’écoles professionnelles et celles qui existent sont négligées par les étudiants qui rêvent de se retrouver dans des beaux bureaux climatisés des ONG internationales, des agences onusiennes ou encore dans des grandes entreprises privées, après les études universitaires. Devant la pléthore des cadres universitaires sans emploi, les écoles de métier seraient pourtant une alternative dans la société. Dans la situation actuelle, ces écoles offrent de réelles opportunités d’embauche dans différents secteurs de l’activité économique. “Au lieu de quelques années de chômage, j’ai décidé de suivre une formation d’une année en mécanique générale. Avec mon certificat de chauffeur mécanicien, je n’ai pas eu de peine à me faire engager par OXFAM, une Ong internationale. Mon salaire est à peu près équivalent à celui d’un professeur assistant à l’université”, explique fièrement ce gradué en économie qui se réjouit d’avoir persévéré dans sa volonté de trouver du travail.
Un autre universitaire avoue s’être fait engager comme apprenti dans un atelier d’ajustage et de soudure, après des études sanctionnées par un diplôme. “Après deux ans d’apprentissage, j’ai commencé à travailler sur un chantier naval et je gagne 350$ par mois, sans compter d’autres avantages. C’est mieux que de se contenter des rêves d’universitaires bardés de diplômes mais sans emploi”, avoue-t-il.

Crise de l’emploi croissante
Chaque année des milliers de jeunes sortent des universités et instituts supérieurs de la province. Selon les statistiques de l’inspection provinciale de l’enseignement supérieur et universitaire, 2.000 à 3.000 diplômés sont déversés tous les ans sur le marché de l’emploi. Mais ils ont du mal à trouver un emploi correspondant à leur profil et viennent s’ajouter aux nombreux chômeurs dont la situation est déjà précaire.
“Selon les chiffres de l’ONEM (Office national de l’Emploi), il y aurait 17 318 chômeurs au Nord-Kivu en mars 2011, dont 81 % d’hommes. Pour sortir du chômage, les demandeurs d’emploi se lancent dans l’informel qui, en réalité, ne fait que maquiller la réalité. Ces petits boulots ne sont que du chômage déguisé”, confie Kambale Lwanga Tchernozen, Président de l’Intersyndicale de la République au Nord-Kivu.
Selon l’analyse d’un activiste des droits de l’homme, membre de la société civile à Goma, le frein à la création d’emplois serait dû à la multitude de taxes imposées par l’Etat, qui découragent les investisseurs nationaux employeurs potentiels. Quant aux investisseurs étrangers, ils préfèrent s’installer dans les pays voisins où les conditions sont plus souples pour engager une main-d’oeuvre locale. “Face à cette situation, les usines de la place n’ont pas les moyens d’engager du personnel et produisent donc moins”, argumente le Président de la FEC (Fédération des Entreprises du Congo) à Goma. Ce qui expliquerait que certains articles locaux comme l’eau minérale ou les matelas en mousse, coûtent plus cher que ceux importés des pays voisins où les taxes sont plus faibles.

Désiré Bigega

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