A Mbouli, dans le département de la Cuvette-Ouest, situé dans la partie ouest du Congo, un groupement agricole vieux d’un demi-siècle, mais toujours aussi actif, suscite étonnement et admiration. Un exemple à suivre...

“Quand j’étais gosse, j’accompagnais papa, alors membre du groupement agricole mixte de Mbouli. Aujourd’hui, je fais moi aussi partie des membres dudit groupement !, observe Pélagie Kébamba, la quarantaine révolue. Elle poursuit : J’y ai adhéré, car ce sont nos papas qui ont commencé à travailler ici. Au début, ils recevaient des vivres du Programme alimentaire mondial (PAM). Cela nous a encouragés, enfants que nous étions, à nous intéresser puis par la suite à remplacer nos parents jusqu’à aujourd’hui.”
Pélagie fait partie des 20 membres du groupement mixte de Mbouli, localité située à 12 km d’Ewo, chef-lieu du département de la Cuvette-Ouest. Crée en 1966, cette union regroupe des membres des villages Mvou, Ondouna, Mbouli et Akou. Ce groupement, l’un des tout premiers de la Cuvette-Ouest, a reçu dans les années 60, à la faveur de l’Action de rénovation rurale (ARR, programme pour les jeunes agriculteurs et éleveurs), la visite du chef de l’Etat Alphonse Massamba-Débat (président du Congo de 1963-1968). “En ce temps là, nous n’étions encore que de petits enfants !”, se souvient avec joie Maurice Ossélé, dans la cinquantaine aujourd’hui. A ses yeux, ce passage présidentiel a presque été providentiel puisqu’il a représenté à la fois “un honneur” et “un encouragement à être assidu dans le travail”.
Plus de 50 ans plus tard, le groupement mixte de Mbouli est toujours aussi dynamique, enjoué et appliqué dans le travail. “Nous cultivons le manioc, l’arachide, l’igname, le maïs et la banane. Nous sommes 20 membres, 11 femmes et 9 hommes. Nous travaillons tous ensemble”,précise Pélagie. Ce groupement a toujours été mixte. Dès le départ, ses membres pionniers étaient persuadés que mélanger femmes et hommes dans les travaux agricoles permettrait de maximiser rendement et cohésion. Aujourd’hui encore, les hommes exécutent par exemple les tâches les plus pénibles comme dessoucher les arbres, pour soulager les femmes.

“Partage équitable”
Autre clef du succès : une gestion transparente des recettes. “Nous sommes unis, car le partage de nos productions se fait de manière équitable. Quand nous vendons nos récoltes et que nous gagnons 300 000 Fcfa (460 €), nous épargnons 100 000 Fcfa (150 €) dans notre compte à la Mutuelle congolaise d’épargne et de crédit (Mucodec), puis nous partageons les 200 000 Fcfa restants (300 €), soit 10 000 Fcfa (15 €) à chacun”, détaille Pélagie.
Les membres ont aussi gagné en sens de l’organisation. “Nous avons pu acquérir une maison au marché d’Ewo que nous faisons louer 40 000 Fcfa (60 €) le mois. Au village, nous avons aussi un magasin où nous gardons notre matériel. Avant, il n’y avait pas toutes ces choses. L’an passé, nous avons réalisé un bénéfice de 700 000 Fcfa (près de 1100 €) après la vente de nos produits agricoles. Cette année, nous avons fait un hectare de manioc, un demi-hectare de bananier et un demi-hectare d’arachides. La vie des membres a également changé grâce à ce que nous gagnons, fait savoir Maurice, avant de poursuivre,il arrive même que nous demandions l’aide d’autres personnes non membres du groupement pour défricher et faire les sillons. Nous les payons après travaux.”
Les années passent et l’expertise du groupement mixte de Mbouli semble intacte. Une expertise qui a permis à certains fils de la région, comme M. Ombiloloki, chef de service de production végétale à la direction départementale de l’Agriculture et vice-président du groupement “Léla la bri” (“Notre Espoir”) d’y apprendre leur métier : “En 1982, j’ai passé mon stage dans les plantations de caféiers et de cacaoyers de ce groupement. J’y ai notamment appris à protéger le café des attaques des insectes. Aujourd’hui, je suis en mesure d’appliquer sur le terrain toutes les connaissances acquises.”
Pour monsieur Ombiloloki, pas de doute possible, “c’est à partir de ce groupement que des gens ont eu l’initiative d’en créer d’autres. Avant celui de Mbouli, il n’y avait pas beaucoup d’assistance technique. Aujourd’hui, plus on conseille les paysans ou on suit régulièrement l’évolution des plantes et plus les gens ont la volonté de travailler. Ils s’organisent comme s’ils étaient prêts à passer à l’étape d’une entreprise !”

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