Personne ne sait qui a saccagé tôt le matin, l’église catholique Saint Dominique de Limete à Kinshasa, malgré le discours à peine voilé désignant l’un ou l’autre camp. Partagés entre émoi, stupéfaction, colère…les fidèles n’ont eu que leurs yeux pour pleurer après la mise à sac de leur lieu de culte dimanche 19 février.

Autel démonté, statue de la Vierge Marie cassée, calice, hosties et crucifix jetés par terre, bancs renversés, nappes et voiles aspergées d’essence…L’église Saint Dominique dans la commune de Limete à Kinshasa ressemblait à un champ de ruines après le saccage, dimanche 19 février aux petites heures du matin, par des inconnus. Tout s’est déroulé très vite, affirme le Père Rodin Kawusu, vicaire de la paroisse.

“10 à 15 minutes maximum ont suffi aux malfaiteurs pour accomplir leur forfait”.

Alors que les prêtres étaient déjà éveillés peu avant 5 h du matin, la sentinelle est venue les alerter de la présence d’une dizaine d’hommes en civil portant des sacs à dos autour de l’église et forçant la porte principale.
Dépêchée chercher le renfort de la police située au sein de la maison communale de Limete, à une trentaine de mètres de la paroisse Saint Dominique, la sentinelle est revenue bredouille.

“Quand je leur ai dit que l’église était attaquée, explique Papa Vincent, encore sous le choc, les policiers m’ont répondu que leur effectif peu nombreux ne leur permettait pas de nous venir en aide”,

“On ne peut pas faire la guerre contre Dieu”
Dans la pénombre de sa cachette, la sentinelle dit avoir observé, impuissante, les assaillants enfoncer la porte principale de l’église et commencer à tout renverser. “J’entendais des coups violents, des bruits de fracas des objets qui volaient de partout… Puis, plus rien. Après leur forfait, ils sont repartis calmement. Nous les voyions s’éloigner et disparaître sous nos yeux impuissants”, témoigne Vincent.  “Nous ne pouvons pas spéculer sur l’identité des assaillants que nous n’avons pas pu identifier. Ce sont des inciviques, des gens normaux ne peuvent pas s’attaquer à un lieu de culte”, déclare le père vicaire. Avec le curé, ils ont été parmi les premiers à constater les dégâts. Ici, une bougie allumée a refusé de consumer les nappes et les voiles aspergées d’essence laissées sur la moquette, là un cocktail Molotov et un bidon d’essence abandonnés, plus loin, le tabernacle renversé, des hosties éparpillés par terre…

“Il ne faut pas confondre les instances, s’ils ont un problème ils devraient s’attaquer à qui de droit. On ne peut pas faire la guerre contre Dieu”, met en garde le prêtre qui estime que désormais aucun culte ne peut se tenir dans l’église “profanée”, jusqu’à sa purification par le cardinal.

En attendant, c’est en pleurs, les visages fermés, à la grotte ou dans la salle paroissiale que les fidèles ont assisté aux différentes messes du dimanche. “C’est abominable ce qu’ils ont fait, Dieu s’occupera de leur sort. Même dans un pays en guerre, on ne s’attaque pas aussi facilement à une église”, peste Bienvenu Mukombozi, dirigeant d’une chorale, arrivé parmi les premiers sur les lieux.

“Ils veulent torpiller la mission de paix de l’Eglise”
Côté officiel, nombreuses sont les réactions condamnant l’attaque contre un lieu de culte. Le cardinal Laurent Monsengwo en premier.

L’archevêque métropolitain de Kinshasa qui croit que “l’Eglise catholique est visée, de manière intentionnelle, pour torpiller sa mission de paix et de réconciliation, au moment où la Cenco poursuit sa mission de bons offices”, a dénoncé des “actes de violence susceptibles de replonger notre pays dans un chaos indescriptible”.

Le gouvernement, à travers son porte-parole Lambert Mende, a pointé du doigt dans un communiqué “des inciviques se réclamant d’un parti politique” d’être à l’origine de la mise à sac de l’église Saint Dominique.

“Nous n’opérons jamais la nuit. Si nous avons à protester, c’est au grand jour que nous agissons, a déclaré Augustin Kabuya, porte-parole de l’UDPS, joint par Syfia Grands Lacs. Nous connaissons tous bien qui agissent la nuit, qui pillent et incendient les sièges des partis politiques dans la capitale. Pourquoi chercher les démons ailleurs”.

Arrivé sur les lieux, André Kimbuta, le gouverneur de la ville de Kinshasa qui a promis de réparer les dégâts matériels, a condamné “le comportement incivique et immoral des auteurs du crime” non encore formellement identifiés avant la fin de l’enquête de la police.

Raoul Biletshi Nkieye

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